Théâtre

tg STAN au Théâtre de la Bastille – épisode 1

tg STAN au Théâtre de la Bastille – épisode 1

25 septembre 2018 | PAR Bénédicte Gattère

Avec Infidèles, la compagnie anversoise reprend sa pièce Scènes de la vie conjugale, inspirée de l’œuvre du cinéaste Ingmar Bergman… Pour en livrer, à l’occasion du Festival d’Automne, une version aussi peu heureuse qu’en 2014 (lire notre article), et ce malgré la qualité de jeu des comédiens.

infideles-le-spectacle-de-tg-stan-au-theatre-de-la-bastille

Bien que les comédiens soient à fleur de texte, dans une grande écoute les uns des autres, Infidèles flotte entre Feydeau triste et sitcom conventionnelle. C’est pour la télévision d’ailleurs qu’Ingmar Bergman avait tout d’abord conçu ce qui devait être l’une des œuvres majeures de sa filmographie. La série du même nom,  Scènes de la vie conjugale, a été diffusée en six épisodes en 1973 par la télévision suédoise. Le scénario ici se révèle plein de poncifs : il semble que tg STAN n’ait retenu que ceux-ci et non pas l’histoire d’amour entre Johan et Marianne qui se révèle toile de fond de mesquineries plus ou moins banales.

Le discours que tient par exemple le père à l’enfant, après le divorce, alors qu’il en a perdu la garde, est à blêmir. On ne sait pas si l’écriture de la scène sert à révéler la cruauté de ce père chef d’orchestre, cultivé, et apparemment bien sous tous rapports ou simplement à faire passer aux spectateurs l’envie de venir au théâtre pour entendre des choses aussi malsaines et mortifères (on craint pour la santé mentale de l’enfant par la suite !), livrées sans prise de recul. Ainsi, le personnage énigmatique de la petite fille, Isabelle, enjeu du divorce du couple principal dérange plutôt qu’il n’émeut. Alors qu’elle aurait pu constituer un contrepoint intéressant, avec ses réflexions enfantines et le portrait qu’elle dresse du père, le personnage d’Isabelle jouée par Jolente De Keersmaeker, une adulte donc, tombe à plat, dans ce théâtre, qui à force de prendre la bourgeoisie pour cadre devient lui-même un théâtre bourgeois triste et attendu. De plus, les accidents de jeu et les oublis de texte, au lieu d’amener à une forme de vérité irradiante comme chez Tiago Rodrigues, également familier du Théâtre de la Bastille, et qui met en lumière les petites fragilités de l’humain, s’avèrent simplement gênants.

tg STAN étant l’invité du Théâtre de la Bastille depuis dix-sept ans, il est invité cette année à présenter un cycle de trois pièces. Au vu de cette collaboration jusqu’ici fructueuse dans son ensemble, il reste à espérer que même si leur première proposition déçoit, Atelier et Après la répétition devraient être nettement plus enthousiasmants, et le talent des comédiens mieux mis à profit. Toutes les informations pratiques sont à retrouver sur le site du Théâtre de la Bastille.

Visuel : ©Ida Jakobs

Palmarès de la 11ème édition du festival européen du film fantastique de Strasbourg
« The Ranger » : Jenn Wexler déçoit en tuant le punk [critique]
Bénédicte Gattère
Étudiante en histoire de l'art et en études de genre, j'ai pu rencontrer l'équipe de Toute la culture à la faveur d'un stage. L'esprit d'ouverture et la transdisciplinarité revendiquée de la ligne éditoriale ont fait que depuis, j'ai continué à écrire avec joie et enthousiasme dans les domaines variés de la danse, de la performance, du théâtre (des arts vivants en général) et des arts visuels (expositions ...) aussi bien que dans celui de la musique classique (musique baroque en particulier), bref tout ce qui me passionne !

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *