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12e édition de Circulation(s) au CENTQUATRE-PARIS

12e édition de Circulation(s) au CENTQUATRE-PARIS

03 avril 2022 | PAR Orane Auriau

Le Festival de la jeune photographie européenne investit les murs du 104 du 2 avril au 29 mai 2022. Un évènement qui illustre la diversité des styles et des regards de la scène émergente. 

Un festival ambitieux

Organisé par le collectif Fetart et créé en 2011, Circulation(s) dévoile entre ses murs 30 photographes européens émergents, issus de 15 nationalités différentes, avec une partie dédiée à l’Arménie. Le festival propose aussi un circuit adapté au jeune public -Little Circulation(s)-, ainsi qu’un studio photo pour se faire portraiturer de manière professionnelle. Il s’étend aussi hors-les-murs dans plusieurs stations de la RATP -depuis le 3 mars- et la bibliothèque Claude Lévi-Strauss.

La scénographie est pertinente, intéressante et personnelle à chaque travail photographique, se répartissant en plusieurs ateliers au sein du 104. Plusieurs photographes sont exposés dans chaque pièce mais chacun avec son univers, sa propre vision du monde, majoritairement engagée et politique. On note également beaucoup de poésie et de talents. Les thèmes présentés sont vastes : qu’il s’agisse de la guerre, du racisme, du numérique, de la condition animale, d’écologie, d’immigration, de la société de consommation… 

Une richesse artistique

Côté politique, plusieurs photographes sont axés sur les problématiques liés au racisme : Felipe Romero Beltrán explore la thématique de l’immigration par la vidéo en suivant le parcours de jeunes immigrés, tout comme Silvia Rosi. Rubén H.Bermudez explore le vécu des personnes noires en Espagne, les stéréotypes subis en retraçant sa propre autobiographie, à travers sa série « Y tú, ¿por qué eres negro? » Un récit politique lancé par cette question à laquelle il est souvent confronté (« Et toi, pourquoi es-tu noir? »). Laura Quiñonez explore avec douceur la symbolique des tressages comme outil de résistance des peuples noirs avec Accidentes geo-gráficos, nous renvoyant à l’époque de l’esclavage, où le tressage servait de langage pour pouvoir s’enfuir. 

Algernon’s Flowers, série photographique empreinte de poésie de Dominik Fleischmann inspirée du roman Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes, offre un regard sur la condition des animaux de laboratoire, dénonçant une société qui étouffe la compassion. Le roman narre l’histoire d’une expérimentation menée sur une souris et un homme pour accroître leur intelligence. Autre photographe explorant notre rapport aux animaux, il s’agit de Marta Bogdanska avec Shifters qui dénoue l’histoire de leur exploitation par l’homme. 

 

Dans un autre registre, Michalina Kacperak explore l’imaginaire enfantin dans un environnement désabusé, mêlant son regard aux  dessins candides et colorés de sa petite soeur vivant dans le foyer d’un père alcoolique. Autre univers coloré mais cette fois inspiré de l’esthétique des années 2000 & R’n’B, il s’agit de celui d’Elisabeth Gomes Barradas, inspirée par les clips d’Aaliyah et Mariah Carey. 

Elisabeth Gomes Barradas, Covers

Dans les manières d’envisager la photographie à la croisée de divers mediums, l’artiste Louise Hernandez sait se faire remarquer à travers une esthétique onirique et soignée en noir et blanc, qui se réapproprie les codes du roman-photo (Obsessio) en nous délivrant un court-métrage photographique. 

Louise Hernandez, Obsessio

Côté Arménie, les photographes mis à l’honneur sont Areg Balayan, Vaghinak Ghazaryan, Karén Khachaturov et Sona Mnatsakanyan. Quasiment tous photographient la guerre ou ses conséquences sur le pays. L’Arménie a été en guerre avec l’Azerbaïdjan de septembre jusqu’en novembre 2020. Areg Balayan la documente, Vaghinak Ghazaryan en aborde les conséquences psychologiques, étonnamment avec poésie en photographiant des détails (tissu, théière…). L’une d’entre elles, qui présente un soldat qui dort (« Resting soldier ») a par ailleurs été primée. Son travail se focalise sur les traumatismes d’après-guerre et l’angoisse des familles qui résident désormais sur ces anciennes zones de conflit. 

Dans une esthétique complètement différente, à l’humour incisif, il y a le travail de Karén Khachaturov qui représente des personnes désabusées par leur monde, documentant la dépression avec ironie dans un univers de pastel avec sa série Self Destruction. Un travail surprenant mais cathartique. Du surréalisme dérangeant qui exprime l’angoisse de la solitude. 

 

Les photographes exposés : Romain Bagnard, Areg Balayan, Lotta Blomberg, Marta Bogdanska, Federico Ciamei, Alexandra Dautel, Louise Ernandez, Federico Estol, Dominik Fleischmann, Vaghinak Ghazaryan, Elisabeth Gomes Barradas, H. Bermúdez Rubén, Rafael Heygster, Romane Iskaria, Michalina Kacperak, Khachaturov Karén, Rachele Maistrello, Lívia Melzi, Sona Mnatsakanyan, Ana Núñez Rodríguez, Laura Quiñonez, Felipe Romero Beltrán, Silvia Rosi, Diego Saldiva, Ali Saltan, Agnieszka Sejud, Sari Soininen, Tytus Szabelski, Agata Wieczorek, Sheung Yiu. 

 

CENTQUATRE-PARIS, 5 rue Curial 75019 Paris. 

festival-circulations.com

 

Visuel : © Karen Kachaturov – Circulation(s)

 

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