Opéra
Le théâtre du Châtelet offre une fête avec Saül

Le théâtre du Châtelet offre une fête avec Saül

26 janvier 2020 | PAR Victoria Okada

Comment tenir plus de trois heures avec un oratorio qui ne suscite pas autant d’enthousiasme, sur le plan vocal, que les autres œuvres de Haendel ? La production présentée, en ce moment, au Théâtre du Châtelet réussit brillamment ce pari grâce à une mise en scène signée Barrie Kosky (reprise par Donna Stirrup), qui ne donne aucun instant de répit.

Somptueuse mise en scène

C’est à l’été 2015 que le Festival de Glyndebourne crée cette version mise en scène d’un oratorio de Georg Friedrich Haendel. Partition méconnue, à cause probablement du caractère assez terne de ses airs (pas de vocalises spectaculaires comme on peut l’attendre, notamment chez le contre-ténor), Saül possède cependant une dramaturgie poignante. Afin que tous ces éléments dramatiques soient pleinement mis en valeur, il faudra une lecture minutieuse du livret imaginé par Charles Jennens d’après une légende biblique. Barrie Kosky, qui a récemment fait montre de son acuité en la matière avec Le Prince Igor à l’Opéra Bastille, y introduit, avec succès, un regard actuel sur les sentiments humains. Ainsi, les protagonistes expriment très franchement la joie, la douleur, la jalousie ou la fierté par des cris et des gémissements, avec des soupirs et des interjections. La spontanéité travaillée de ces expressions, qui sont d’ailleurs difficiles à réaliser pour que cela paraisse vrai, est si entraînante que le spectateur éprouve une sympathie ou une antipathie pour tel ou tel personnage ! L’extraordinaire chorégraphie contemporaine d’Otto Pichler (reprise par Merry Holden), juvénile et débordante d’énergie, qui inclut parfois des mouvements collectifs — leurs effets sont spectaculaires — insuffle un élan vital rafraîchissant. Cet élan est renforcé, dans la première partie, par les costumes et décors, colorés et luxuriants (de Katrin Lea Tag), qui sont une véritable fête pour les yeux. Après l’entracte, la couleur cède au noir et blanc qui symbolise le dilemme du premier roi d’Israël. Autant le faste des deux premiers actes est réjouissant, autant la noirceur visuelle de l’acte III frappe et le contraste entre les deux parties est saisissant. Les lumières de Joachim Klein (reprise par David Manion) jouent une part importante afin de créer encore davantage d’impact scénique. Ainsi, Barrie Kosky réussit à faire d’un oratorio statique un véritable spectacle plein de mouvements.


Voix hétérogènes

Le plateau vocal est hétérogène, à cause, en partie, de changements de distribution faites au dernier moment. Souffrant, Christopher Purves, qui jouait toutefois le rôle de Saül sur la scène, a été remplacé par le jeune baryton ukrainien Igor Mostovoi qui chantait depuis la fosse. Si la prestation de ce dernier était plus qu’honorable, la place qu’il a prise, à l’extrémité du côté cour, n’offrait pas un équilibre sonore parfait. En Jonathan, David Shaw (du chœur, qui a principalement chanté au Festival de Glyndebourne) remplaçant Benjamin Hulett, lui aussi souffrant, a sauvé la représentation mais il manquait d’affirmation en tant que soliste. Les rôles de Merab et de David restent assez statiques sur le plan d’écriture, et les spectateurs n’entendent pas l’éclat habituel qui se trouvent d’ordinaire dans les voix de Karina Gauvin et de Christopher Ainslie. En revanche, Anna Devin affirme sa présence et son excellence en tant que Michal ; son timbre aérien et la justesse de ses propos sont, à notre sens, un des piliers de cette production.

Dans la fosse, l’orchestre des Talens Lyriques, dirigé, non pas par son chef Christophe Rousset, mais par Laurence Cummings (qui tient l’orgue sur scène au début du troisième acte), est véritablement rayonnant. La subtilité de nuances et de couleurs instrumentales rend évidente la formidable qualité de la partition orchestrale, tout en soutenant les parties vocales. Le chœur, constitué spécialement pour l’occasion, fonctionne merveilleusement ; la puissance et la finesse de ses expressions sont remarquables. Dans cette œuvre, le génie de l’écriture de Haendel apparaît le mieux à travers ces deux éléments musicaux.

Photos © Patrick Berger

L’ode à l’Himalaya de Guo Pei
Lisette Oropesa : « on chante pour recevoir des applaudissements, pas des récompenses ! » [Interview]
Victoria Okada

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *