Théâtre
Le Vrai Sang de Valère Novarina coule dans les veines du plateau de l’Odéon

Le Vrai Sang de Valère Novarina coule dans les veines du plateau de l’Odéon

07 janvier 2011 | PAR Bérénice Clerc

Comme vous le savez grâce à cet Article Valère Novarina brûle les planches de l’Odéon en 2011.Depuis mercredi 5 janvier et jusqu’au 30 janvier 2011 à 20h sa dernière création « Le vrai sang » jailli au grand jour et nous offre l’extase langagière, théâtrale, picturale et musicale à consommer sans modération.

Dès les premières secondes le ton est donné, le spectateur est captivé par un voile de noms de personnages enluminés de blanc sur un rideau noir à peine ouvert pour laisser place à Agnès Sourdillon, tout en finesse légèreté et présence, pour ouvrir le cirque des mots. La piste aux acteurs apparait, le décor nous libère, nous sauve du monde et nous attache un peu plus encore à ce spectacle.

Un plan incliné bouleversant, des morceaux de toiles de Valère Novarina inspirées par le Livre de Daniel, comme la trace de la main qui écrit sur le mur, invisible présence de ceux qui ont existé. Les acteurs vont nous peser, nous compter, nous diviser et nous donner le sens du monde.

Les acteurs s’accrochent à la scénographie de Philippe Marioge comme des notes sur une portée parfaite, le temps n’a plu de prise sur nous, le Vrai Sang du langage coule dans les veines du plateau, les acteurs nous transfusent les mots, comme une transcription du monde dans un chaos organisé dont l’ordre ne se révèle qu’à la fin.
Il faut accepter de se perdre, de chercher le blanc dans les couleurs des costumes, des accessoires et du décor, laisser la jubilation agir en nous guidée par la parole des acteurs.
Nous sommes au carnaval, Guguss avec son violon fait danser les filles, fait chanter les garçons, l’accordéon souffle la vie, un Faust fantoche apparait, drôle et séducteur pour sa Marguerite en bois, roulette de fête foraine, figure de l’enfance souvent laissée au placard.

La musique de Christian Paccoud est déterminante, forte, présente, à sa place elle tisse le fil d’or des mots et nous offre des moments de jubilation intense quand tous les acteurs sous une banderole entonnent des chants humanistes et politiques tels qu’ils devraient être dans la rue.
Le Violon de Mathias Lévy est un maillon essentiel du spectacle, il frotte ses cordes jusqu’à l’épuisement et se donne tout entier à ce moment de grâce.
Il est difficile de résumer un spectacle de Valère Novarina, comme une recette secrète délicieuse à la dégustation mais qui se révèle différemment dans la bouche de chacun, n’est jamais exactement la même.
Le monde est contenu dans ce Vrai Sang, le passé résonne, le présent est là et le futur est à inventer.

Valère Novarina part la bouche de ses acteurs nous éveille, nous réveille, nous emporte, nous fait réfléchir et penser par nous même, nous donne l’espoir d’une vie à partager, d’Amours fortes et d’un rire salvateur.
Enfin le théâtre nous sort de l’Homme, ne nous prémâche pas la pensée ou le beau, ne nous ennuie pas avec des acteurs star ou des acteurs qui s’écoutent et se regardent jouer…
Pas de répit pour les acteurs, ils osent toujours plus. Valérie Vinci illumine le plateau de sa beauté et de sa grâce, fine silhouette sous sa robe rouge, elle inonde l’espace de sa voix puissante, nous bouleverse muette dans un cadre de bois rouge tel une Vierge à l’enfant de plastique digne d’un Piero de la Francesca, vision moderne et divine, sa présence nous transporte.
L’éclatant Dominique Parent tantôt comique au phrasé imparable, chanteur ringard au talent inimitable ou animal rouge virevoltant sur le plateau.

Myrto Procopiou est tranchante comme le couteau, le fil tendu de son personnage ne lâche jamais, clown réaliste, acerbe et drôle elle sculpte son corps, ses mots met le langage à vif et nous tient en haleine.
Manuel Lelièvre est un acrobate dansant les mots, éclatant l’espace de son corps ancré au sol, il fait rire et offre son énergie sans limite.
Olivier Martin Salvan en fait rire plus d’un avec ses visions d’Opéra, passant d’un Octave à l’autre pour mimer Faust comme un enfant joyeux de retour d’un spectacle vu dans son village.
Richard Pierre est le régisseur dont tout metteur en scène doit rêver, sa générosité est palpable, il sait faire disparaître son corps sur scène pour laisser les acteurs en liberté et accepte d’offrir son corps et sa voix au spectacle pour notre plus grand plaisir.
Vous l’aurez compris, c’est un réel coup de cœur pour ce spectacle généreux engagé et jubilatoire dans le vrai sens des termes.
Courrez vite à l’Odéon, laissez vous porter, vivez ce moment d’apesanteur, de grâce, tissez l’histoire des mots, soyez Hommes.
La générosité, l’autodérision et la passion de cette équipe ne vous laissera pas de marbre.
Le Vrai Sang est une expérience à vivre et à partager.
Vous y rencontrerez le Langage, les Mots, la Musique, l’Art Plastique et Vous-Même.

Texte et Mises en scène de Valère Novarina, avec Julie Kpéré, Norah Krief, Manuel Le Lièvre, Mathias Levy, Olivier Martin-Salvan, Christian Paccoud, Dominique Parent, Myrto Procopiou, Agnès Sourdillon, Nicolas Struve, Valérie Vinci, & Richard Pierre, Raphaël Dupleix.

Infos pratiques

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Signé Putman au BHV
Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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