Intermittents, où en est-on au vingt-et-unième jour de la grève ?

25 juin 2014 Par Amelie Blaustein Niddam | 2 commentaires

Depuis le 4 juin, les intermittents du spectacles sont en grève emmenés par la CIP, la Coordination des Intermittents et Précaires. En cause, la réforme de l’assurance chômage et les modifications des annexes 8 et 10 qui concernent le régime de l’intermittence. Le 19 juin Manuel Valls a rogné sur un point, celui qui visait à augmenter les délais de paiement mais a décidé d’agréer la convention de l’Unedic, cette association chargée par délégation de service public de la gestion de l’assurance chômage en France, en coopération avec Pôle emploi. Les mécontents restent nombreux et la grève continue.

Grève générale

Tous les secteurs qui emploient des intermittents sont touchés : L’émission « Ça vous va » sur France 5 a vu son plateau envahi par des manifestants, « C à vous » a été interrompue, les intermittents sont intervenus sur la scène de France Télévision lors de la fête de la musique sans empêcher le déroulé de l’émission. Mais c’est bien dans le spectacle vivant que la lutte est la plus radicale.

Le festival d’Avignon est le symbole du théâtre. C’est naturellement, comme lors de la précédente grève, en 2003, qu’il est la cible prochaine du conflit. Les intermittents du Festival d’Avignon ont déposé leur préavis. Le directeur, Olivier Py dit ne pas empêcher la grève. Avignon ne sera pas annulé, mais personne à l’heure actuelle ne peut dire si un seul spectacle jouera à l’instar de Montpellier Danse où, oh miracle si Empty Moves de Preljocaj a été annulé, Sharon Eyal a pu proposer sa chorégraphie. Revenons à Avignon où il reste le OFF, un marché du théâtre qui se déroule en même temps que le Festival d’Avignon qui lui aura lieu. Il rassemble 1307 spectacles sans ligne programmatique. Ce conflit est l’occasion de voir germer de nouvelles conceptions concernant le OFF qui est tout sauf un festival. Et c’est Jean-François Cesarini, l’un des fondateurs de Terra-Nova Vaucluse qui propose de « replacer le Festival (NDLR : le Off) comme un acteur sociaux de premier plan, comme le premier des vecteurs de diffusion culturelle et d’éducation populaire. Favoriser l’accès à la culture des populations les plus précaires (notamment les jeunes) ou faire de la manifestation une manifestation verte capable de mobiliser les énergies dans la valorisation des déchets (50 tonnes de tracts par an) ou des déplacements propres entre les nombreux théâtres sont encore des défis que le « Off » et les acteurs locaux peuvent relever. ».

La grève est partout, le T2G, qui est le Centre Dramatique National de Gennevilliers, c’est à dire une scène subventionnée dont la mission est confiée à un artiste, ici, le metteur en scène Pascal Rambert, vient d’annuler un très bon festival, le TJCC, (la Très Jeune Création Contemporaine) qui aurait du se tenir les 26, 27 et 28 juin. Mais, on voit naître ici une volonté de faire grève autrement sans y parvenir, par communiqué, le T2G déclare : » Pour nous, ne pas jouer est inconcevable. Pourtant c’est ce que nous ferons : nous empêcher. Parfois il faut savoir s’empêcher. Jouer nous semble inapproprié voire indécent vis à vis d’autres artistes qui ont renoncé à montrer leur travail aujourd’hui pour défendre demain. Car il n’y a pas d’ambiguïté et pardon pour les grands mots : demain est en danger. Nous demandons au Ministre du Travail de ne pas agréer la nouvelle convention UNEDIC, paupérisation certaine des travailleurs déjà précaires. Ce que nous défendons, nous le défendons pour tous ».

Grignan ne jouera pas, et Béatrice Dalle ne sera donc pas Lucrèce dirigée par David Bobée,  et le sort du Festival d’Art Lyrique d’Aix en Provence sera acté ce soir.

Un appel à une autre forme de grève

Le pas d’une autre forme de grève a été franchi ouvertement hier par Angelin Preljocaj empêché de danser à Montpellier Danse alors que la grève n’avait pas été reconduite. Il déclare dans Télérama : ‘“Je ne suis plus solidaire de leur mode d’action”. Il propose de danser : nu, avec des intermittents devant les danseurs, mais de danser. C’est un Angelin Preljocaj triste qui témoigne : »C’est un combat de tous les jours. Un combat désespéré pour tous. Pour eux comme pour moi. Je suis comme Pascal, optimiste côté cœur et pessimiste côté raison. Néanmoins, toute l’équipe se lève le matin pour répéter. »
Il en de même, du côté de la Musique cette fois pour le trompettiste Ibrahim Maalouf qui aurait du se produire au festival Orléans’jazz ce soir, déclare sur sa page facebook son soutien à la lutte mais nuance : »je ne peux que regretter amèrement qu’on n’ait toujours pas trouvé d’autres moyens de résister que celui de se tirer une balle dans le pied… Combien de Festivals ne se relèveront plus suite aux pertes subies…?

Visuel : ©CIP-IDF


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COMMENTAIRES:

  1. colporteur

    Après les palinodies de Valls, ni câlins platoniques pour « la culture », ni plats de lentilles vide pour acheter une paix séparée,ce sont tous les chômeurs actuels et à venir qui sont cornés par cette convention :

    Valls nomme un ami des patrons sur le chômage des intermittents
    http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=7217

    Rien n’est réglé, tout commence
    http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=7182

    Il est dans la logique du pouvoir d’assigner chacun à ce qui lui est attribué comme place. Cette logique détermine ainsi un certain partage du sensible, c’est-à-dire une répartition de ce qui revient à chacun en fonction de sa place. Le partage du sensible, c’est donc tout d’abord un repérage des identités (lesquelles passent avant tout par les catégories socio-professionnelles, telles que « intermittents » ou même « artistes »), une distribution des visibilités et des modes de parole en fonction des lieux dans lesquels tel ou tel comportement, telle ou telle prise de parole est autorisée (théâtre, café, lieu de débat, etc.).

    La politique commence lorsque le partage du sensible est mis en question, c’est-à-dire lorsqu’il devient comme tel à la fois le terrain et l’enjeu de la lutte. Autrement dit, une lutte devient politique lorsque des individus et des groupes ne revendiquent plus leur place et leur identité. Lorsqu’ils assument de devenir indiscernables, et par là même, tendanciellement ingérables, là où le pouvoir se caractérise toujours plus par un souci de gestion, de faire de toute activité, invention ou forme de vie un objet de gestion.

    Dans la lutte des intermittents, quelques personnes ont commencé à dire : « il ne s’agit pas des intermittents comme profession, il ne s’agit pas des privilèges dus à l’artiste, qui n’est pas le seul à avoir besoin de temps pour penser et inventer ; il s’agit de ce qu’il y a de commun au-delà des métiers et des places ; il s’agit de la situation commune qui nous est faite, et qui détermine l’existence d’une communauté de fait ». Alors, nous sommes dans un régime de parole et d’action qui tend à brouiller les principaux éléments de gestion du pouvoir, c’est-à-dire qu’un régime d’énonciation politique est apparu.

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