Théâtre
Une télévision française, le pic d’audience de Thomas Quillardet au Théâtre de la ville

Une télévision française, le pic d’audience de Thomas Quillardet au Théâtre de la ville

13 janvier 2022 | PAR Amelie Blaustein Niddam

C’est ce qui s’appelle un tube (cathodique !). Jusqu’au 22, le metteur en scène qui récemment s’intéressait à Rohmer nous plonge dans l’histoire de la fin du XXe siècle via le prisme d’un événement : la privatisation de TF1. Une jubilation !

« Allo Pierre, tu as reçu le télégramme ? »

En interview en juin dernier, Thomas Quillardet nous parlait de cette pièce alors en gestation : « C’est une saga sur le journalisme. Il y a dix acteurs qui incarnent dix journalistes de la rédaction de TF1 dans les années quatre-vingts et qui vivent le changement d’époque entre TF1 service public et TF1 privé. » Et en effet, c’est cela qu’il se passe, de façon chronologique. Nous parcourons une période intense à la fois pour l’histoire des médias mais aussi pour la société. Nous sommes entre 1986, date de « la privat' » et 1994, date du lancement de LCI, c’est-à-dire du « 20h, 24h sur 24 ». 

La troupe : Agnès Adam, Benoît Carre, Blaise Pettebone, Bénédicte Mbemba, Josué Ndofusu, Jean-Baptiste Anoumon, Charlotte Corman, Florent Cheippe, Emile Baba, Titouan Lechevelier et Anne-Laure Tondu sont tous les acteurs de la télévision : Michèle Cotta, Bernard Tapie, Françoise Orgebin, PPDA, Luc Evrard et bien sûr Francis Bouygues….Ils sont tous et toutes. On le sait, Quillardet sait travailler l’humour avec délicatesse. L’une des idées simples, efficaces et super bien réalisées du spectacle est de dégenrer les personnages pour entrer dans leur personnalité. Par exemple, Bouygues est joué par Charlotte Corman, PPDA par Anne-Laure Tondu, Claire Chazal par Blaise Pettebone. Et ainsi de suite. Des postures, des tons de voix, des attitudes les rendent immédiatement reconnaissables. Cela démontre un travail très minutieux, une attention aux détails qui changent tout.

Ils évoluent dans un décor fait de tables et de chaises, une rédac’ quoi ! Et les murs sont comme des écrans sur lesquels en 1986, on voit le visage de François Mitterrand ou le nouveau logo de TF1 en bleu blanc rouge. Les speakerines laissent la place à des pubs et à des séries, tout cela joué en direct et source de fous rires pour pas mal de spectateurs ! Dallas, la pub Royal Canin ou Beverly Hills, toutes les années 90 défilent sous nos yeux en pantalons taille haute, tailleurs jupes coordonnés et escarpins aux talons biseautés. 

Le F de France

Il est étonnant de voir que les journalistes de TF1 ne s’attendaient pas du tout à une privatisation. Ils étaient persuadés qu’ils resteraient la chaîne d’Etat, la Télévision Française numéro 1. Les temps changent. Avant la privatisation il faut œuvrer contre le gouvernement, quand par exemple il ment sur le « nuage » de Tchernobyl. Ensuite ce seront les actionnaires qu’ils ne faudra pas froisser, même quand ils financent la guerre du Golfe. A quel moment un journaliste est-il libre ? Quand peut-il se battre pour dire un fait ? Avec l’arrivée de l’audimat bien montré ici, l’info passe au second plan. L’actualité ennuie, le divertissement et la télé poubelle sont nés. L’éthique et la déontologie ont bien du mal à résister, Michèle Cotta en fera les frais. C’est Tapie face à Le Pen alors. Aujourd’hui, c’est une télévision privée d’extrême droite qui fait le buzz. 

En nous montrant ce court temps de l’histoire du XXe siècle, huit ans, Quillardet nous montre le basculement vers un autre monde, celui de maintenant. On découvre le dessous de la plus belle arnaque médiatique d’alors, celle qui a fait passer Bouygues pour un ami de la culture. Dans une conférence de presse délirante, il ment en parlant d’opéra et de théâtre. Il n’en sera rien évidemment. Les bureaux glissent de Paris à la banlieue, du petit à la tour. 

Il y a un pin’s de nostalgie évident qui sera ressenti par les plus de 40 ans. Ils se souviendront alors qu’il y a eu un temps où on « rendait l’antenne », on se donnait « rendez-vous à 13h et à 20h », pour une grand-messe. Elle faisait corps collectif, pas forcément pour le meilleur ! Pour le meilleur en revanche, se déploie le talent de cette troupe entre plaisir de jeu et changement de rôles à tout va.

C’est assurément le tube de la rentrée théâtrale 2022 !

Visuel : ©Pierre Grosbois

Au Théâtre de la Ville-Abbesses jusqu’au 22 janvier. 

 

 

 

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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