Théâtre
Quillardet façon Rohmer à la Tempête

Quillardet façon Rohmer à la Tempête

01 juin 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

A la Tempête, Thomas Quillardet s’amuse avec légèreté à déployer le ton et les histoires d’Éric Rohmer dans Où les cœurs s’éprennent. Un spectacle qui se joue du suranné pour parler d’aujourd’hui.

« Rohmer c’est très chiant en général »

Ça c’est ce que notre voisine du rang de devant a dit très fort avant que ça ne commence mais tout de même alors que les comédiens (Clémentine Baert, Benoît Carré, Florent Cheippe, Nans Laborde-Jourdàa, Guillaume Laloux, Malvina Plégat, Anne-Laure Tondu et Jean-Baptiste Tur) attendaient le top départ sur scène. L’occasion de rappeler que c’est ça un vrai public, et que ça fait du bien ! Et sur le fond alors ? Ben non pas chiant, ni Rohmer ni la pièce ! Rohmer c’est un cinéma éternel qui en parlant des rapports humains les plus quotidiens parle de l’essentiel. Alors comment travailler la lenteur et la profondeur de l’âme humaine au plateau ?

Et bien, en offrant aux comédiens et comédiennes un terrain de jeu aussi ludique qu’ingénieux. La scénographie de James Brandily assisté de Long Ha et Fanny Benguigui et le décor construit par Pierre-Guilhem Coste est pour le dire simplement une grande mais alors grande feuille de papier qui devient un lit, une forêt, un mouchoir ou encore un petit papier sur lequel noter son numéro en soirée pour le filer à un inconnu sexy.

Vous nous voyez arriver ? Mais oui on va vous dire de quoi ça parle ! Mais avant il faut parler structure. « Où les cœurs s’éprennent » est un vers extrait de Chanson de la plus haute tour de Rimbaud. Quillardet englobe sous ce titre deux pièces qui s’enchaînent sans aucun autre lien qu’elles sont jouées par la même troupe.

Ces pièces sont les adaptions de Les nuits de la pleine lune et Le Rayon vert.

Astres féminins

Les deux histoires se concentrent chacune sur un personnage féminin. Dans les Nuits nous suivons Louise (Anne-Laure Tondu) et son désir de liberté, dans le second, Delphine (Clémentine Baert), et sa solitude involontaire. L’une n’arrivera pas à dormir, tourmentée par ses choix un soir de pleine lune et l’autre verra dans le dernier rayon du soleil couchant la preuve que l’amour existe.

Le jeu très présent se déroule exactement comme dans les films de La Nouvelle Vague. Ils s’écoutent parler. Parfois, même ils parlent les uns au dessus des autres (et c’est bien), et parfois aussi, ils pensent à haute voix ce qu’ils pensent de l’autre (et c’est bien). En réalité, tout repose sur le jeu et donc le corps des comédiens et comédiennes qui nous font comprendre en un pas qu’ils ont changé de pièce alors que rien ne change au plateau. Quillardet met la troupe très en avant, et fait tout reposer sur elle. Le pari est raide et il est relevé.

Le casting est efficace. Nous sommes étonnés et ravis de croiser le jeu décalé de Jean-Baptiste Tur, vu souvent sur les scènes performatives et contemporaines avec son collectif, Le Grand Cerf Bleu, dans ce registre classique. 

Et l’on découvre de sacrés numéros ici ! Florent Cheippe en petite fille de 8 ans est un éclat de rire assuré, par exemple !  Mention spéciale tout de même pour Guillaume Laloux dans la leçon de drague sur la plage (vous verrez !). Tous reçoivent de la part de la mise en scène des moments de lumière qui leur permettent de s’amuser sur scène dans différents niveaux de jeu.

L’ensemble créé une fable sur les atermoiements de chacun, et c’est délicieux. Evidemment, on se retrouve dans ces sujets éternels qui sont la quête de soi et de l’amour, l’un devenant le synonyme de l’autre. Le tout est en même temps très léger et très lourd, comme dans la vie, et surtout comme dans un film d’Eric Rohmer.

 

Informations pratiques

Où les cœurs s’éprennent d’après les scénarios des Nuits de la pleine lune et du Rayon vert d’Eric Rohmer.

A la Tempête.
Jusqu’ au mardi 8 juin à 18h / du mercredi 9 juin au samedi 19 juin à 20h / le dimanche à 16h30 , salle Serreau (2h)

La navette circule aller et retour.

Egalement : L’Arbre, le maire et la médiathèque d’après le scénario éponyme d’Eric Rohmer. Vendredi 4 juin et samedi 5 juin à 16h. Vendredi 11 juin, samedi 12 juin, vendredi 18 juin, samedi 19 juin à 18h. Dimanche à 14h30, spectacle joué en extérieur au parc Floral (45 min). Départ du Théâtre de la Tempête. Une déambulation d’environ 10 min est prévue pour accéder au parc Floral. Les vendredis, samedis et dimanches, il est possible de voir les deux spectacles à la suite.

Visuel : ©Pierre Grosbois

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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