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Le vintage, une tendance engagée ?

Le vintage, une tendance engagée ?

27 novembre 2015 | PAR La Rédaction

Protestation contre une domination stylistique et culturelle, l’influence du vintage comme soft power s’étend dans les pratiques de consommation usuelles. Entre tendance modeuse excluante et socio-politique esthétique de l’économie frugale du « faire mieux avec moins », le rétro envahit les rues, les vitrines, les gardes-robes, les affiches, les intérieurs et les esprits.

 

 

Lunettes Ray Ban, Fiat 500 et Vespa, réfrigérateurs SMEG, Converse et Stan Smith, Mad Men, Levis’ et vinyles, autant de madeleines, vétérans sur le retour d’une autre époque, ressuscités, liftés, exhumés du terreau des tendances. Ces objets font un retour médiatisés au XXIè siècle, et semblent traduire un mouvement diffus de recyclage massif des objets en tout genre, en opposition à une consommation massive caractérisée comme excessive.

Réutiliser des vieux objets plutôt que d’en racheter, ne pas jeter ses déchets, se fournir en fripes de pièces vintages et rétros c’est avoir un rapport critique, voire militant à la consommation. En effet, étymologiquement, un friperie désigne un chiffon, une petite chose sans valeur, car déjà portée, d’occasion. Ce genre de boutique bourgeonne dans le printemps de la mode. Guerrisol, Bric-à-brac du 104, Rose Bunker, Kiloshop (qui fonctionne au poids), les exemples ne manquent pas.  

Entre mode et retour au source, le recyclage des objets dénote un relatif attachement au passé dans une période où l’avenir est incertain. En période de crise, on trouve dans le vintage une sorte de DeLorean rassurant et parfois activiste. La mode du vintage dévoile parallèlement une facette militante, presque altermondialiste, presque anti-consumériste, ou du moins engagée contre une consommation à outrance. Le retour aux sources, la quête d’authenticité lénifie les esprits face à la vitesse exponentielle du progrès, de la modernité et de la technologie. On réduit la durée de vie des portables, la solidité des collants et des bas pour pousser à la consommation. A l’inverse, le vintage serait gage de qualité. Le vintage rassure et les marques l’ont bien compris. Elles créent la rareté, et donc l’engouement. Elles annoncent rupture de stock pour créer l’attente, puis l’oubli, puis la surprise, puis l’événement. La difficulté à se les procurer décuple la valeur des objets.

 Dans une autre mesure, le recyclage est créateur de lien social : troc ou échange, il met en relation et en sociabilité les individus. Vides greniers, brocantes, ou même Emmaus, organisation caritative de réinsertion social, sont des incontournables du chineur aguerri. Paris accueille aussi la Free Troc Party.  La prochaine se déroule le samedi 6 février et est consacrée aux enfants. Le principe : amener les affaires que l’on n’utilise plus pour les mettre en commun, et se servir librement sur le principe du troc. Tout ce qui n’aura pas été troqué est donné à une association humanitaire.

Toutefois, en devenant une mode, l’engouement pour le vintage entre dans une antithèse paradoxale : un mouvement qui se veut un peu subversif, cheap, collaboratif, participatif, écologique et alternatif, ne peut pas devenir mainstream et gentrifié, sans quoi il perdrait l’essence même qui lui a fait voir le jour.

 

Salomé Vincent

Visuel : chicks57

 

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