Théâtre
Tagfish : une performance vidéo-documentaire étonnante présentée sur les planches

Tagfish : une performance vidéo-documentaire étonnante présentée sur les planches

20 octobre 2011 | PAR Liane Masson

Le collectif anversois Berlin met en scène Tagfish, une pièce sans acteur constituée à partir d’entretiens filmés. Le thème : un vaste projet immobilier lié à une ancienne mine de charbon située dans la Ruhr. Sorte de fausse conférence sur un vrai sujet, cet étonnant projet est à découvrir au 104 jusqu’au 23 octobre.

Le collectif Berlin (Yves Degryse et Bart Baele), venu d’Anvers et formé en 2003, associe les compétences de ses membres pour proposer un théâtre hybride, entre performance documentaire et installation vidéo. Le point de départ de chacun de ses projets est toujours situé dans une ville ou une région. Après une recherche approfondie, les deux acolytes sélectionnent une combinaison de médias pour rendre compte du sujet qu’ils ont décidé d’explorer. En association avec des personnes issues de domaines artistiques et intellectuels variés, ils réalisent ainsi une intrigante série de portraits de lieux géographiques.

Tagfish est le premier volet d’un cycle intitulé « Horror Vacui », fondé sur l’idée de « mener des recherches sur de petites situations, à l’intérieur des villes ». Chaque pièce du cycle aura la  forme d’une rencontre factice autour d’une table de réunion. « Nous recueillons les témoignages des personnes impliquées, et nous créons une rencontre, autour d’une table, entre ces protagonistes. Nous les montrons sur plusieurs écrans, comme s’ils communiquaient les uns avec les autres, alors qu’en réalité, ils ne se sont pas rencontrés… », explique plus précisément Yves Degryse dans le dossier de presse du spectacle.

C’est en effet de cette façon qu’a été pensée et présentée la pièce Tagfish, fausse conférence réunissant à l’écran les différents acteurs d’un imposant projet urbanistique de la Ruhr, initié en 2002. L’ambition exposée est surprenante : le Zollverein, ancienne mine de charbon classée au patrimoine mondial de l’Unesco, devrait être reconvertit en « village créatif », dont un hôtel luxueux serait l’élément principal. Pour le financer, un cheikh saoudien serait prêt à investir la somme colossale de 120 millions d’euros. Le groupe Berlin a choisi d’interroger les architectes, designers, urbanistes et journalistes liés à ce projet sur l’avancement des négociations et les difficultés rencontrées. Ils livrent à la caméra leurs rêves et leurs inquiétudes, au cours d’une performance vidéo habilement réalisée, qui intègre, entre autres, des prises de vue du site industriel abandonné ainsi que des croquis du projet.

Sur le plateau : une immense table ovale autour de laquelle sont réparties sept chaises à haut dossier, servant d’écrans pour la projection des images vidéo. C’est à travers cet ingénieux dispositif que nous sont racontés l’origine et les différentes étapes du projet de Zollverein. Les points de vue des uns et des autres sont présentés au cours d’une discussion générale reconstruite, où les discours individuels sont mis en perspective comme s’ils se répondaient directement. Les rapports humains parfois compliqués entre les protagonistes sont mis à jour, leurs nombreuses angoisses se révèlent peu à peu. En tête des points problématiques : l’association potentielle du cheikh, qui à la fois est un grand espoir pour tout le monde, mais pose la question sensible du « choc culturel ».

Les magnifiques images du site, régulièrement projetées en format panoramique, apportent une ouverture sur l’extérieur et une profondeur de champ qui fonctionnent comme des respirations bienvenues. De même, les croquis animés et la chorale masculine mise en scène à l’écran amènent quelques touches de poésie dans un ensemble un peu formel. Ce ludisme créé par le montage nous a donc semblé appréciable mais malheureusement insuffisant pour nous tenir en éveil pendant l’ensemble de la proposition. Le manque de rythme et d’évolution liés au dispositif choisi, ainsi que l’absence d’acteur sur le plateau, ont eu tendance à nous mettre à distance. On saluera tout de même la maîtrise technique du collectif et l’originalité de leur installation. Reste aussi la découverte d’un projet d’aménagement surprenant et passionnant, ainsi qu’une réflexion inattendue, à la fois drôle et profonde, sur l’écoulement du temps et la patience. Une drôle d’expérience au final…

 

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Liane Masson

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