Théâtre
Six personnages en quête d’auteur, d’une scène à l’autre

Six personnages en quête d’auteur, d’une scène à l’autre

07 septembre 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Du Cloître des Carmes à La Colline, Six personnages en quête d’auteur d’après Luigi Pirandello dans la mise en scène de Stéphane Brauschweig est arrivé à Paris après une réaction controversée au Festival d’Avignon. Christophe Candoni a justement pointé les qualités d’adaptation et d’actualisation du texte de Pirandollo projeté de nos jours, n’y revenons pas et concentrons nous sur les émotions.

C’est une sensation que l’on retrouve dans le genre performatif : « ça a l’air si vrai ». Quand le sperme de Jan Fabre sert de peinture, quand le sang de Marina Abramovic coule, quand les seins de Marlène Saldana jaillissent…. Est-ça la réalité ? Et si le réel c’etait plutôt une histoire de récit ? Dans cette version 2012 de Six personnages en quête d’auteur, la distance se floute, elle redevient existante et sème le trouble.

Voila le tableau : une scène est divisée en deux, à gauche un plateau de théâtre immaculé où rien ne viendra troubler l’espace vide, à droite, se déroule une répétition actuelle, un débat très 2012 sur la place de l’auteur. Autour de la table Elsa Bouchain, Christophe Brault, Claude Duparfait, Emmanuel Vérité et Anne-Laure Tondu jouent leur propre rôle, quoi jouer, comment ? Réécrire ? Effacer les auteurs au profit du collectif ? Ils se torturent. Anne-Laure questionne « qu’est ce que tu appelles personnages ? », Emmanuel : « C’est le réel qui intéresse les gens ! ». C’est alors que, coup de théâtre s’ il en est, jaillissent des êtres en costumes comme figés, Maud le Grévellec habillée un peu pute, Caroline Chaniolleau en veuve noire, Philippe Girard en impair, Manuel Vallade l’air ailleurs, le jeune Anthony Jeanne abasourdi et une marionnette, celle d’une petite fille.  Ils sentent la mort. Il sentent la poussière. Ils font peur.

Le génie de la pièce réside dans l’histoire de la mise en scène mais à aucun moment dans  l’histoire qui est racontée. Un trouble imbroglio familial au père parti 20 ans, c’est ça, mais ça pourrait être autre chose, on s’en fout. Ce qui compte c’est la folle idée d’une rencontre entre des personnages maîtres et des comédiens soumis, reliés par un metteur en scène qui tente de rester rationnel, Claude Duparfait le joue avec une distance réjouissante, drôle faisant comme si tout cela était normal.

Stéphane Brauschweig  a le mérite de répondre aux questions qu’il pose en préambule : oui à l’auteur, non à la perf , non au nu « sauf s’ il est nécessaire », oui au trouble, oui au jeu, oui aux personnages, oui aux comédiens. Mais, il manque de la fantaisie, de la peur et du trash. Car la question posée est terrifiante, elle dépasse le théâtre et interroge l’humanité même : tout le monde joue, tout le monde sélectionne ses informations à diffuser. Alors, en quoi des personnages seraient moins réels que des acteurs ? On reprochera également des glissements bas de gamme dans la scénographie, l’idée d’une interaction vidéo/plateau n’est pas neuve, cela s’entend mais elle manque de finesse dans l’exécution, également l’effet de projection nébuleuse dans les pensées du metteur en scène suscite plus de la moquerie qu’une plongée dans les limbes de l’esprit.

Six personnages est un spectacle en demi-teinte, aux moments flamboyants, au jeu souvent impeccable mais il manque, comme c’était déjà le cas dans Maison de poupée, de l’audace au metteur en scène, qui, à refuser le « nu » reste figé au bord de l’exploit dans une proposition qui tutoie la modernité sans oser lâcher le classicisme. Ce tiraillement, querelle d’anciens contre les modernes semble hanter le travail de ce metteur en scène, le vrai, celui de La Colline qui invite pourtant sur le plateau un casting de rêve. Encore une fois, c’est dans un entre-deux que se situe cette pièce. Dommage.

Photo : Christophe Raynaud de Lage

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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