Jazz
Gerald Clayton Trio au Duc des Lombards : quand le jazz nous prend aux tripes !

Gerald Clayton Trio au Duc des Lombards : quand le jazz nous prend aux tripes !

22 septembre 2021 | PAR Geraldine Elbaz

Les 13 et 14 septembre derniers, le Duc des Lombards présentait le pianiste américain Gerald Clayton en formation trio avec Joe Sanders à la contrebasse et Greg Hutchinson à la batterie. 4 sets éblouissants. Un trio saisissant.

Le Duc des Lombards, un club de jazz mythique 

Quand vous passez la porte du Duc des Lombards, à l’angle du boulevard de Sébastopol et de la rue des Lombards, dans le Ier arrondissement de Paris, vous êtes presque aussitôt imprégné d’une lueur indigo, qui donne une tonalité particulière à l’espace. L’intensité lumineuse diminue progressivement et vous voilà immergé dans un bleu noir intense et profond, qui vous précipite dans un ailleurs intimiste. On entend des notes de jazz diffusées depuis les enceintes parsemées dans la salle. La musique d’intermède va se fondre petit à petit et laisser place aux applaudissements chaleureux du public. 

On a vaguement l’impression d’être sur un bateau avec cette mezzanine qui surplombe la salle et réduit les volumes. Deux larges piliers décorés d’écrans plats de part et d’autre de la pièce créent comme un chemin restreint. On entend les verres s’entrechoquer et les cocktails se préparer depuis ce couloir baroque longeant le bar animé. Dans la salle pleine, agrémentée de fauteuils cosy disposés devant de jolies petites tables, le public est installé. Le club est complet. Archi complet. Capacité maximale. 

Du fond de la salle, les artistes s’engouffrent dans le passage laissé libre, contournent les tables, frôlent les clients ravis et accèdent enfin à la scène, où trônent les instruments. 

On pense alors à ce joli conte d’Alessandro Baricco. Novecento : Pianiste. Le monologue théâtral raconte le destin hors du commun d’un bébé abandonné sur le piano d’un paquebot qui deviendra un pianiste formidable. Une soirée au Duc des Lombards, c’est un peu comme si l’on partait en croisière sur ce bateau avec l’espoir fou d’écouter Novecento improviser avec éclat et magnificence. 

Gérald Clayton, un pianiste virtuose

Quand Gerald Clayton s’installe au piano, dès les premières notes, on est happé par son touché de velours. Nommé plusieurs fois aux Grammy Awards, le fils de l’immense contrebassiste John Clayton a fait ses classes avec Billy Childs et Kenny Barron. Il débute le piano à 6 ans, suit un cursus royal et termine finaliste au prestigieux concours Thelonious Monk. Gerald a joué avec les plus grands comme Roy Hargrove, Diana Krall, Terence Blanchard ou Avishai Cohen. En sideman puis en leader, le pianiste brille dans toutes les formations du solo au Quintet. Membre du Clayton Brothers Quintet, il aime jouer en famille avec son père John, son oncle Jeff au saxophone, Obed Calvaire à la batterie et Terell Stafford, à la trompette. Installé à New-York, il se produit partout dans le monde.

Gerald Clayton démarre donc le premier set avec A light, un titre que l’on retrouve sur ses deux précédents albums Tributary Tales (2017) et Happening : Live at the Village Vanguard (Blue Note, 2020). Dès l’introduction, la main gauche crée une ambiance, une tension. La répétition des premiers accords dessine un motif qui nous fait basculer dans une sorte de suspens musical, comme dans la musique du film des Dents de la mer, mais en beaucoup moins effrayant, avec juste ce qu’il faut de nervosité et d’agitation pour nous tenir en haleine. La musique explose alors, projette des couleurs dans un mouvement ample et élégant, comme sur une toile de Jackson Pollock. C’est riche et dense. Le pianiste s’exprime dans toute sa splendeur, accompagné de ses prodigieux acolytes à la batterie et à la contrebasse. La rythmique est impeccable. L’harmonie est parfaite. Le trio s’en donne à coeur joie et le crescendo progresse.

Un trio de choc

Au départ, le pianiste caresse les touches, chuchote les notes. Puis, il monte en puissance, prend plus de place, ancre son jeu dans la matière. Sa musique est palpable, tangible, voluptueuse. Elle nous embarque inexorablement. Les émotions sont en ébullition. Chaque morceau revêt des couleurs chatoyantes. Les titres phares s’enchaînent : Take the Coltrane, Patience Patients, et on reconnaît entre autres Is that so (Duke Pearson).

Greg Hutchinson à la batterie nous enchante. Le regarder jouer est un plaisir ineffable tant il y met d’ardeur et communique son bonheur d’être là. A 100 %. Totalement investi, dans le moment présent. Mis à l’honneur avec un fabuleux solo, le public s’en souviendra longtemps. 

On observe également Joe Sanders s’enrouler autour de sa contrebasse, pincer les cordes dans un tempo parfois lent, parfois rapide, avec finesse et virtuosité. L’émotion le gagne et le public la reçoit en plein cœur, comme une onde de choc propagée, une vague musicale qui ne laisserait personne indemne. 

La musique, langage des émotions

Il parait que l’expérience sensorielle liée à l’écoute de la musique peut créer une tempête physiologique et biochimique par l’effet de synchronisation. La musique altère le rythme cardiaque, la respiration, et même la pression sanguine. Comment expliquer alors l’état du public à la fin du set ? Feu d’artifice de dopamine, d’endorphines et tellement plus…

John Coltrane disait : « Je pense que la musique peut rendre le monde meilleur et, si j’en suis capable, je veux le faire. J’aimerais montrer aux gens le divin dans un langage musical qui transcende les mots. Je veux parler à leurs âmes. »

Les sets auxquels nous avons eu le privilège d’assister au Duc des Lombards la semaine dernière sont la preuve irréfutable que non seulement la musique nous donne accès au divin et transcende tout mais que le trio de Gerald Clayton est une bombe de talent dont vous auriez bien tort de vous priver. Alors guettez les prochains concerts et régalez-vous !

En attendant, TSF Jazz a enregistré le premier set qui était diffusé le soir même en live et dont vous retrouverez le podcast ici

Visuel : Affiche

Gerald Clayton Trio

Duc des Lombards 

13 & 14 septembre 2021

Alexandre Bloch, directeur de l’Orchestre National de Lille nous parle de cette saison 2021-22
Faire corps : Cristina Moura et Luiz de Abreu au CENTQUATRE
Geraldine Elbaz
Passionnée de théâtre, de musique et de littérature, cinéphile aussi, Géraldine Elbaz est curieuse, enthousiaste et parfois… critique.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture