Danse

Les « Kreatur » si pitoyables de Sasha Waltz ennuient au Festival d’Avignon

Les « Kreatur » si pitoyables de Sasha Waltz ennuient au Festival d’Avignon

08 juillet 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Il faut pourtant lire Lacan. Un peu, pas tout. Voilà : pas tout. Il a écrit ça, Jacques, qu’on ne pouvait « Pas-tout » avoir. Et pas tout dire, chère Sasha Waltz, pas tout accumuler non plus.

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Kreatur est la nouvelle création de la chorégraphe allemande Sasha Waltz qui, en 2002, avait présenté noBody dans la Cour d’honneur du Palais des papes. Elle avait également montré Impromptus et participé à « Des artistes un jour au Festival », ce programme best of, dément, qui avait résumé dix ans de créations sous la présidence de Hortense Archambault et Vincent Baudriller. Nous voici en 2018, et pourtant, tout nous fait penser ici à une pièce des années 1990 qui s’inspirerait des années 1970.

Tout commence pas mal. Une image forte de créatures comme des chrysalides, puis une mue qui vient coller les corps entre eux. Ils sont nombreux : Liza Alpízar Aguilar, Jirí Bartovanec, Davide Camplani, Clémentine Deluy, Peggy Grelat-Dupont, Hwanhee Hwang, Annapaola Leso, Nicola Mascia, Thusnelda Mercy, Virgis Puodziunas, Zaratiana Randrianantenaina, Yael Schnell, Corey Scott-Gilbert et Claudia de Serpa Soares vont jouer chacun leur rôle sur la musique omniprésente de Soundwalk Collective.

Le son nous embarque, mollement, dans des univers à la fois urbains et bestiaux. On entend réellement les mouches voler. La chorégraphie joue la carte du classicisme – un choix bien trop attendu. Les tableaux sont bien (trop) définis, ils se déroulent et laissent place au suivant. La danse se fait chorale, bien ensemble, tout bien ensemble, et même le passage autant obligé que la mariée à la fin d’un défilé, entendez, le solo, et là, bien au milieu. L’univers de la mode n’est pas loin dans les costumes quasi-militaires dessinés par Iris van Herpen et les éléments de plexiglas très photogéniques dans lesquels les danseurs changent de forme.

Les moments forts arrivent trop tard

Tout n’est pas à fuir ici (on a dit : « Pas-tout » ), elle provoque des portés puissants, souvent inversés et témoigne d’une bonne dose d’humour quand les « Kreatur » se mettent à baiser au soleil sur du Serge Gainsbourg. Mais les moments forts arrivent trop tard, et des bouts biens ne font pas une bonne pièce.

Alors tous les poncifs y passent et l’on comprend bien que l’humanité va mal. Mais la danse ne le dit que trop bien que quand elle suit un fil, se dépouille du récit pour attaquer les chairs. Il faut suivre Sénèque et se souvenir que les hommes en mangent d’autres. Alors, le discours hurlé par une danseuse sur la fin des frontières + les slips beiges + la musique tout le temps, cela provoque une lassitude pour ce trop long spectacle au propos bien trop lourd pour lui et dont on a du mal, assaillis par la forme vintage, à apprécier les mouvements trop lents, trop ensembles, trop déployés, presque comme dans le modern-jazz.

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Visuel : Kreatur – Sasha Waltz – © Sebastian Bolesch

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