Théâtre

Superbe Retour d’Ulysse dans sa Patrie en réouverture du TGP

22 mars 2013 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Un Centre Dramatique National qui programme de l’Opéra, cela paraissait osé quand Christophe Rauck, directeur du Théâtre Gérard Philippe de Saint Denis l’a tenté, lors de son arrivée avec un Triomphal Couronnement de Poppée au TGP, le succès fut au rendez-vous. Après plusieurs mois de travaux, en réouverture, le metteur en scène continue son travail de démocratisation de l’Opéra avec Un retour d’Ulysse  dans sa patrie (1640) réjouissant.

C’est dans une vaste et lumineuse salle, à la jauge de 480 places, pleine comme un œuf que les premières notes de l’orchestre de musique ancienne a retenti. Juste avant, les discours des officiels ont salué la nouvelle architecture, simple, limpide et évidente.

Le retour d’Ulysse dans sa patrie a été composé après l’Orféo et avant le Couronnement de Popée par Claudio Monteverdi, à qui on attribue la paternité de l’opéra. Durant trois actes précédés d’un prologue, l’intensité  émotionnelle va se déployer, touchant son acmé au second acte. Christophe Rauck permet une mise en musique de l’attente infaillible de Pénélope, et offre tous les frissons du monde quand enfin, les amants séparés se retrouvent.

Ulysse est donc en exil depuis 20 ans, et avec l’aide de la déesse Minerve (arrivant ici sur un bélier à deux têtes monté sur roulettes) il rentre à Ithaque travesti en vieillard. Pendant ces années, la déesse Melanto n’a eu de cesse de tenter de convaincre Pénélope de prendre un amant, sans succès, malgré des prétendants insistants.

Le livret permet des possibilités de scénographie et de dramaturgie formidables. Ici, rien n’est guindé, Christophe Rauck s’amuse des codes. Comme dans son précédent spectacle, il évoque, ne raconte pas, mettant en avant, sans esbroufe, le récit et l’imaginaire : Une toile peinte, quelques cordes et voici la mer déchaînée. Des visages dorés, voici les dieux. Des femmes en cire brûlante surplombées de robes rouges par centaines pendant aux cintres, voici le beau, des  tissus pour désigner des cadavres et l’on frissonne. Un prologue où tous sont en scène, où la fortune, l’amour et le temps prennent l’allure d’un aveugle, d’un sourd et d’une personne en fauteuil roulant. Que l’humanité est ici fragile, prise à partie sous les regards des Dieux vengeurs.


La fidélité, la confiance, l’exil, la vengeance. C’est à un adage de patience et de modernité que ce Retour d’Ulysse nous convie. Dans la douceur de la harpe, des cornets, des violons, des violes de gambes, l’exubérant théorbe, tout concorde, la mezzo et le ténor peuvent incarner la musique. Les prétendants peuvent jouer les coqs, sous la direction souple de Jérôme Correas, le charme opère.
Les chanteurs se font comédiens avec beaucoup d’humour. La scène où les Dieux dansent a provoqué de larges rires. Car ici, tout n’est qu’alternance entre duperie et tragédie. La farce intervient par l’entremise d’une obèse ventripotente, robe rouge pailletée de rigueur, venant soigner la peine déployée par une Pénélope inconsolable. Du noir, du rouge, de l’or, la mise en scène apporte les touches de glamour nécessaires à faire jaillir après trois heures de spectacle l’amour jamais éteint des deux amants. Les touches sexy – on verra Junon moulée dans une robe noire, le corps enduit d’or, des cheveux aux talons aiguilles – donnent à cette proposition une sensualité qui est tendue tout au long de l’opéra. En effet, Pénélope attend et se contient, il ne peut pas en être autrement, il faut que les Dieux s’en mêlent pour la libérer et lui rendre son mari et son fils, Télémaque.

La fidélité, la confiance, l’exil, la vengeance. C’est à un adage de patience que ce Retour d’Ulysse nous convie. Dans la douceur de la harpe, des cornets, des violons, des violes de gambes, l’exubérant théorbe, tout concorde, la mezzo Blandine Folio Peres et le ténor Jérôme Billy peuvent incarner la musique. Que les prétendants, Mathieu Chapuis, Carl Ghazarossian et Jean-François Lombard  jouent aux coqs, sous la direction souple de Jérôme Correas, le bling bling n’est pas de mise, le seul gagnant est l’amour.

(c) Anne Nordmann

 

 

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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