Théâtre
Festival Vis-à-vis : entre variétés et variations

Festival Vis-à-vis : entre variétés et variations

25 janvier 2020 | PAR Julia Wahl

La nouvelle édition de Vis-à-vis, festival de spectacles créés en milieu carcéral, vient de s’achever ce samedi 25 janvier. Un festival qui brille par la variété des formes et des sujets comme par un goût très prononcé pour une esthétique de la variation. Retour sur quatre jours de festival.

Cette édition a réuni au Théâtre Paris-Villette des détenus des centres pénitentiaires de la Santé, de Réau, de Meaux, de Fresnes et de Fleury-Mérogis, mais aussi, par la magie des captations, de la Maison centrale d’Arles. Une multiplicité de lieux a priori caractérisés par leur fermeture, dont la venue au théâtre n’a été possible que grâce à une collaboration au long cours entre le théâtre et la direction de l’administration pénitentiaire. L’opportunité pour les détenus de sortir de leur cellule et de découvrir le théâtre grâce à un vrai travail de création artistique, incarné entre autres par des figures comme Joël Pommerat ou Julie Brochen (voir notre interview ici). L’opportunité pour le spectateur de voir des œuvres de qualité, les metteurs ayant su s’emparer des contraintes liées à l’univers carcéral pour créer des spectacles originaux.

Une esthétique de la variation

La première des contraintes, et non des moindres, est celle du dénuement : il est difficile d’apporter en prison des objets venant de l’extérieur. Aussi les artistes sont-ils nombreux à avoir choisi la variation et la réécriture comme points de départ de leur travail avec les détenus. C’est bien entendu le cas de Portraits. Woyzeck, interprété par des détenus de Fresnes et dirigé par Gilles Nicolas et Pauline Parigot. Elle reprend le thème de la pièce de Büchner tout en l’adaptant, notamment dans l’onomastique et les récits des personnages, à ses acteurs. C’est également le cas de Marius, mis en scène par Joël Pommerat avec la prison d’Arles, qui adapte et modernise la pièce de Pagnol, ou encore d’Ouragan, d’Alexandre Zeff (voir notre interview ici) et Julie Brochen avec les détenus de la Santé, qui emprunte à Introspection de Peter Handke l’esthétique de la liste et de la litanie. Une variation dans le thème comme dans la forme.

Un festival sous le signe de la variété

Une variété dans les formes et les sujets, aussi. Commençons par le plus évident : les arts convoqués sont nombreux. Si Vis-à-vis se veut avant tout un festival théâtral, nous avons pu voir dans son hall et sa « salle blanche » des gravures et des photographies réalisées par des détenus de Réau et de la Santé. Avec, là encore, une vraie aptitude à jouer des contraintes, puisque les photographies, prises dans des espaces réduits, parviennent à donner une impression de profondeur. Autre discipline, le cinéma et la vidéo, avec Ma Gueule de l’emploi – qui joue de la confrontation entre le personnage présent sur le plateau et son double cinématographique – , joué par les détenus de Fleury-Mérogis avec le Théâtre du Menteur, ou Cinq femmes, film documentaire sur des femmes en centre de rétention avec, comme toile de fond, le film de Bergman L’attente des femmes. Les sujets abordés sont eux-mêmes nombreux, de la condition carcérale à l’amour et à la jalousie.

Aussi cette édition a-t-elle gagné le pari de proposer au public des spectacles chaque soir différents, tout en maintenant une forte unité grâce à cette esthétique commune qu’est le travail de réécriture et de variation.

Visuel : affiche du festival

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Julia Wahl
Professeure de lettres durant dix ans, chargée de production de diverses compagnies de danse ou de théâtre, chargée d'action culturelle et des relations publiques... Tout ce qui a trait à la promotion de la culture et au développement de ses publics me passionne. Parce que l'on ne peut voir un spectacle sans vouloir transmettre ses émotions, je chronique régulièrement le cinéma, le théâtre et la politique culturelle pour Toute la Culture.

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