Mode

Refuse Club donne la parole à la jeune génération

Refuse Club donne la parole à la jeune génération

16 septembre 2019 | PAR Cloe Assire

C’est au sein d’une galerie d’art contemporain, la Foley Gallery au cœur de Chinatown, que la marque Refuse Club nous donna rendez-vous pour une présentation tout à fait atypique de leur collection printemps-été 2020.     L’inspiration principale, et non des moindres, n’est autre que la jeune génération chinoise.

Cette année, Chinatown fut décidément en marge de la Fashion Week New Yorkaise malgré les très nombreuses influenceuses asiatiques présentes sur les front row de chacun des défilés. En effet, dans ce quartier symbole d’une diaspora importante, les pop-up stores anti-FashionWeek n’ont cessé de fleurir. Le but ? Lutter contre l’élitisme. La mode, qui se fait et se défait dans la rue, aurait tendance pour beaucoup à s’enfermer dans des cercles de plus en plus fermés.

De façon moins radicale, Refuse Club fait néanmoins partie de ce mouvement en sortant les journalistes de leur zone de confort, à savoir le bâtiment principal de la Fashion Week situé au 50 Varick Street. Mais c’est pour un autre combat que s’engage la marque : donner la parole aux femmes qui n’ont pas la liberté de le faire dans leur pays, même en cas de violence. Le nom de la marque vient en effet du célèbre Salon des Refusés qui, notamment en raison du travail présenté par Manet et Courbet, déclencha la controverse dans la seconde moitié du XIXème siècle. Fondée en 2018 par deux amis chinois de Parsons, Shao et Zhou – ayant étudié le féminisme – Refuse Club s’inscrit dans la lignée du mouvement #MeToo. La mode devient donc un lieu de discussion où le débat est ouvert face à un gouvernement silencieux.

Pour parvenir à cet objectif, murs blancs et parquet grinçant nous accueillent : aucune oeuvre ne subsiste dans cet espace restreint où   seule une dizaine de femmes, telles des sculptures vivantes, nous présente les vêtements conçus pour la saison à venir. Cette fois-ci, les deux designers puisent leur inspiration en s’appuyant sur le style vestimentaire des jeunes chinoises vivant dans de petites villes ou au sein de villages reculés. « Nous trouverons leurs looks uniques et drôles » expliquent Shao et Zhou. « Sans avoir l’intention de critiquer quiconque en réinterprétant ce style, cette collection est à percevoir comme une blague sarcastique, une manière de dire Regardez comme la mode est ridicule et comme nous refusons de la changer ».

Cette dernière idée se traduit par l’insertion d’objets hétéroclites dans l’attitude de chacune des mannequins : certaines disputent une partie d’un jeu traditionnel chinois, d’autres tiennent des raquettes de ping-pong, des tapettes à mouches, des pinces à linges, etc. Les chaussures en plastique coloré, épinglées de Pin’s, ne sont pas non plus laissées de côté. Les coiffures semblent onduler sur le visage de ces femmes marqué par de la peinture rouge. En fond sonore : des bruits de verre comme si des éclats de ce matériau s’entrechoquent. Nous sommes proches des mannequins, terriblement proches : impossible de fuir leur regard et difficile de se concentrer sur les vêtements présentés.

Avec cette collection, et en choisissant ce type de présentation plus proche de la performance que du défilé, les deux designers de Refuse Club font de nouveau de la mode un monde de discussion comme celui de l’art.

Crédits photos : ©Cloé ASSIRE et Refuse Club (3 dernières photos)

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Cloe Assire

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