Mode

Les apparences sont trompeuses avec Geoffrey B. Small

Les apparences sont trompeuses avec Geoffrey B. Small

26 mars 2020 | PAR Cloe Assire

C’est  au sein de l’Espace Saint-Martin, à deux pas du Centre Pompidou, que la marque Geoffrey B. Small présentait sa collection automne-hiver 2020/2021, la Fashion Week parisienne ayant eu peu d’annulations liées au coronavirus. Dans un cadre épuré, les vêtements simplement présentés sur des portants donnaient à réfléchir sur ce qu’est et devrait être le luxe à l’heure où l’urgence climatique ne fait plus aucun doute.

Originaire de Boston, c’est en 1979 que Geoffrey B. Small décide de lancer sa marque éponyme avant de s’installer en Italie pour mieux se rapprocher de ses fournisseurs, travaillant avec de grands noms comme Dolce & Gabbana et Gucci. Dès la fin des années 1980 et début 1990, ce couturier intégrait déjà le recyclage dans ses méthodes de travail avant de décider de n’utiliser que des matières naturelles comme le lin et le coton en vue de revenir aux origines de la confection. Suivant cette idéologie, tous les textiles de ses collections sont tissés à la main sur des métiers à tisser traditionnels datant du XVIIIème siècle, situés dans un périmètre de 300km autour du siège social de la marque. Ayant une formation de tailleur, Geoffrey B. Small propose également un service de retouche personnalisé à chacun de ses clients, prenant ainsi soin de raviver l’artisanat de la couture avec des collections masculines souvent plus connues que celles destinées aux femmes. Leurs produits phares ne sont autres que les vestes et chemises en soie, essentiellement vendues au Japon et en Europe.

Geoffrey B. Small a pour fil conducteur la qualité des matières premières choisies pour des vêtements entièrement cousus à la main dans les ateliers de la marque où chaque couturière conçoit une pièce de A à Z. Le but ? Ne traiter avec aucune usine. La soie de Côme par exemple est l’un des textiles très utilisé dans son travail, l’hiver prochain ne faisant pas exception. De façon expérimentale, l’équipe de la maison a aussi beaucoup travaillé à partir de mélanges entre la laine et le lin à l’origine de vêtements aussi chauds que confortables. De son côté, la cire d’abeille servit quant à elle à rendre certaines vestes imperméables. Les chaussures sont en cuir recyclé et les teintures naturelles réalisées à partir de curcuma – pour les étiquettes en soie par exemple – ou encore de noix. Pour les boutons, aucun plastique à signaler au profit de cornes, de noix de corozo et de perles, le tout créé par Fontana, implantée depuis 1946. En résulte de véritables bijoux emplis de raffinement, conférant aux vêtements de luxueux détails, y compris des boutonnières à la main pour renforcer l’esprit tailleur.

Pour l’hiver prochain, Geoffrey B. Small et son équipe firent le choix de s’inspirer du chanteur du groupe de rock The Cars, émergent au cours des années 1970. En résulte un nuancier chargé  de noirs et de gris rappelant le travail avant-gardiste de Yohji Yamamoto ou Rei Kawakubo. Les franges sont utilisées comme un leitmotiv – ce que nous pûmes voir dans de nombreuses propositions au cours de cette semaine de la mode parisienne – et les manches chauve-souris apparaissent récurrentes. Les doublures reprennent un détail d’un tableau du Tintoret se voyant démultiplié : tout est aussi beau à l’intérieur qu’à l’extérieur. L’idée du patchwork se voit réinvesti tout en subtilité tandis que chaque vêtement est numéroté et signé par la personne qui en eut la charge.

Les imperfections du travail à la main sont visibles, renforçant cette volonté de fait maison voulu par la marque. Impossible de ne pas tomber sous le charme de ces pièces où la passion mise dans leur concrétisation est flagrante tout comme les efforts faits pour respecter totalement les principes de la slow fashion. Alors que nous pensions que les prix de ces vêtements allaient être exorbitants, ce fut un plaisir de voir qu’ils n’excédaient absolument pas ceux pratiqués par les grandes marques de luxe. En effet, l’absence de frais de communication, de publicité en tout genre leur permet de pratiquer des prix plus que compétitifs en additionnant le coût des matières premières et celui relatif au temps de travail pour une confection entièrement faite main.

Le confort et la praticité sont placés au cœur des préoccupations de cette marque indépendante mêlant savoir-faire manuel et matières premières naturelles à l’origine d’innovations dissimulées dans les finitions voire même dans le patronage. Expérimentales, leurs collections éthiques ont charmé la rédaction en ouvrant une importante prise de conscience entrant en écho avec le travail de Richard René cette saison pour Guy Laroche.

Visuels : Geoffrey B. Small

L’interview confinée de Yuming Hey : « c’est agréable aussi de prendre ce temps comme une respiration mondiale »
Confinement : et si on en profitait pour rencontrer la Rencontre ?
Cloe Assire

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *