Livres

Nicole Notat donne sa vision de l’entreprise responsable

18 novembre 2012 | PAR Jean-Paul Fourmont

« Il faut que la volonté imagine trop pour réaliser assez… »
Gaston Bachelard

Ancienne secrétaire générale de la CFDT, actuelle présidente du club Le Siècle.

Quand elle a quitté ses fonctions syndicales, Nicole Notat a innové en fondant une entreprise, i.e. VIGEO qui se trouve être une agence de notation « extra-financière ». Cette entreprise a déjà accumulé quelques dix ans d’expérience et est actuellement leader sur son marché. Forte de son expérience, Nicole Notat vient de publier un intéressant opuscule intitulé Ce que je pense. L’entreprise responsable, une urgence, paru aux éditions dialogues.

L’EXEMPLE DE TEPCO AU JAPON

Par exemple, lorsque Moody’s ou Standard and Poor’s conseillaient d’investir dans Tepco (qui avait le monopole du nucléaire au Japon), Vigeo mettait en garde ses clients pour des raisons extra-financières. Rappelons que Tepco est l’entreprise nucléaire qui a failli à Fukushima au Japon… Vigeo avait en effet reproché à Tepco une gouvernance peu claire et un piètre respect de l’environnement. Lors d’incidents nucléaires à Kashiwazaki-Kariwa, Tepco avait très peu informé la population locale sur les risques. Il n’y avait aucune transparence.

« L’ENFANT INATTENDU DE LA MONDIALISATION »

Cependant, une agence de notation extra-financière n’est pas une ONG, loin s’en faut. La logique est différente. C’est en réalité une entreprise qui conseille les investisseurs, qui leur dit qui respecte ou non les droits de l’homme ainsi que les autres standards (en matière de droit du travail et de défense de l’environnement par exemple) reconnus par les membres de la communauté internationale. Les entreprises doivent en effet se soucier de leur empreinte sociale et environnementale.

Pour Nicole Notat, cette salutaire évolution est, en quelque sorte, « l’enfant inattendu de la mondialisation ». Outre une meilleure gestion des risques, les entreprises responsables peuvent espérer mieux se différencier et instaurer un meilleur climat social et bénéficier de relations fructueuses avec les parties prenantes, y compris dans des pays émergents comme le Maroc.

Nicole Notat distingue le management de la responsabilité sociale de la morale et de l’éthique sociale. Une régulation garantissant plus de transparence sur la gouvernance des entreprises ainsi que sur leurs impacts sociaux et environnementaux. Tout est donc recherché sur l’entreprise. Les procès perdus sont par exemple étudiés. Par contre, on ne tient pas compte, des rumeurs, comme des lettres anonymes d’ailleurs.

QUE RETENIR DE CET OUVRAGE ?

Tous les thèmes à la mode se retrouvent dans cet ouvrage, comme notamment l’investissement socialement responsable, la notion de développement durable, les placements éthiques, etc.

Ce qui néanmoins est gênant, c’est par exemple l’érection au rang de modèle à suivre de la Confédération générale des entreprises du Maroc, alors que les droits de l’homme sont souvent tenus pour quantité négligeable au Royaume du Maroc…

Vigeo est contrôlé par un conseil scientifique, lui-même présidé par Elie Cohen, dont les mérites sont très fréquemment vantés avec une très grande vigueur. Il est par exemple qualifié de « remarquable pédagogue » (p. 55). Au fil des pages de cet ouvrage à certains égards iconoclaste, les louanges n’ont de cesse de pleuvoir sur l’économiste. Ce qui est somme toute étonnant, lorsque l’on sait que Pascal Boniface n’hésite pas à le qualifier d’« intellectuel faussaire » (Les intellectuels faussaires, éditions J.-C. Gawsewitch, 2011).

Dans son ouvrage paru chez Denoël, Au cœur du MEDEF, Eric Verhaegen indique que le syndicalisme français dépend beaucoup trop du paritarisme pour son financement. Il est dommage que le présent ouvrage de Nicole Notat n’aborde pas ce thème de l’indépendance des syndicats. D’autre part, Nicole Notat souhaite certes « une Europe plus musclée » (p. 135), mais l’analyse reste un peu superficielle et ne prend pas assez en compte l’actuel ressentiment populaire contre l’Europe. Quid à ce propos de la démocratie ?

Cet ouvrage, dont le thème est extrêmement intéressant, ne fourmille pas d’anecdotes. Il manque peut-être un peu de vécu et parfois aussi d’une certaine distance par rapport aux décideurs. L’auteure verse quelquefois dans une certaine complaisance à l’égard des puissants.

Dommage, car ce combat méritait mieux.

Nicole Notat, »Ce que je pense. L’entreprise responsable, une urgence« , Editions dialogues, 4ème trimestre 2002, 141 p., 15 euros.

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Jean-Paul Fourmont
Jean-Paul Fourmont est avocat (DEA de droit des affaires). Il se passionne pour la culture, les livres, les gens et l'humanité. Contact : [email protected]

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