Théâtre

Sul concetto di volto nel figlio di Dio : le choc Castellucci au Théâtre de la ville

Sul concetto di volto nel figlio di Dio : le choc Castellucci au Théâtre de la ville

21 octobre 2011 | PAR Christophe Candoni

Retour sur la première parisienne largement perturbée de la nouvelle création du metteur en scène et plasticien Romeo Castellucci. Vue au Festival d’Avignon cet été (voir ICI), la pièce « Sur le concept du visage du fils de Dieu » telle qu’elle est présentée au Théâtre de la Ville a été modifiée. Amputée d’une scène entière pendant laquelle des enfants jetaient des grenades sur une toile peinte représentant le visage du Christ, elle n’a rien perdu de sa force. Bien plus qu’un spectacle, l’œuvre de Castellucci est dure, dérangeante, douloureuse. Elle pose d’innombrables questions et bouleverse assurément.

Ce soir (jeudi 20 octobre), au Théâtre de la ville, la représentation a dû débuter avec presque une heure de retard car il a fallu composer avec les manifestations d’un groupuscule d’intégristes religieux qui protestaient à renfort de tracts et de bombe lacrymogène contre la programmation à Paris cette saison de deux spectacles « blasphématoires » selon eux : la pièce de Castellucci et « Golgota picnic » que Rodrigo Garcia présentera dans le cadre du Festival d’Automne au Rond-Point en décembre. Puis, au bout d’un quart d’heure de la pièce, une poignée de jeunes hommes et femmes, ont interrompu la représentation en montant sur le plateau pour y déployer une banderole « Christianophobie, ça suffit », sous les huées justifiées du public en colère. Bien décidés à empêcher la poursuite du spectacle, ils s’agenouillent, prient, chantent, chapelet en main, ne cédant pas à l’intimidation polie des membres de la sécurité. Il fallut attendre l’intervention non violente de la police pour les déloger de la scène.

Sans doute n’ont-ils rien compris ou n’auront-ils rien voulu comprendre à la pertinence des propos du grand artiste italien. Leur action puérile, violente et inacceptable est aussi ridicule qu’inadaptée à la situation car la proposition scénique de Castellucci ne comporte rien de blasphématoire ni d’obscène. Ce spectacle est au contraire lumineux, sensible et spirituel à bien des égards car il met en scène tout l’amour et l’attention que porte un fils à son père.

En rejetant un geste artistique aussi radical et exigent, ces personnes extrémistes, obtuses et irrespectueuses nient non seulement un travail remarquable mais aussi le sens même de l’existence et tout questionnement pourtant fondamental sur la fragilité de la condition humaine ici mise à nue.

Castellucci met en scène un jeune homme qui, au moment de partir au travail, doit s’occuper de nettoyer son père pris de crises d’incontinence à répétition. A travers la trivialité de la situation, il réveille nos hantises, nos appréhensions face à l’inexorable. Sans chercher la provocation gratuite, il montre l’insoutenable avec une tendresse infinie : le dévouement patient d’un fils, malgré un agacement compréhensible, pour son père qui se vide, pleure et s’excuse car il perd sa dignité d’homme en même temps que sa substance.

Et Dieu alors ? La scène se passe sous son regard, à travers celui du visage du christ peint par Antonello da Messina, plein de compassion et de douceur mais inactif, forcément impassible. De manière analogue, le fils et son créateur divin se retrouvent l’un et l’autre dans leur impuissance. L’homme se dresse debout face à l’imposante iconographie, il paraît tout petit et embrasse son visage. On peut y voir autant un geste adorateur qu’une imploration, une demande d’ intervention divine, en vain, ce qui laisse transparaître le sentiment humain d’être démuni, seul devant l’ineffable. « Chacun est seul face à la merde » écrit Castellucci dans le programme de salle. Ainsi l’artiste dépeint l’homme tel qu’il est face à la finitude, exacerbe crûment sa vulnérabilité, sublime sa déchéance.

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

25 thoughts on “Sul concetto di volto nel figlio di Dio : le choc Castellucci au Théâtre de la ville”

Commentaire(s)

  • Adonis

    Je suis d’accord avec les propos tenus ici. Pour autant, il faudra que la rédaction de toutelaculture.com investisse dans un dico. Il y a bien entendu, dans ce spectacle du blasphème. Par définition, il y a outrage.
    Mais l’art de prendre possession plus que n’importe quelle discipline de la possibilité d’outrage du sacré comme du reste.

    octobre 21, 2011 at 12 h 28 min
  • Amelie Blaustein Niddam

    Cher Adonis, merci du conseil, nous savons ce qu’est un blasphème. Nous savons aussi que Roméo Castellucci est profondément chrétien et qu’il n’a jamais eu l’intention de blasphémer justement…..

    octobre 21, 2011 at 13 h 50 min
  • dieuleveult

    c’est beau un chrétien qui envoie de la merde sur la figure de son Dieu.
    C’est beau des hommes comme vous qui ignorez la définition d’un blasphème.
    et pour vous signifier tout mon amour, tout mon respect, toute mon amitié, que sais-je encore Monsieur le blogueur atteint de cécité, pour vous signifier tout cela, je vous chie dessus.

    octobre 21, 2011 at 14 h 16 min
  • Charles

    L’article conclut à raison sur la déchéance de l’homme, et il faut reconnaitre le talent que M. Castellucci a eu pour illustrer cette déchéance : d’un coup d’oeil la scène montre le cheminement de 5 siècles d’art, depuis le tableau splendide d’Antonnello da Messina, jusqu’à cette pièce merdique au sens propre. Démonstration efficace.

    Moins convainquant que la pièce, cet article explique qu’il n’y a rien de blasphématoire, mais oublie de mentionner que l’image du Christ est barbouillée de merde durant la pièce.
    Les jeunes chrétiens qui s’identifient au Christ, comme leur nom l’indique, s’en indignent. Selon l’article ils seraient irrespectueux (qu’est donc cette pièce envers les chrétiens ?) et violents. Quelle violence ? Ah oui, ils ont prié sur scène.

    Pour finir l’auteur de l’article prend les jeunes pour des imbéciles (ils ne peuvent pas comprendre). D’ici à prendre les lecteurs aussi pour des imbéciles, il n’y a qu’un pas … franchi.

    Quant à nier la réflexion sur le sens de l’existence, ça n’est pas à des chrétiens qui se battent dans cette société de consommation qu’il faut le reprocher.

    octobre 21, 2011 at 15 h 08 min
  • Amelie Blaustein Niddam

    Cher « dieuleveut » si vous aviez pris la peine de voir la pièce vous sauriez que castellucci ne chie pas sur son dieu puisqu’il le place en témoin de la nature humaine que son père a voulu ainsi, pleine de contraintes animales.
    D’autre part, Mr Candoni, 26 ans, n’est pas bloggeur mais critique et universitaire.
    Vous lui chiez dessus, quelle élégance, votre dieu doit être fier de vous .

    octobre 21, 2011 at 20 h 22 min
  • Nicolas C

    Le seul blasphème qu’on a pu voir jeudi au théâtre de la ville est bien la volonté d’un groupe de personnes de saccager la représentation. Envahir le plateau de théâtre qui est un espace sacré, voilà qui est outrage, profanation et irrespect des artistes en jeu (donc en état de vulnérabilité extrême) et du public.
    Vouloir imposer son point de vue par la force et l’agression, refuser le débat : tel est l’acte injurieux, insensé et insupportable d’une poignée de jeunes extrémistes chrétiens imbéciles, moutons (sans doute égarés).
    Notre monde est riche et complexe, pose des interrogations. Le théâtre en est le miroir et nous invite à la réflexion. La religion catholique propose de lire ce monde par le prisme de la foi et des messages de Dieu, sans doute pas de nier ces interrogations et de vivre avec des oeillères.
    le spectacle de Castellucci est magnifique visuellement Son propos complexe est dur et tendre comme la vie.
    Allez-y et faîtes-vous votre propre opinion.

    octobre 22, 2011 at 11 h 12 min
  • MaMajesté

    Oser dire que cette horreur est de l’art est en soi une imposture, prétendre que l’on ne peut la critiquer pour blasphème est uen infamie car qu’est ce donc que de voir ce la Sainte Face maculée de féces!!!???

    Comment peut on autoriser de pareilles abjections, en évidence fruits d’un cerveau aussi pervers que dérangé? Comment des ètres peuvent se rabaisser en interprétant pareille ordure ou en payant pour se repaitre d’une telle vision semblant inspirée par le Démon?

    Nous vivons hélas des temps très sombres….

    octobre 22, 2011 at 14 h 51 min
  • Emma Letellier

    Il a été dit, sur une autre scène de théâtre, que le danger est avec l’homme d’un seul livre.

    Aussi la merde et le bon dieu font bon ménage depuis longtemps. Yaveh lui même n’a-t-il pas engagé Ezéchiel à bouffer la sienne sur des tartines?
    Alors les fanatiques, rangez vos armes et décryptez les symboles. Si la Bible et tous les expressions artistiques qui en découlent se nourrissaient du 1er degré, il y a bien longtemps que l’on ne se digèrerait plus les uns les autres.

    octobre 23, 2011 at 23 h 40 min
  • MargauxG

    J’ai assisté au spectacle hier après midi, j’ai été interloquée par la présence de 4 camions de CRS et de fouilles à l’entrée… Je n’étais pas au courant de cette polémique. Il est terrible pour des spectateurs de subir cela. Est-ce que la création artistique est un danger pour ceux qui la créé et pour ceux qui viennent la voir ?
    En ce qui concerne le contenu de la représentation, j’ai été déçue. Premièrement dérangée, évidemment, par ce qu’il se passe sur scène ( mais en aucun cas scandalisée ) et deuxièmement, je m’attendais à quelque chose de plus « subtil » de la part de Roméo Castellucci. Les questions qu’il soulève sont très intéressantes et méritent d’en être débattues, mais pour cela il aurait fallu, peut être, plus approfondir le sujet et ne pas montrer, seulement, ce qui est insoutenable.

