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Le prix Couilles au cul d’Angoulême descerné à Nime

Le prix Couilles au cul d’Angoulême descerné à Nime

31 janvier 2020 | PAR Zoé David Rigot

Le prix Off of Off du festival international de bande dessinée d’Angoulême, ce cher prix « Couilles au cul », est decerné chaque année à un dessinateur, auteur ou artiste menacé dans son pays. Nous sommes allés aux nouvelles.

La Maison Isabelle, ce samedi pendant le festival d’Angoulême, accueille une manifestation qui pourrait être un peu comme l’anti-cérémonie des Fauves d’Angoulême. Lors de ce moment particulier, le Prix Shingo (créé par Florence Cestac et Yves Poinot en 2009) récompense un auteur/dessinateur à l’humour poétique et délirant, tandis que le prix Couilles au cul, créé un an après les attentats de Charlie Hebdo par Yan Lindingre (ex-rédacteur en chef de Fluide Glacial, on reconnaît l’humour) avec le soutien de Cartooning for Peace, Actua BD, Fluide Glacial et Sud Ouest, rend hommage à la bande dessinée et au dessin de presse en tant que discipline de résistance. Ainsi, il récompense le courage artistique d’un dessinateur ou d’une dessinatrice.

L’année dernière, il avait été attribué à Ramón Esono Ebalé alias Jamonyqueso, dessinateur du Cauchemar d’Obi. En 2018, c’était l’iranien militant et réfugié politique Kianoush Ramezani qui recevait le prix. La dessinatrice féministe turque Ramize Erer, exilée en France en raison des menaces pesant sur elle en Turquie, a été récompensée en 2017; en 2016, c’était Nadia Khiari, la dessinatrice et autrice des aventures du chat Willis from Tunis, un félin espiègle et moqueur qui ne respecte que la liberté, qui recevait la belle paire de Couilles au cul (car en effet, le prix reçu est, entre autres, une belle paire de couilles).

Que d’histoires traversent le monde jusqu’au festival d’Angoulême, c’est beaucoup d’émotions ! En tout cas cette année, c’est le dessinateur algérien Benabdelhamid Amine, alias Nime, qui recevra le prix ce samedi. Nime est diplômé des Beaux-Arts en sculpture et collabore à la revue Faynouk. Il a aussi illustré plusieurs contes pour enfants, travaillé dans diverses agences de création graphique et de publicité, tout en continuant à évoluer dans le champ de la bande dessinée. Chroniqueur BD pour le quotidien El Watan pendant le weekend, il auto-édite un recueil de bandes dessinées et travaille en ce moment sur un projet de plus grande envergure – une BD. On peut d’ailleurs en voir des extraits, et le suivre sur son Blog.

Le 26 novembre 2019, alors que l’Algérie est en prise avec les manifestations populaires pendant la campagne électorale, Nime est arrêté. On lui confisque tout son matériel et ses disques durs, il est enfermé jusqu’au 2 janvier pour « offense au président de la République », « outrage à fonctionnaire de l’Etat » et « distribution de documents de nature à nuire à l’intérêt national » précise Livres Hebdo. En effet, sa peinture L’Élu représente les cinq candidats à la présidentielle, attendant leur tour pour tenter d’enfiler une délicate chaussure, tenue par le chef d’état-major de l’armée : ce dernier est comme le prince recherchant sa belle Cendrillon – les candidats en sont les prétendants.

Nime sera donc finalement au festival ce weekend afin de recevoir son prix, de recevoir aussi un peu de réconfort aux côtés des nombreux défenseurs de la liberté d’expression présents à Angoulême; mais sans son matériel et ses disques durs, et, comme le précise Cartooning for peace ici, toujours condamné en sursis.

Une rencontre avec l’artiste sera organisée le samedi, après la remise du prix, à la Maison des Auteurs à 16H30.

 

 

Visuels : ©Nime

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Zoé David Rigot

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