Architecture
Se faire transborder en Charente Maritime

Se faire transborder en Charente Maritime

25 octobre 2020 | PAR Sabina Rotbart

 

Oui, oui, vous avez bien lu, il s’agit de se faire transborder. Un plaisir lié aux Demoiselles…Mais qui ouvre sur la nature. 

 

Deux bonnes raisons au moins de filer en Charente maritime en ce moment. La première, le département échappe pour le moment magiquement à la recrudescence de COVID19. Mais aussi pour le fameux pont transbordeur, celui des Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy juste restauré et remis en service. Comme il n’en existe que huit au monde, laissons nous donc transborder. D’autant que sur ses rives s’ouvre l’univers très secret du fleuve Charente.

 

Un pont photogénique

Un peu avant d’entrer dans Rochefort, en venant de l’estuaire, le pont transbordeur est un superbe monument graphique (http://www.pont-transbordeur.fr).Ses élégantes arches métalliques ont été restaurées dans un beau noir profond qui dévoile ses nuances sous le soleil couchant. On pense tout de suite à Eiffel et on se trompe car son concepteur Ferdinand Arnodin n’a rien à voir avec lui. Mais il est l’inventeur d’un câble torsadé toujours utilisé. Le visiteur traverse en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, suspendu doucement au dessus du fleuve. On ferait bien deux ou trois passages successifs, tant la chose est douce, silencieuse, inhabituelle.

Ni vertige ni secousses à bord, c’est vraiment un doux suspend (jusqu’au 2 novembre, puis réouverture début mai) . A l’arrivée à Echillais, un bâtiment d’interprétation du site présente des photos de la construction, en 1900, les grosses DS19 transportées dans les années soixante (actuellement on a préféré réserver cette expérience au slow tourisme, celui des piétons et des cyclistes) et des photos de scènes de tournage du film de Demy. Il a fallu quatre ans de travaux et un budget de 22 millions d’euros pour restaurer ce pont classé monument historique qui est un des jalons de la démarche de tourisme durable inaugurée par le label Grand site  attribué à l’estuaire de la Charente (juillet 2020). Label qui doit mener à toute une requalification des sites fragiles car très surchargés en été,  de l’ile Madame  où l’on peut se rendre à pied par la passe aux boeufs quand la marée s’y prête à la très charmante presqu’île de Fouras où les constructions et circulations un peu anarchiques sont peu à peu régulées. 

Sur les pas de Loti

Sur l’autre rive, à Echillais, démarre un circuit de randonnée pédestre sur les pas de Loti qui mène jusqu’à la Limoise. Car cet écrivain plus connu pour sa vie fantasque et transgressive que pour son œuvre à l’orientalisme exacerbé a vécu enfant dans cette demeure, il en parle dans le Roman d’un enfant. La Charente est, on le sait, célèbre pour ses églises romanes, celle d’ Echillais est un petit bijou à visiter au passage. Un parcours artistique contemporain anime la rive, le sentier des guetteurs. 

 

Sur les pas de Demy

Les passionnés de Demy suivront peut-être ensuite à Rochefort, la visite guidée sur les pas des Demoiselles pour une vision plus complète. C’est dans le bureau du Maire, au premier étage de l’hôtel de ville place Colbert qu’ont été filmées les scènes du studio de danse…Les passionnés d’orientalisme et de Loti rejoindront, eux, le musée Hèbre (www. ville-rochefort.fr)qui présente une fantastique visite en 3D de la maison de l’écrivain actuellement en cours de restauration. Les amoureux de nature suivront eux à travers les marais le cours du fleuve Charente curieusement urbanisé sur une seule rive, l’autre étant dévolue aux marais. Ceci jusqu’à l’estuaire immense, tellement immense que tout le monde demande mais où est-elle donc la Charente car de ce fleuve discret on n’en perçoit pas toujours le bord. A l’embouchure, à Port des Barques, l’estran couvert de vase est un merveilleux abri pour les oiseaux, il abrite aussi les naissains qui deviendront des huitres et toutes sortes de poissons. C’est aussi l’endroit où l’on peut remonter la Charente en bateau ou visiter sur les pas d’un guide les marais salés et les marais d’eau douce (

C’est surtout le lieu, à Port des Barques, où on comprend mieux toute la logique de ravitaillement des grands vaisseaux qui partaient du port de Rochefort pour aller jusqu’en Amérique (Lafayette) ou en expédition botanique au bout du monde (Begon qui ramena une plante bien connue le bégonia). La ravissante fontaine Royale de Lupin, c’était le lieu où on remplissait des barriques d’eau douce juste avant d’embarquer après être passé au Quai aux vivres à Rochefort.  Tout à côté, dans ce lieu classé assez lunaire le visiteur doit lui aussi se ravitailler chez l’excellent Pascal Hue, spécialiste jovial et généreux de la cuisine des produits locaux à très basse température. A l’Escale de Lupin (http://www.lescale-de-lupin.fr ) on déguste ou on emporte des longes de thon à la patate douce et de la chaudrée, la bouillabaisse locale (29 euros). Un écomusée (http://www.ecomuseeportdesbarques.net) tout proche explique paysages et faune des marais saumâtres, des roselières et des marais d’eau douce.  

Le Radeau de la Méduse grandeur nature

Pour mieux comprendre la Charente et  l’installation de l’Arsenal de Rochefort loin de l’embouchure cette fois, il faut rejoindre Rochefort.  Pas besoin d’être passionné par les navires de guerre pour s’intéresser au Musée nationale de la Marine de Rochefort. Il suffit d’aimer l’histoire de l’art. Car dans la cour de l’hôtel de Cheusses, sublime hôtel particulier début XVII ème, la réplique à l’identique du Radeau de la méduse laisse terriblement à imaginer. Les maquettes  de bateaux de guerre restent somptueuses et la visite guidée passionne où  il est question autant de combats (la formation des marins passait par ces outils complexes) que de découvertes botaniques (http://www.arsenaldesmers.fr )

Pour en savoir plus http://www.rochefort-ocean.com

Pour loger : Petit mais cosy et sympa. Halte pour randovélo, Hotel Roca Fortis au centre de Rochefort. 90 euros petit déjeuner inclus. Ou le très bel hôtel Mercure Corderie Royale, 114 euros Petit déjeuner inclus. 

 

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Sabina Rotbart
journaliste en tourisme culturel, gastronomie et oenotourisme. [email protected]

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