Mode
L’ode à l’Himalaya de Guo Pei

L’ode à l’Himalaya de Guo Pei

26 janvier 2020 | PAR La Rédaction

Guo Pei a présenté sa collection Haute Couture Printemps-Eté 2020 au Palais de Tokyo ce mercredi 22 janvier. Véritable hymne à l’amour envers la majesté de l’Himalaya, la couturière chinoise a livré des créations d’une opulence et d’une préciosité incomparables, sur fond de neige éternelle.

 

Par Juliette Bastien

Guo Pei a fait souffler un vent de fraîcheur sur la Fashion Week Haute Couture printemps-été 2020 de Paris, ce mercredi 22 janvier. Alors que tous ses confrères et consoeurs designers ont dévoilé des créations toutes en légèreté et motifs printaniers, la couturière chinoise a pris la controverse pour sa dernière collection. Habitée par les mystères de l’Himalaya et son histoire fascinante, Guo Pei a livré sa propre lecture de ces pics enneigés dans une série de 23 robes, présentées au sein du Palais de Tokyo.

Les nombreux invités au défilé ont été accueillis par de la fausse neige se mettant à tomber du plafond alors qu’ils prenaient place, recouvrant le sol d’un fin tapis blanc. Le ton est donné : Guo Pei nous emmène là où la neige ne fond jamais. Pour elle, l’Himalaya est un lieu saint presque inatteignable, où les dieux y résident depuis des millénaires. La Chinoise de 52 ans a passé des heures à observer sa splendeur, bouleversée par son blanc si pur qui scintille sous les rayons du soleil. « Il est la couleur qu’une âme devrait avoir, la pureté enfin atteinte après maints efforts spirituels », a-t-elle expliqué dans son communiqué. Toute la problématique de sa collection réside donc dans le concept du sacré, que Guo Pei ressent au travers de la célèbre chaîne de montagnes dominées par l’Everest, bien qu’elle n’y soit jamais allée en personne, comme elle l’a confié dans les coulisses du show.

Forte du savoir-faire désormais signature de ses ateliers basés à Pékin, Guo Pei a une fois de plus misé sur l’opulence et la minutie pour réaliser ses créations. La plupart des looks ont été inspirés de la forme du lotus des neiges, une fleur de haute montagne aujourd’hui protégée. Guo Pei les a représentées par le biais de silhouettes extravagantes, semblables à des boutons prêts à éclore, ainsi que par des couches d’organza blanc qui donnaient l’impression de pétales délicats s’abaissant au rythme du pas lent des modèles.

Limite infranchissable entre le Népal, la Chine, l’Inde et le Pakistan, la chaîne de l’Himalaya abrite une profusion de cultures diverses, qui pourtant se rencontrent rarement. Pour illustrer cela, la couturière a mixé divers tissus provenant des quatre coins du monde, tels que de précieuses étoffes d’Obi, des soies fragiles de kimonos japonais, et des brocards d’or chinois. Les ceintures de kimonos ont été coupées en carrés et recousues à l’envers pour que les fils apparaissent sur la surface visible comme des franges texturées sur de longues manches traînant au sol.

Afin de reprendre l’idée du sacré et du mystique que représente la neige éternelle et les sommets vertigineux dans son imaginaire, Guo Pei a eu la bonne idée d’intégrer des thangkas du Tibet sur ses tissus reconstitués. Il s’agit de petites peintures ou de dessins typiques du bouddhisme, pouvant représenter des mandalas, ou bien des divinités. Ici, Guo Pei a choisi des thangkas illustrant les bouddhas des Trois Royaumes. L’un d’entre eux, cousu sur une écharpe blanche au milieu de broderies compliquées, contemplait le public avec une expression apaisée et méditative, tandis qu’un autre, muni de trois têtes et de six bras, renfermait une colère terrible derrière ses grands yeux écarquillés, presque menaçants. Les figures des bouddhas ont été somptueusement mises en relief sur les vêtements grâce à des broderies au fil d’or tridimensionnelles, une technique ancestrale reprise par Guo Pei avec brio.

Au reste, la créatrice n’a pas oublié de réinventer la tenue traditionnelle des Tibétains et Mongols ayant élu domicile dans les creux secrets de ces montagnes. Elle a par exemple, intégré les manches extra-larges de leurs costumes, symboles de leur liberté de nomades. Guo Pei a même dédié une robe entière à la neige éternelle de l’Himalaya, imaginant une jupe bombée comme le serait un sol couvert de neige et scintillante comme si elle était reflétée par les rayons du soleil.

Des créations semblables à des travaux d’orfèvres colossaux, c’est le véritable credo de la marque de Guo Pei. Devenue une star de la mode depuis l’apparition de Rihanna dans une robe jaune mémorable à la traîne circulaire, qu’elle avait réalisée pour le Met Gala de 2015, Guo Pei est depuis inscrite chaque année au calendrier officiel de la Fashion Week de Paris. Devenant l’une des principales figures de la haute couture chinoise avec l’expansion de sa marque, elle a été classée parmi les 100 personnes les plus influentes du magazine « The Time » en 2016. Certaines de ses créations sont si longues à réaliser que ses couturières peuvent prendre jusqu’à 50 000 heures pour les terminer, tandis que d’autres peuvent peser près de 50 kilos. Guo Pei ne crée pas de simples vêtements. Elle imagine des costumes d’apparat précieux, très architecturaux, méritant de trôner dans un musée comme celui du Palais de Tokyo.

Clou du spectacle avec une ultime traîne glissant sur 2 mètres au-dessus du podium couvert de faux flocons, ornée de fil doré et de pompons blancs. Un thangka immense a été brodé en son centre, comme pour rappeler que l’Himalaya indomptable est le lieu de résidence des dieux, et que son caractère sacré échappera toujours au sens commun des hommes.

Visuel : ©Blake

 

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