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22 juin 2020 : Une Colline à la croisée des chemins

22 juin 2020 : Une Colline à la croisée des chemins

26 juin 2020 | PAR La Rédaction

Soirée riche en émotions hier pour la réouverture du Théâtre national de la Colline. Un long moment d’échange orchestré par Wajdi Mouawad sur les temps traversés et l’avenir du théâtre, suivi d’une représentation remplissant avec intensité son rôle de catharsis et d’expression de l’urgence, à coup de chœur et de danse. Bouleversant.

Par Claire Médard*

Réouverture ce 22 juin du Théâtre national de la Colline à Paris. D’abord conviés à un moment de convivialité devant le théâtre, rue Malte-Brun, en présence des équipes – autour d’un verre, sur une chaise longue ou du côté du coin librairie installé à l’extérieur pour l’occasion – les spectateurs sont ensuite invités à rejoindre la salle.

A l’intérieur, les centaines de fauteuils vides font face à la grande scène noire, éclairée par des néons, comme un jour de répétition. On nous installe dans le respect des règles sanitaires : un siège entre chaque personne ou groupe. Entrent alors sur scène une quinzaine de comédiens, et au milieu, Wajdi Mouawad, auteur, metteur en scène et directeur de la Colline, chaleureusement applaudis par un public enthousiaste. Rarement la banalité d’être assis dans une salle de spectacle et de voir arriver sur scène des comédiens avait semblé si fragile et précieuse.

Commence alors un moment d’échange entre public et comédiens, orchestré par Wajdi Mouawad, sur le rapport de la jeunesse à la vieillesse et vice-versa. Après quelques prises de parole maladroites, drôles, touchantes, passionnées, de comédiens et d’intervenants spontanés de 18 à 71 ans, on se sent comme dans un grand salon, avec la sensation commune que quelque chose cloche et la volonté perplexe d’y remédier ensemble. Est ensuite évoqué l’avenir du théâtre. Une première voix s’élève – une des comédiennes – sur le thème de la temporalité : elle regrette que la programmation théâtrale soit bouclée tant de temps à l’avance et ne laisse pas plus de place à l’imprévu. Une autre voix – un des comédiens – suggère qu’il serait intéressant de mettre davantage en avant les jeunes talents, notamment en matière de mise en scène.

Le maître de cérémonie annonce – avant de se reprendre – que la Colline ouvrira finalement cet été pour les représentations de Littoral « à partir du 7 avril » (comprendre « à partir du 7 juillet »). Lapsus qui boucle la boucle de l’ellipse temporelle des derniers mois.

La soirée s’achève sur une représentation inédite des comédiens. Ils forment un chœur, incarnent la colère animale face aux humains, scandent à l’unisson des mots qui sonnent comme des invectives. Les corps sont droits, habités, on plonge dans une sorte de tragédie grecque, parfois les voix partent en canon comme en chaos, puis se réalignent, gonflant l’intensité du propos. Un véritable moment cathartique où le théâtre prend tout son sens, en particulier dans le contexte actuel : il dit l’urgence, frontalement. « On vous voit », dit la nature.

Une reprise « à la croisée des chemins » qui montre la voie d’un « monde d’après » plus humain et responsable.

*Auteure, Traductrice-Rédactrice et Régisseuse-Coordinatrice, Claire Médard est l’auteure de la pièce Reliefs parue aux Éditions de Beauvilliers, ce mois de mai 2020.

 

visuels : Claire Médard

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La Rédaction

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