Théâtre

« Un instant » de Jean Bellorini nous invite à un voyage poétique dans la vallée des souvenirs

« Un instant » de Jean Bellorini nous invite à un voyage poétique dans la vallée des souvenirs

20 novembre 2018 | PAR Lisa Bourzeix

C’est au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis qu’avait lieu la première représentation de la nouvelle création du metteur en scène Jean Bellorini. C’est à travers les textes de Marcel Proust que Hélène Patarot et Camille de La Guillonière se révèlent.

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Ce mercredi soir à Saint-Denis c’est salle comble. Et c’est tous ensemble que les spectateurs vont faire ce voyage émouvant dans le monde passionnant des souvenirs. Après s’être attaqué aux Frères Karamazov de Dostoïevski c’est maintenant A la Recherche du Temps Perdu, l’oeuvre mythique de Marcel Proust, que Jean Bellorini met en scène. Et c’est dans cet univers poétique que nous allons être immergés pendant plus d’une heure et demie.

Un duo complice qui abat le quatrième mur

Ils sont trois sur cette grande scène : Hélène Patarot, Camille de La Guillonière et le musicien live Jérémy Péret. Mais leurs présences suffisent à remplir l’espace de la scène, déjà, mais celui de la salle toute entière, aussi. L’histoire qu’elle lui raconte c’est celle d’une petite-fille d’immigrés vietnamiens qui ont tout quitté pour venir en France, obligés de fuir leur pays. Mais c’est aussi la vie à la campagne dans un famille d’accueil du Berry. Cette histoire elle est faite d’odeurs de cuisine, de mémoire du goût et même d’accents qu’elle imite avec sensibilité. Pour lui c’est un peu différent, ces souvenirs ce sont ceux de la campagne, accompagnée par une grand-mère capable d’énumérer le nom des fleurs à l’infini et qui, de la même manière, s’épanouissait dans ces éternels tours de jardins. Ce récit c’est celui de Proust, celui de Combray et du Temps Retrouvé. C’est aussi la remémoration de moments moins gais, d’une tristesse infinie. Et ces récits s’entremêlent avec les textes de Proust qui coïncident, fluides, avec ces souvenirs d’un autre temps. La musique n’a de cesse d’accompagner avec grâce et discrétion ces témoignages poignants. Ce duo complice fonctionne à la perfection et deux simples mains qui se touchent suffisent à déclencher une émotion venue de loin.

Une scénographie au service de la poésie

C’est une scène tout en profondeur et sur plusieurs niveaux que Jean Bellorini a élaboré pour accompagner ces histoires à la fois singulières et universelles. Ce qui se passe sur le devant de la scène c’est ce qu’on peut voir, ce qu’on peut toucher, les souvenirs conscients, extériorisés. Puis il y a cette chambre en hauteur qui se rapproche un peu du ciel. Celle dans laquelle on peut écrire, réfléchir, comprendre. Il semblerait même qu’il y ait encore un étage, celui duquel on envoie les fameuses madeleines. Et finalement, dans un épisode entre rêve et réalité, emportée par le souvenir de sa grand-mère et portée par le texte de Proust, Hélène Patarot, dans le fond de scène est dominée par ces dizaines de chaises qui lévitent et se meuvent. Et finalement la lumière tombe et se casse. Ce qu’on retiendra de la pensée de Proust c’est cette volonté de  » faire constater aux sceptiques que la mort est une maladie dont on revient. « 

A voir absolument au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis jusqu’au 9 décembre, relâches le mardi.

Visuels : Pascal Victor ©

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Lisa Bourzeix

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