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Evadez-vous dans la nature fantasmée de Rahul Mishra

Evadez-vous dans la nature fantasmée de Rahul Mishra

25 mars 2020 | PAR Cloe Assire

Rahul Mishra – premier créateur indien « Membre invité » de la Fédération de la Haute couture et de la Mode – fait rimer embroidery et sustainability pour l’année prochaine. Sa collection automne-hiver 2020/2021, présentée le 29 février dans le 8ème arrondissement, est une ode à la nature, un appel à l’évasion qui ne peut que nous enchanter en cette période de confinement.

L’invitation qui nous parvint nous donna un indice sur la ligne prêt-à-porter qui nous attendait, reprenant en effet des motifs observés  au cours du défilé Haute Couture de Rahul Mishra en janvier. Une chose est sûre : nos attentes étaient placées très hautes tant son travail nous avait fait succomber un mois plus tôt. « Lors d’un récent voyage à Soneva Fushi, aux Maldives, alors que je me plongeais littéralement dans un monde inconnu, une série de prises de conscience brutales m’ont frappé. Envoûté par les millions de nuances de bleu, les formes abstraites en constante évolution composées d’une diaspora de poissons, le feuillage sous-marin exotique et les coraux saisissants, j’ai eu la tâche gigantesque d’enregistrer la beauté qui se déployait devant moi – une expérience à la fois surréaliste et humiliante » expliquait le créateur indien. Difficile cependant de ne pas rappeler que la réalité actuelle est pour le moins décourageante, constat amplifié par sa fille de 4 ans aspirant à un ciel bleu clair alors même que les niveaux de pollution à New Delhi sont de plus en plus alarmants.

L’impact de l’Homme sur la Planète Bleue ne fait plus aucun doute : c’est en rappelant à quel point la nature est belle, vivante, et fragile que Rahul Mishra nous place face aux résultats de nos actions. C’est cette idée que le couturier fait le choix de travailler tant pour sa collection Haute Couture que pour sa ligne prêt-à-porter afin de toucher le plus de gens possible. Quoi de mieux que l’émerveillement pour faire réagir en vue de créer une volonté de conservation de ce qui se détériore de jour en jour ? Ainsi, des écosystèmes entiers ont été créés à partir d’une faune et d’une flore délicatement brodées à la main, rappelant les plantes et animaux d’une jungle massive et peut-être un brin imaginaire en évoquant le film d’animation Madagascar ou encore les toiles naïves du Douanier Rousseau. Des pièces absolument sublimes en résultent, certaines ayant nécessité plus de 5000 heures de travail : pourtant, le créateur prit soin de nous rappeler que ses dernières saisons ont vu une croissance de 50% au niveau de l’activité alors que le nombre de pièces produites baisse de 10%. Rahul Mishra se revendique indéniablement comme un créateur de slow fashion, lui qui cherche également à créer des emplois parmi la communauté artisanale indienne, Suzy Menkes le plaçant même au rang de « trésor national ». « La lenteur nous permet d’intégrer un rythme humain naturel au processus de création, le plus grand luxe du moment » conclut-il au sujet de sa doctrine.

Pour le designer, un processus de création et de fabrication plus long entraîne des vêtements davantage exclusifs, pouvant être conservés malgré le renouvellement saisonnier de la mode auquel il ne croit pas. La recherche d’intemporalité est donc l’une des idées principales pour cette collection de prêt-à-porter découlant directement de la ligne Haute Couture dont il ne fait point table rase mais qu’il prend soin, bien au contraire, de réinvestir et d’adapter à la vie quotidienne. En ralentissant le renouvellement des tendances, on diminue également le risque de modes de consommation frénétiques comme ceux liés à la fast fashion. Pour lui, la slow fashion est en effet la mode la plus durable possible, rappelant que ce n’est pas parce que vous utilisez des millions de mètres de tissus recyclés que vous faîtes pour autant une mode éthique et écoresponsable.

Ainsi, comme un fil conducteur entre les deux collections, le travail à la main des broderies, malgré sa lenteur, est conservé en faisant partie intégrante de l’ADN de la marque. Mais, cette fois, il ne s’agit plus de robes longues majestueuses ou brodées de la tête aux pieds mais bel et bien de pièces portables dans la vie de tous les jours, réinvestissant pourtant les mêmes influences. De nouveau, les lignes sont empreintes de sensibilité, de délicatesse mais aussi de romantisme alors qu’un doux parfum floral caresse nos narines dans le lieu dédié à la présentation. La faune et la flore sont de nouveau au cœur du sujet avec une gamme colorée acidulée, présentant de jolies teintes en total look comme le rose fuchsia, le jaune canari ou encore le bleu ciel. Beaucoup d’ensembles brodés présentent une représentation du monde comme une coupe géologique allant du ciel jusqu’aux fonds marins, comme si le créateur avait pris assez de recul pour nous faire part de son point de vue omniscient.

La collection rend clairement hommage à différents écosystèmes, presque comme dans un herbier. Certaines broderies prennent par exemple soin de montrer l’évolution d’une plante, partant d’un point de broderie pour finir en une feuille épanouie. La femme devient ainsi l’analogie de la nature dont il faut prendre soin : l’ensemble se veut fragile à l’image de ce qui nous est cher. Chacun des vêtements semble raconter une histoire, celle d’un fantasme, d’une nature luxuriante, sauvage, idéalisée. De plus, le savoir-faire mis en œuvre, la justesse des coupes et la recherche d’une délicate gamme colorée viennent disperser toute pensée liée à un univers « too much » ou « kitsch ».  Des croquis et planches tendances réalisées par le créateur viennent expliciter ses méthodes pour arriver à une telle légèreté visuelle à partir de recherches graphiques faites sur du papier calque, caractérisé par sa transparence. De la lumière du soleil jusqu’à des nuits mystérieuses sur des lits océaniques, tout a été pensé pour que la collection soit présentée dans le langage des signes de la broderie manuelle tout en garantissant le confort des pièces proposées. Notons que tous les vêtements peuvent être portés séparément sans pour autant perdre de leur cachet. D’ailleurs, la majorité des habits est présentée individuellement sur des portants pour insister sur le fait que chaque pièce ne dépend pas du look, qu’il est donc facile de se l’approprier à son propre style. 

En améliorant l’accès à l’artisanat comme aux vêtements, la collection prêt-à-porter de Rahul Mishra pour l’hiver prochain représente une mode engageante, à l’initiative de la création d’emploi et en valorisant l’artisanat. Le créateur indien réussit avec brio à rétablir une harmonie entre terre, mer et air par le biais de la création humaine, qui n’a pas pour unique vocation de détruire. Un vent d’espoir et d’optimisme souffle donc face à ces vêtements de toute beauté, à l’image de cette nature qu’il nous faut protéger.

Visuels : IC Insight Communication et Cloé Assire (première galerie d’images)

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Cloe Assire

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