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Cinemed 2020 : l’Antigone d’or distingue Le Père, film serbe sobre et engagé

Cinemed 2020 : l’Antigone d’or distingue Le Père, film serbe sobre et engagé

25 octobre 2020 | PAR Geoffrey Nabavian

Le jury de la Compétition du 42e Cinemed, qui s’est achevé samedi 24 octobre, a choisi en tant que lauréat de l’Antigone d’or Le Père, film serbe attaché aux pas d’un homme qui n’a rien, mis à part sa forte tête. Parmi les autres lauréats, Teddy, ou l’excellent Here we are.

En 2020, le Festival du Cinéma Méditerranéen a vu sa 42e édition se tenir envers et contre toutes les mesures dues au coronavirus, à Montpellier. Le 24 octobre, la dizaine de longs-métrages composant sa Compétition a vu son lauréat être couronné : le jury de l’Antigone d’or (prix avec à la clé 15 000 euros, doté par Montpellier Méditerranée Métropole), présidé cette année par Grand Corps Malade, a choisi de distinguer Le Père, signé par le serbe Srdan Golubovic. Un film très engagé, mais aussi sobre dans ses partis-pris de réalisation, qui suit le parcours de Nikola, ouvrier très pauvre qui se voit retirer la garde de ses deux enfants pour une période indéterminée, du fait de ses conditions de vie. Informé que l’organisme qui a rendu cette décision est sans doute corrompu, il se met en marche, direction Belgrade, prêt à parcourir trois cent kilomètres à pied pour présenter sa situation directement à un ministre.

Le Père confronte un homme à une suite de traitements et de bassesses face auxquelles il pourrait céder, mais qui ne l’empêchent pas pourtant de rester droit et inflexible. La plus belle qualité du film : son interprète principal, Goran Bogdan, au corps frêle et pourtant entier face aux intempéries, aux yeux habités et fiévreux.

Deux Prix pour Teddy, les très bons Here we are et Flashdrive distingués

Outre la Mention Spéciale à l’Antigone d’or qui est venue saluer le film Zanka Contact, d’Ismaël El Iraki – qui peint Casablanca, ses musiciens et la vie de ses rues avec un côté très rock – la Compétition 2020 du Festival a vu l’un de ses longs-métrages concourant repartir avec deux prix : Teddy, film de loup-garou français de Ludovic et Zoran Boukherma qui voit Anthony Bajon se métamorphoser, déjà distingué par le Label Cannes 2020 et très remarqué au dernier Étrange Festival, a remporté le Prix de la Critique BNP Paribas (2 000 euros décernés aux deux réalisateurs, récompense dotée par BNP Paribas) et le Prix JAM de la meilleure musique (1 200 euros, prix doté par le JAM, Salle de concert, école de jazz et de musiques actuelles), couronnant le compositeur de sa bande originale, Amaury Chabauty.

On se réjouit, par ailleurs, que les spectateurs du Festival aient plébiscité le très réussi Here we are, de l’israélien Nir Bergman, itinéraire d’un père ne voulant pas laisser partir son fils autiste en institution, aux influences chapliniennes (notre avis sur le film plus en détails ici) : le film est reparti avec le Prix du public Midi Libre Long-métrage (2 000 euros au réalisateur, décernés par Midi Libre). La Compétition a vu, enfin, le Prix Jeune public des Activités sociales de l’énergie récompenser Flashdrive, du réalisateur turc Dervis Zaim (avec un jury composé de jeunes représentant la CMCAS Languedoc et le CCAS, et à la clé dix projections du film dans les centres de vacances du CCAS). Une production entre drame et thriller, à la réalisation maîtrisée, qui lance un couple dans une Syrie basculant dans la guerre civile, puis dans un itinéraire pour quitter le pays, avec en poche des photos prouvant les exactions du régime en place. Un parcours au long duquel les deux héros se heurteront aux islamistes de Daech, aux rebelles syriens peu enclins à les aider… Un tableau au final assez ample, mais très à hauteur d’homme, du conflit en Syrie et de toutes ses forces en présence, pour le meilleur et le pire, plongeant la population de la région dans le chaos. Et un film également très bien servi par ses interprètes, au premier rang desquels le très expressif Salah Bakri (dans un rôle muet, son personnage ayant été blessé à la gorge) et l’intense Sara El Debuch.

Les prix décernés aux courts et aux documentaires

Du côté des courts-métrages en Compétition, c’est le film israélien Ça nous fait une belle jambe d’Adi Mishnayot qui a remporté le  Grand Prix du Court-Métrage de Montpellier Méditerranée Métropole (4 000 euros au réalisateur, par Montpellier Méditerranée Métropole, et 1 000 euros en prestation de post-production par Force de l’image Production). Un court de vingt-neuf minutes situé dans un hôpital israélien où sont soignés des soldats, en 2004, alors que la guerre gronde à Gaza, qui montre un combattant blessé devenant peu à peu un héros militaire sous l’impulsion des personnes qui viennent l’entourer.

Les Jambes de Maradona, de Firas Khoury, lui, a remporté pas moins de trois récompenses : le Prix Canal+ (avec achat pour diffusion à l’antenne), le Prix Jeune public Ville de Montpellier (2 000 euros, par la ville) et le Prix du public La Gazette – Titra Film (1 000 euros attribués au réalisateur, par La Gazette, et 500 euros en prestation DCP, par Titra Film). Un film de vingt-trois minutes situé pendant la Coupe du monde de 1990, en Palestine, qui suit deux enfants à la recherche d’un autocollant représentant lesdites jambes de Maradona.

Dans la section Compétition Documentaires, enfin, le Prix Ulysse Montpellier Méditerranée Métropole est venu saluer Acasa, my home, de Radu Ciorniciuc (avec à la clé 2 000 euros pour le réalisateur décernés par la Médiathèque Federico Fellini et le Cinemed) : l’itinéraire d’une famille avec neuf enfants vivants en pleine nature, dans le delta de Bucarest, et tout à coup forcée de partir en ville. Et le Prix étudiant de la première oeuvre CCU-CROUS a été attribué, par un ensemble d’étudiants de Montpellier, à Leur Algérie, de Lina Soualem (prix constituant 1 500 euros offerts par le Centre Culturel Universitaire et le Crous) : un long-métrage dans lequel la réalisatrice part sur les traces du parcours de ses grands-parents, immigrés algériens en France, de leur histoire, et de celle de leur génération. Une première oeuvre qui va puiser son inspiration dans un passer familial, pour penser un présent et un avenir. Et se voit à ce titre récompensée par des encouragements, au sein du Cinemed.

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Visuel 1 : affiche du Cinemed 2020

Visuel 2 : Le Père © ASAP Films

Visuel 3 : Flashdrive © Dervis Zaim

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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