Tendances

Quand la publicité se confronte au 7ème art : n°5 Chanel et Lady Dior

20 mai 2009 | PAR Claire-Marie

Faut-il juger une publicité à l’aune du cinéma ? C’est toute la question que nous posent les publicités n°5 Chanel et Lady Dior. Dans les deux cas, tournent des réalisateurs parmi les plus talentueux de leur génération, Jean-Pierre Jeunet pour Chanel et Olivier Dahan pour Dior, accompagnés de leur muse : Audrey Tautou et Marion Cotillard. L’ambition, au vu du casting, est donc clairement cinématographique.




The lady noire affair avec Marion Cottillard

Or, les deux publicités, certes de superbe facture, souffrent d’un mal décrié par le 7ème art : le convenu. La Tour Eiffel pour Dior, l’Orient Express pour Chanel : il faudra attendre pour une révolution du décor. Le jeu des actrices ne présente pas non plus de grande nouveauté, à l’instar de la moue mi-boudeuse mi-songeuse d’Audrey Tautou vue et revue. Mais surtout, ces publicités souffrent de clins d’œil cinématographiques trop appuyés. Jeunet fait dans l’autocitation, notamment dans le plan final du couple vu de dessus : Amélie Poulain n’est pas loin. Si Dahan évite de produire une Môme bis, son inspiration hitchcockienne est très présente, au point de blondir Marion Cottillard dans la dernière séquence. Conventionnelles, sont également les scènes des regards échangés pour Chanel et des talons pour Dior évoquant maladroitement la scène culte de L’homme qui aimait les femmes et l’ouverture d’Anthony Zimmer. Enfin, tandis que Chanel se distingue par la superbe chanson « I’m a Fool To Want Yoo » interprétée par Billie Holiday, Dior nous propose une musique d’ambiance « mystère » propre aux séries policières de seconde zone.

Confronter la publicité au cinéma, c’est prendre le risque d’exposer des réalisateurs à un format très court et à des exigences commerciales qui leur sont parfois peu familières. La scène où Marion Cottillard vide son sac Dior, bien entendu rempli d’objets de la même marque, n’est alors justifiée que par un laborieux placement de produits.

Plutôt que de chercher à singer malhabilement le cinéma, la publicité n’aurait-elle pas davantage intérêt à jouer de ses propres codes (humour, créativité…), dont la publicité Williamson pour H&M est un parfait exemple ?

Claire – Marie FOULQUIER-GAZAGNES

Pour aller plus loin :

« Chanel vs Dior » par la méchante : http://www.leblogdelamechante.fr/2009/05/05/chanel-jeunet-tautou/

« The lady Noire Affair » par la méchante : http://www.leblogdelamechante.fr/2009/05/19/lady-dior-noir-affair/

« H&M versus Chanel », Café mode : http://blogs.lexpress.fr/cafe-mode/2009/05/hm-vs-chanel.php

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Claire-Marie

4 thoughts on “Quand la publicité se confronte au 7ème art : n°5 Chanel et Lady Dior”

Commentaire(s)

  • Julien Bel

    Cela m’étonne de vous, mademoiselle Chanel d’ignorer que Jean Pierre Jeunet est l’auteur de très nombreuses publicités. Il s’est même fait connaître par ce biais, comme de nombreux réalisateurs tel Chatilliez.

    D’autre part, la dernière publicité que vous présentez me semble d’un goût pour le moins douteux, où la vulgarité modeuse montre ses plus gros travers.

    Tourner Chanel et Dior en même temps et selon des caractéristiques communes est à mon sens le fruit d’esprits concertés. Les deux plus grandes marques de la haute couture, en plein festival de Cannes, dès lors que l’on recherche le glam d’antan pour le Grand Festival…

    Mais ces remarques, évidemment, peuvent vous sembler accessoire.
    Très cordialement.

    mai 20, 2009 at 21 h 17 min
  • Claire-Marie

    Tout d’abord, merci de lire aussi attentivement l’ensemble de mes articles !

    Vous avez bien sur raison pour JP Jeunet et j’étais consciente du caractère quelque peu spécieux de cet argument, d’où la nuance qu’apportait le « parfois peu familières ». Cet argument conserve toutefois sa validité dans le cas de Dahan, qui étaye ma thèse.

    Quant à la publicité H&M, je la trouve très créative, j’apprécie particulièrement le plan sur le mannequin s’échappant du magazine… et l’humour de la chute m’a faite sourire ! La « vulgarité modeuse » me semble avant tout parodique dans ce clip… mais plusieurs lectures sont possibles.

    Concertation ? J’y vois plutôt une compétition féroce où les adversaires auraient choisi des armes similaires pour le duel : cinéma, réalisateur, stars, esprit « vintage »… Un rendu fade, qui peine à restaurer « le glam d’antan » piquant et racé !

    Bonne journée à vous et continuez à commenter, je vous répondrai avec plaisir !

    mai 21, 2009 at 11 h 28 min
  • Aristide

    La publicité Dior est franchement grotesque. Merci M. Dahan, après la Môme, de continuer à nous faire rire !

    mai 21, 2009 at 13 h 24 min

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