Arts
Femmes photographes de guerre au musée de la Libération

Femmes photographes de guerre au musée de la Libération

26 juin 2022 | PAR Zoe Grandjacques

La photographie de guerre est un domaine souvent considéré, à tort, comme essentiellement masculin. En riposte à cette idée Le Musée de la Libération de Paris met à l’honneur huit femmes qui ont photographié la guerre tout au long du siècle. Huit photographes, de générations différentes, aux styles variés, couvrant des conflits d’époques et de régions éloignées. À voir jusqu’au 31 décembre 2022.

Une approche historique 

Quand on rentre dans l’exposition, les mots de Michelle Perrot dans Les femmes ou le silence de l’histoire semblent nous revenir : 

« Au commencement était le Verbe, mais le Verbe était Dieu, et Homme. Le silence est l’ordinaire des femmes. Il convient à leur position seconde et subordonnée. Il sied à leur visage lisse, souriant à peine, non déformé par l’impertinence du rire bruyant et viril. Bouche fermée, lèvres closes, paupières baissées, les femmes ne peuvent que pleurer, laisser les larmes couler comme l’eau d’une inépuisable douleur. » 

Sylvie Zaidman, directrice du Musée et commissaire de l’exposition, elle aussi historienne de formation, a justement eu à cœur de donner un sens historique à cette exposition pour proposer une réflexion sur la question de la guerre et de l’engagement. Cette exposition, au travers de photographies mais aussi de tirages de presse, replace les femmes dans une histoire de conflits et de résistance dont on les efface si souvent. La première photographe, Gera Taro, par exemple, a été pendant des années oubliée sous l’ombre de son compagnon, Robert Capa. Nombre de ses photos avaient étés attribuées au photographe de l’agence Magnum. L’exposition permet cette redécouverte des femmes dont on a oublié l’engagement. Ainsi, la collection, empruntée au KunstPalast, permet de redérouler le fil de l’histoire avec des témoins inhabituels, des femmes. Elles étaient sur le terrain durant la guerre d’Espagne, mais aussi lors du débarquement, au Vietnam, au Liban, en Iran, en Afghanistan, au Salvadore, à Gaza. 

Un regard féminin ? 

L’exposition met en avant le regard des femmes sur les conflits mais pas un regard féminin univoque, au contraire la collection présentée place la diversité au cœur de ses ambitions. Chaque photographe possède un style, un parcours, une intention différente. 

Les photographies de Lee Miller, proche des surréalistes, mettent l’accent sur la lumière. Celles de Françoise Demulder ouvrent un regard neutre sur les réalités de la guerre. Susan Meiselas, de par sa formation artistique, a usé de la couleur et d’un imaginaire cinématographique dans son travail. Anja Niedringhaus, aussi photographe de sport, met les émotions et les regards au centre de son œuvre. Chacune raconte une histoire différente.

L’engagement  

Au fil de l’exposition, malgré une muséographie sobre, on ressent un fort aspect d’hommage dans son organisation. Les photographes encore vivantes sont venues ou sont attendues par la commissaire. Au détour d’une pièce, il y a un bouquet de fleurs dans un coin, c’est Christine Spengler elle-même qui l’a déposé. Agée de 77 ans, elle a déclaré ne pas pouvoir se rendre en Ukraine, où Carolyn Cole est en ce moment, mais manifeste son soutien ainsi. Chacune de ces femmes maintient un engagement à vie. Et cet engagement est ici reconnu et célébré. 

Le choix des tirages et des oeuvres a aussi été fait en accord avec les volontés des artistes. Les photographies d’Anja Niedringhaus, originellement en couleur ont étés, ici, tirées en noir et blanc car l’artiste, aujourd’hui décédée, pensait en noir et blanc lorsqu’elle prenait ses photos. Le respect et la volonté de rendre hommage à l’engagement de ces femmes se ressent dans la façon d’exposer. Et si l’atmosphère de l’exposition peut être pesante par les clichés souvent difficiles des conflits, elle ouvre une réflexion sur l’engagement, les risques pris, et ce qui motive les photographes de guerre à faire ce qu’ils ou elles font. 

 

Infos pratiques : 

MUSÉE DE LA LIBÉRATION DE PARIS-MUSÉE DU GENERAL LECLERC-MUSÉE JEAN MOULIN

4, Avenue du Colonel Rol Tanguy

Place Denfert Rochereau

75014 Paris

Du mardi au dimanche de 10h à 18h

Tarif plein : 8€/ Tarif réduit : 6€

 

©Visuel : Susan Meiselas/ Françoise Demulder/ Anja Niedringhaus/ Lee Miller/ Zoé Grandjacques

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