Théâtre

Wonderful World, de Nathalie Béasse : un spectacle en morceaux

Wonderful World, de Nathalie Béasse : un spectacle en morceaux

26 janvier 2012 | PAR Liane Masson

Présentée au Théâtre de la Bastille dans le cadre du festival de danse Faits d’hiver, la nouvelle création de Nathalie Béasse évoque par fragments l’aridité de notre monde contemporain, dans lequel les relations entre les hommes passent par l’isolement et la violence. Au croisement du théâtre et de la danse, Wonderful World est un agencement de séquences dont le sens a du mal à nous parvenir.

 

C’est un univers en lambeaux que Nathalie Béasse nous donne à voir dans Wonderful World, et non un monde magnifique, comme le titre semblait pourtant nous l’indiquer. Tout commence par une course : une course folle, inutile, désespérée. Les cinq interprètes masculins qui nous font face s’épuisent bientôt à courir sur place, s’essoufflent, trébuchent. Et pourtant ils s’acharnent. Mais à quoi ces hommes cherchent-ils à échapper ? Peut-être fuient-ils ce monde absurde qui substitue trop souvent l’économie à l’humain, ce monde fissuré par la crise, ce monde trop pressé dans lequel on ne sait plus communiquer. Ou bien est-ce d’abord à eux-mêmes qu’ils essayent d’échapper ?

Dans ce théâtre dansé, traversé par l’urgence, la folie et la catastrophe, cinq hommes engoncés dans leur costume-cravate tentent de se débattre, s’affrontent, s’écroulent, et se relèvent… jusqu’à la prochaine explosion. Cinq hommes à la dérive qui parlent pour ne rien se dire, crient sans être entendus, coexistent sans se voir. Il est question ici de rapports de force, de l’individu face au collectif, de solitude et de violence. Mais la construction du spectacle est problématique. Il manque un lien entre les scènes, entre les fragments de textes utilisés, qui proviennent de sources et d’auteurs variés (Shakespeare, Dante, Tchekhov, témoignages d’ouvriers de chez Peugeot). Face aux différentes actions qui s’enchaînent sans logique, nous restons interdits. La pièce peine à trouver une cohérence, une consistance. Elle se termine dans un flottement inconfortable, alors qu’elle paraissait en suspens…

Dommage, car les interprètes (comédiens et danseurs) sont loin d’être dénués de talent. Mais leur énergie tourne malheureusement à vide, car ils n’ont pas de matériau dramaturgique ou chorégraphique suffisamment solide auquel se raccrocher, et nous décrochons vite nous aussi. Il restera une scène forte (en plus de la course du début), celle où ces cinq figures éclatées dans l’espace se figent dans d’improbables postures pour composer un paysage de corps défaits, échoués, découragés. Dans ce temps soudainement arrêté, l’image se fait. Elle se fixe en nous et résonne de manière presque inconsciente. Le reste est une compilation de situations scéniques sans profondeur que l’on a l’impression d’avoir déjà vues. L’effet patchwork ne suffit pas à créer du sens, et malgré la qualité de l’interprétation, l’incompréhension et la déception dominent jusqu’au bout …

 

 

Visuel : © Wilfried Thierry

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Liane Masson

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