    Et enfin, pour revenir à nos amis qui se réquisitionnent la scène pour scander leur idéologie, je trouve leur action peu souhaitable, surtout lorsqu’on prône une religion de « tolérance »…

    octobre 24, 2011 at 21 h 05 min
  • Lik

    @MargauxG
    Apparemment, vous connaissez assez peu le christianisme, pour le définir comme une « religion de tolérance ». Ce mot décadent ne figure PAS UNE SEULE fois dans les évangiles, ni dans le nouveau Testament.

    Jésus-Christ est venu prêcher la charité, qui est une TOUT AUTRE chose.

    « La tolérance, disait Claudel, il y a des maisons pour ça ».

    La revendication de la « tolérance », comme la valeur suprême, c’est une idée qui vient des prétendues « Lumières » – et au nom de laquelle on a guillotiné, massacré, noyé et fusillé des dizaines de milliers de catholiques entre 1789 et 1794.

    Faudrait quand même pas confondre l’Église catholique et les sectes maçonniques…

    octobre 25, 2011 at 1 h 02 min
  • MargauxG

    Cher Lick,
    Je me suis empressée de relire le livre de Matthieu et en effet, vous avez raison, le mot « tolérance » n’est pas clairement écrit. Il n’apparaît pas. Alors, je m’excuse, j’avais des préjugés… La religion chrétienne n’est pas tolérante.

    octobre 25, 2011 at 18 h 54 min
  • CHARDON

    Bonsoir.

    Je suis catholique, et à ce titre, suis à la recherche de la Vérité. Les catholiques ne doivent pas craindre la critique, la question, la remise en cause. La foi se nourrit du doute, qui pousse à la recherche, à la compréhension et fait appel à la raison. Le débat ne me choque pas. Mais pour qu’il puisse avoir lieu, il doit se faire dans le respect mutuel, y compris dans le respect de la sensibilité de l’autre, avec sa part de subjectif.

    La question que posent les réaction jugées extrêmes est, à mon sens, la suivante : peut-il y avoir dialogue ouvert et constructif, argumenté et intelligent, s’il y a offense ? Dans la vie quotidienne, parvenez-vous à discuter avec une personne qui vous a offensé ? Avez-vous la même capacité d’écoute « active » pour entendre son raisonnement et le comprendre ?

    Pour un Catholique, je rappelle que le Christ est Dieu, créateur, sauveur, incarné, ayant fait par amour le sacrifice suprême de sa vie pour sauver une créature (l’homme) incapable de réparer par elle-même sa faute originelle (l’orgueil) comme les suivantes. Comme des parents qui donnent leur vie pour sauver un enfant perdu. Nul n’es obligé d’y croire. Comment croire en revanche, dans ce contexte, qu’un Catholique peut demeurer impassible lorsque l’image de son Dieu est abimée, sans préoccupation de la douleur que cela peut-lui causer ? Il n’y a plus d’écoute active possible, plus de dialogue constructif possible.

    Avant d’être des extrêmistes, les catholiques qui réagissent à cette pièce sont d’abord des catholiques blessés. Profondément. Le dialogue est la critique serait sans doute plus facile si dans notre pays, puisant pourtant toute sa culture dans le Christianisme, « on » acceptait de comprendre qu’une personne puisse être blessée profondément par une dégradation de l’image du Dieu qui donne le sens à sa vie et répond à la seule vraie question que chacun se pose (Qu’est-ce que je fous ici ?), jusqu’à en avoir des comportement irrationnels, qu’elle soit de religion chrétienne, juive, musulmane pour en citer que les 3 grandes religions monothéistes.

    Sur ce, je vais regarder la Télé… dernier lieu de communion collective qui ne fait pas débat…

    octobre 26, 2011 at 19 h 46 min
  • Lucho

    Pour répondre à Margaux G, effectivement la tolérance n’est pas du tout une valeur judéo-chrétienne, et en tant que catholique, j’en suis plutôt réjoui…
    La tolérance est l’acceptation de ce que l’on considère comme un mal (je suis tolérant à la douleur, aux chaleurs extrêmes etc.). On accepte de ne pas aller à l’encontre de quelque chose de mal pour éviter un mal encore plus grand: c’est la tolérance (tolerare: supporter).
    Il va d’ailleurs sans dire que si ce mal plus grand disparaît, on peux alors, sans problème supprimer le mal initial…
    Pour reprendre mon exemple (un peu bête j’en conviens) je peux être tolérant à la chaleur insuportable de ce feux de boix si je dois absolument conserver de la lumière, lorsque le jour se levera, crois bien que je vais vite fait te balancer des litres d’eau sur le foyer…
    Non, la bible parle plutôt de charité (carita: amour quoi) qui est le fait de se donner à l’autre sans rien attendre en retour, gratuitement, vivre pour l’autre.
    Alors oui je suis bien content que le catholicisme ne soit pas une religion de tolérance (comme d’autre le sont, c’est leur choix, ca ne me regarde pas) mais une religion d’amour…

    octobre 27, 2011 at 14 h 56 min

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