Danse
Faire corps : Cristina Moura et Luiz de Abreu au CENTQUATRE

Faire corps : Cristina Moura et Luiz de Abreu au CENTQUATRE

22 septembre 2021 | PAR Camille Bois Martin

Dans le cadre du Festival d’Automne à Paris, les deux artistes Cristina Moura et Luiz de Abreu se sont produits au CENTQUATRE du jeudi 16 au dimanche 19 septembre 2021, à guichets fermés. Dans ces Soirées partagées, leur corps constituait le matériau de leur spectacle et de leur questionnement. 

De tout son co(eu)rps

À la fois pièce de théâtre et spectacle de danse, la performance de Luiz de Abreu affronte le regard d’un spectateur curieux, presque voyeur. L’artiste apparaît nu ; une nudité qui ne se révèle cependant que progressivement, par le jeu de contre-jour que l’éclairage de la salle articule savamment. Une ombre se dessine et devient un corps mouvant, puis un homme nu dansant. 

La nudité de Luiz de Abreu est frontale : elle nous confronte, nous met peut-être mal à l’aise, en tout cas en position de regardeur. L’artiste en joue dans un comique de l’absurde où les regards qui l’entourent rejouent les préjugés racistes qu’il questionne. Une voix féminine et française récite la recette d’un plat traditionnel brésilien pendant que le danseur danse, nu, muni de fausses lèvres excessivement grandes et rouges ; il se meut autour d’un cercle défini par un projecteur, et rappelle inconsciemment le mouvement d’un plat tournant dans un micro-onde.

Son corps musculeux défile, danse ; Luiz de Abreu défie, pense. Au sein de ce spectacle qu’il intitule Samba Do Crioulo Doido et se traduit par « la samba du nègre fou », il fait des préjugés son sujet, sa manifestation. 

Ce spectacle est aujourd’hui conservé au sein de la collection Vidéodanse du Centre Pompidou, et présenté sur scène depuis 2004 à travers le monde entier (France, Allemagne, Croatie, Cuba, Brésil…).

Chorégraphe, danseur et interprète brésilien, Luiz de Abreu est diplômé de l’École de danse contemporaine Angel Vanna de Rio de Janeiro. 

 » Existe um corpo negro? Há um corpo negro? Há!  » 

Après avoir salué le spectacle Samba Do Crioulo Doido par une standing ovation le soir de la première (le 16/09/2021), le public traverse la cour intérieure du CENTQUATRE pour rejoindre une plus grande salle où Cristina Moura attend son public afin de reprendre la discussion entamée par Luiz de Abreu. 

Présenté comme un monologue dansé, ÄGÔ implique en réalité non seulement le public mais également trois intervenants, apparemment assistants son ou traduction, mais qui participent au questionnement de l’artiste. Cristina Moura convoque son corps dans ses mouvements, dans ses respirations, dans ses mots et ses maux.

Elle demande « O que vocês esperam?« , mais personne ne répond. Le public est accusé dans une langue étrangère. Il ne peut, ni ne sait parler. Un non dit du racisme noir, des incompréhensions entre cultures sur lesquelles l’artiste danse. Elle continue, et répète sans cesse : « Esse corpo é forte, sensual, brilhante, vivido, inquieto, potente, atrai, seduz, convida, fascina, repele, enoja, afasta, ameaça, confronta, amedronta, desafia, é magico »

Cristina Moura partage sa culture, partage ses questions, mais souligne l’incohérence d’enfermer un corps dans une race : son corps est fort, son corps est noir. Son corps est là.

Cristina Moura est une chorégraphe, metteuse en scène, danseuse, et comédienne brésilienne. Sa carrière est prolifique et internationale : du Portugal en Espagne, en passant par l’Allemagne, la France, la Belgique et le Brésil, dont elle est originaire et où elle travaille aujourd’hui. 

© Visuels : Marc Domage

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Camille Bois Martin
Étudiante en Master de Journalisme Culturel (Sorbonne Nouvelle)

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