Théâtre

Une douce Annonce faite à Marie au Théâtre Montansier de Versailles

Une douce Annonce faite à Marie au Théâtre Montansier de Versailles

18 novembre 2012 | PAR Charlotte Bonnasse

Du 15 novembre au 23 décembre le théâtre Montansier de Versailles met en scène la pièce sans doute la plus poignante de Claudel, L’Annonce faite à Marie. Malgré quelques détails assez malheureux, la pièce s’en tire à bon compte dans ce joyeux démêlé d’histoires d’amour et de haine, de tragédie et de lumière. Un réjouissant moment de poésie claudélienne mis en scène par Jean-Daniel Laval.

Ce « mystère en quatre actes et un prologue » raconte l’ascension vers la sainteté de Violaine, fille du propriétaire terrien Anne Vercors. Ce dernier avait convenu de lui faire épouser Jacques Hury, fils adoptif héritier du domaine. Mais Violaine, devenue lépreuse par charité, persécutée par les siens, s’exilera pour préserver sa famille de la honte. Jacques épousera donc Mara, la sœur de Violaine, qui convoitait ce mariage. De cette union naîtra un enfant mort-né. Violaine accomplira le miracle de résurrection pour sauver l’enfant, sans en attendre pour autant de pardon.

La pièce s’ouvre sur le magnifique prologue entre Violaine et Pierre de Craon, qui se clôt par le baiser entre eux deux qui apporte la lèpre à la tendre Violaine. Révélant une jolie manière de mise en scène, quoique peu audacieuse, cette première image donne le ton à toute la pièce. Le temps semble s’être suspendu entre eux deux à l’heure de l’aube, dans un espace dépouillé où seule brûle une bougie devant le crucifix. Un ton crépusculaire donc, qui correspond parfaitement au texte : difficile de distinguer si ce sont l’obscurité de la nuit ou les premières percées du jour qui l’emportent. Violaine, jolie, sobre, lumineuse, n’a cependant pas la légèreté profondément joyeuse et presque inconvenante que l’on attendrait, tandis que Pierre de Craon endosse à merveille le rôle de l’homme simple et droit, amoureux de la terre et bâtisseur de cathédrales à ses heures. Mais le rôle de la jeune fille devient excellent dans la seconde partie du drame, où elle prouve qu’elle a l’envergure d’une Violaine.

La pierre précieuse de la pièce n’en demeure pas moins la noire Mara. Dans un jeu étonnant de justesse, vibrante, révoltée du début jusqu’à la fin, Amélie Gonin a bien le visage de celle qui se croit damnée, donnant corps à chaque mot et empêchant le drame de sombrer dans une mystique poético-gazeuse, ou même carrément dans le kitsch. On appréciera aussi la jolie trouvaille scénique qui orchestre l’ensemble, celle de la cathédrale qui s’érige en filigrane de la pièce derrière un voile.

© Philippe Fretault.

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Charlotte Bonnasse

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