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Adeline Ziliox et la liberté technique

Adeline Ziliox et la liberté technique

14 juillet 2019 | PAR Cloe Assire
« Black snow et white storm ». Voici un intitulé de collection Haute couture automne-hiver 2019-2020 tout en paradoxe. Mais c’est surtout le blanc immaculé de cette présentation, à l’image de la neige, qui marquera nos esprits. « Pourvu que d’autres voient cela après moi… » déclara-t-elle. Revendiquant ses collections Slow Fashion, Adeline Ziliox n’hésite pas à transgresser les codes de la Haute Couture par la mise en avant de matières transformées, recyclées ou issues de précédentes collections. Zoom sur l’engagement de cette créatrice dont la deuxième collection ne peut que faire réfléchir sur notre empreinte écologique.
 
 
Le blanc est hypnotisant et le noir tout aussi captivant pour une présentation en douceur, au fond sonore faisant appel à nos différents sens : le bruit de l’eau, tel un clapotis, la brise contre notre visage. Et puis l’orage. Par cette mise en condition, Adeline Ziliox réussit à convoquer nos souvenirs enneigés, ces paysages couverts d’un superbe manteau blanc. Son crissement qui semble nous parvenir, à chaque pas des mannequins. Ce sentiment de quiétude qui nous gagne tout d’abord devant ces silhouettes immaculées.Une pureté que la créatrice, au travers de ses souvenirs et sensations, désire conserver en dénonçant les ravages de notre société sur notre environnement. En effet, la neige est une image inoubliable pour Adeline Ziliox, emplie de poésie, ce qu’elle mit un point d’honneur à retranscrire au cours du défilé qu’elle présenta le 30 juin à l’Hôtel le Marois. Cette collection se vit également associée aux montres de Maurice Lacroix le 5 juillet au sein du Dôme des Champs-Elysées.
 
 
La mode d’Adeline Ziliox est emplie de savoir-faire et de technique, cette dernière étant indispensable selon la designer puisque garante de la liberté créative. Mais cette liberté ne doit pas s’exercer aux dépends des ressources de notre Belle Bleue et des valeurs humaines, trop souvent délaissées au bénéfice du profit. Cette collection porte-parole réussit son pari en dépeignant sous nos yeux des robes-iceberg dont la fonte s’est déjà amorcée. Avec Adeline Ziliox, la femme aux yeux cernés de blanc devient l’étendard d’un engagement sans concession au travers d’une mode conçue comme un art total. Chaque détail est pensé, rien n’est laissé de côté, pas même la mise en beauté. Les coiffures notamment se démarquent des autres défilés, en étant tout particulièrement en accord avec ces silhouettes résolument urbaines et contemporaines. Des éléments des broderies sont en effet rappelés, comme incrustés dans la chevelure.
 
 
Les coupes sont asymétriques, le blanc relevé par des broderies argentées, la casquette devient sculpturale en étant recouverte par une nuée de stalagmites que l’on retrouve également sur de nombreuses épaulettes. La carrure est accentuée, peut-être pour symboliser ce poids qui désormais pèse sur notre conscience afin de nous inciter à réagir. Certains éléments tendent à disparaître : les souliers sont transparents, tout comme les capuches qui semblent s’affaisser petit à petit. Ainsi, cette collection se veut la métaphore filée de cette nature que nous ne voulons pas voir disparaitre sous les assauts de la tempête. L’unique touche de couleur du défilé, quelques broderies sur la robe de mariée, amènent une agréable lueur d’espoir. Il n’est pas trop tard…
 
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Cloe Assire

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