Théâtre
Un jour, Vincent Dissez a réincarné Lagarce

Un jour, Vincent Dissez a réincarné Lagarce

08 octobre 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Au CDN Théâtre Sartrouville Yvelines, Sylvain Maurice dirige une nouvelle fois son acteur fétiche, Vincent Dissez, pour Un jour, je reviendrai, une plongée lumineuse dans les derniers jours de Jean Luc Lagarce.

Le metteur en scène et comédien mort du sida le 30 septembre 1995 à 38 ans est aujourd’hui lu et entendu. Que ce soit en clôture du Festival d’Avignon 2019, sur la scène du Vieux Colombier, en spectacle de sortie d’école au Théâtre du Nord, ses textes résonnent avec justesse 25 ans après sa disparition, elle, injuste.

Mettre Vincent en lumière, Sylvain Maurice sait faire. C’était déjà le cas dans sa version haletante de Réparer les vivants. Ici, il colle deux textes, L’Apprentissage et Le voyage à La Haye. Sur le second Sylvain Maurice rappelle : « Le voyage à La Haye a été créé par Hervé Pierre, dans une mise en scène de François Berreur, il y a une vingtaine d’années ; d’ailleurs Hervé était magnifique, mais à ma connaissance il n’y a pas eu de nouvelle mise en scène »

Ce sont deux textes bouleversants qui sont portés par le comédien seul. Pas de décor, « juste » une lumière comme au cinéma qui offre des gros plans, des travelling et des retours en arrière. Des carrés, des lignes de lumières, blanches ou parfois un peu colorées. Les lumières sont géométriques et pourtant les récits sont courbes.

Ce sont deux textes bouleversants car ils sont insoutenables. Il n’est pas normal de mourir à 38 ans. Il est encore moins normal de le savoir. Lagarce est espiègle dans ces récits et même à quelques jours de la fin, dans sa dernière année, il cherche du regard les beaux garçons : A, G, O, le bel Antoine, l’hétéro avec le blouson en cuir… Il y a les mecs et il y a la culture, les livres d’art et le théâtre qui lui donnent même mourant, errant à Amsterdam au milieu des vivants, l’envie de regarder le monde de là où il où se trouve : « sur l’autre rive ».

Les mots de Lagarce sont toujours un peu triviaux, un peu lyriques, entre grand drame et petit quotidien. Dans le premier texte, l’Apprentissage, l’allégorie est celle d’un homme qui sort du coma, et qui nous parle de sa place en demi-réveil. On rit beaucoup quand il décrit le personnel hospitalier qui parle fort, comme si les patients, les malades, étaient « sourds, imbéciles, vieux, ceux là devenus vieux sans qu’ils le sachent ». Lagarce n’a jamais été vieux lui, mais son corps oui. Son œil « aveugle », son corps décharné « long ».

Dissez porte le fantôme de Lagarce en lui, il l’a avalé, il vit en lui. Et la mission qu’il s’est donnée, à moins qu’elle se soit imposée à lui est magnifique. Il ne joue pas, il raconte, il est.

Du lit d’hôpital aux errances à la Haye, Un jour je reviendrai nous met face à la perte, dans une énergie vitale qui nous dépasse forcément. Dès que l’ordre des choses est inversé, la perte de sens est immédiate et c’est dans la folle description du réel, de l’acharnement des médecins alors que la fin est proche, que l’insupportable et le gâchis sont si bien transmis ici.

Au Théâtre de Sartrouville, jusqu’au 23 octobre. Navette aller et retour au départ de la Place de l’Etoile, 2 avenue de la Grande Armée, 1H30 avant la représentation.

Visuels : ©Christophe Raynaud de Lage

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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