Théâtre

« Vertiges » de Nasser Djemai à la Colline : un texte et une mise en scène un peu attendus

« Vertiges » de Nasser Djemai à la Colline : un texte et une mise en scène un peu attendus

31 janvier 2020 | PAR Julia Wahl

Après Héritiers, le Théâtre de la Colline continue son cycle Nasser Djemai

Nadir est en visite chez ses parents. Nadir, c’est le fils qui a réussi : marié, père de deux enfants, il est aussi chef d’entreprise. Et, si ses frère et sœur vivent encore, faute d’argent, dans l’appartement familial, c’est lui qui en paie le loyer. Autant dire qu’il est accueilli comme un roi.

Et, comme un roi, il se met rapidement à commander : son frère devrait suivre des études d’informatique, son père renoncer à passer ses vacances au bled et le reste de la famille se mettre à classer les courriers. Les archiver. Dans de beaux classeurs avec étiquettes. Dans des chemises. Dans des dossiers… Nadir devient fou. Le désordre l’angoisse, les classeurs le rassurent. 

C’est que sa vie n’est pas si simple qu’elle y paraît : sa femme souhaite le quitter. Un secret qu’il garde dans l’espoir que tout s’arrangera. Et auquel fait pendant la maladie de son père, secret gardé jusque là jalousement par le reste de la famille. 

Le texte de Nasser Djemai accorde une large place à l’humour dans cette confrontation entre des personnages qui ne sont plus du même monde. Ainsi en est-il de la manière dont la mère soigne son mari, en lui donnant ses médicaments en fonction non des ordonnances, depuis longtemps disparues, mais de l’humeur de l’un et de l’autre. Un humour sans jugement, qui nous permet de rire autant de la stupéfaction de Nasser que de l’apparente absurdité de cet usage des médicaments. 

Toutefois, la peinture de l’opposition entre ces deux mondes qui s’ignorent, la réussite sociale de l’un, la joie simple des autres, cède volontiers au cliché. Le regard du premier, tour d’abord, plein de condescendance sur ces jeunes qui hantent les halls d’immeubles ou ces autres qui arborent barbes et djellabas au mépris de cette « France » qui leur aurait tout donné. Les récriminations des autres, ensuite, qui ne reconnaissent plus ce fils et ce frère, par trop renégat. 

La scénographie elle-même cède volontiers à la facilité. Une représentation très mimétique d’un salon, qui progressivement se délite sous les coups de folie de Nadir et dont la blancheur des meubles permet des projections, elles aussi fort attendues : des HLM tout d’abord, les vagues qui les séparent du bled ensuite et, enfin, les photographies jaunies de la nostalgie retrouvée.

Le personnage de la Voisine, qui hante sans mot dire la famille une bougie à la main, accorde toutefois à ce réalisme facile une étrangeté qui n’est pas sans rappeler l’Homme du Lac de Héritiers et, ce faisant, sort la pièce des sentiers trop battus. Les acteurs, de leur côté, défendent leur partition avec justesse, notamment Lounès Tazaïrt et Fatima Aibout, que l’on suit dans leurs joies comme dans leurs fatalismes. Une pièce qui repose donc principalement sur son humour et la qualité de ses acteurs.

Visuel : © Jean-Louis Fernandez

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Julia Wahl
Après dix ans d'enseignement des lettres en lycée, je travaille actuellement à la compagnie de danse verticale Retouramont comme chargée de diffusion et de production. Auparavant, j'ai œuvré six mois à l'Action culturelle du Mouffetard-Théâtre des arts de la marionnette. A côté des ces activités professionnelles, je chronique régulièrement le cinéma, le théâtre et la politique culturelle pour Toute la Culture.

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