Danse
Relâche à Orsay

Relâche à Orsay

12 janvier 2022 | PAR Nicolas Villodre

En lien avec l’exposition Enfin le cinéma!, le musée d’Orsay a célébré le nouvel an avec l’événement spectaculaire qu’aura été la représentation dans sa nef de Relâche, le ballet « instantanéiste » de Francis Picabia, Erik Satie et Jean Börlin.

Cinémémoire

Jadis, au temps où la Cinémathèque brillait de tous ses feux à Chaillot, à la fin du siècle dernier, un festival consacré aux films fraîchement restaurés se donnait tous les moyens qu’il faut pour faire accompagner ceux de la période du muet par les meilleurs musiciens, par d’excellents solistes, parfois même par des orchestres symphoniques, dans la caverne d’Henri Langlois ou hors la salle historique du « dragon » : au TNP, à l’Odéon, dans des salles de province et dans des lieux moins attendus comme le Cirque d’hiver où nous vîmes en 1993, en risquant le torticolis,  Four Horsemen of the Apocalypse (1921) de Rex Ingram, avec Rudolph Valentino en gaucho tanguero, accompagné par le compositeur et chef de légende Carl Davis.

La projection du film de René Clair (et Francis Picabia), Entr’acte, rappelle, s’il le fallait, que ce court métrage fut produit (par Rolf de Maré) pour accompagner Relâche (1924), un spectacle à la fois « minimal » – d’esprit Dada, ironique, déceptif – et « total » – faisant appel à ce qui se faisait de mieux alors à Paris en matière d’avant-garde : au grand chorégraphe des Ballets suédois Jean Börlin, au précurseur de la musique répétitive Erik Satie, au poète, dessinateur, peintre, artiste conceptuel Francis Picabia et, si l’on en croit le programme officiel du musée d’Orsay, au couturier, mécène et collectionneur d’art moderne Jacques Doucet. 

Multimédia

Selon Carole Boulbès, la spécialiste française de l’œuvre de Picabia, le film Entr’acte servit de « déclencheur » et « d’intermède multimédia » au ballet Relâche lors de sa création au théâtre des Champs-Élysées en 1924. Le « filmeur » (on n’utilisait pas encore le néologisme de Louis Delluc « cinéaste ») recruté par Jacques Hébertot pour le spectacle, son proche ami René Clair, reçut de Picabia un bref scénario sur papier à en-tête de chez Maxim’s, qui fut respecté à la lettre. Entr’acte, qui fut restauré numériquement en 2018 par Il Cinema ritrovato de Bologne pour le compte de Pathé, maison qui, hasard objectif oblige, est mentionnée dans la séquence du luna park, était ainsi justifié par Picabia : « Jusqu’à présent, le cinéma s’est inspiré du théâtre, j’ai essayé de faire le contraire en apportant à la scène la méthode et le rythme vivants du cinéma. » 

Nous qui avions assisté avec joie à la recréation de Relâche par le Ballet de Lorraine, sous la houlette de Petter Jacobsson et Thomas Caley, à Nancy ainsi qu’à sa présentation à Chaillot, avons été épaté par la version resserrée dans sa durée et réduite en nombre de phares d’auto qui a été donnée au musée d’Orsay. D’une part, la direction et les programmateurs d’événements de l’établissement sont parvenus à métamorphoser l’espace compartimenté, alambiqué, tarabiscoté de Gae Aulenti en vraie salle de spectacle; de l’autre, l’orchestre choisi pour jouer la partition de Satie, l’Ensemble Contraste (Arnaud Thorette, Alt; Johan Farjot, Pno; Béatrice Muthelet, Alt; Pauline Buet, Vln; Alix Merckx, Cbs; Jean-Luc Votano, Clar; Frédéric Foucher, Trp;) a été d’une justesse et d’une finesse remarquables. La nouvelle distribution des danseurs nancéiens s’est montrée à l’aise dans ce cadre inhabituel, brillante, spontanée et légère, dans tous les sens du terme.

Visuel : Céline Schoefs dans Relâche, ph. Nicolas Villodre, 2022.

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