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Les Nuits d’été : Berlioz et son miroir contemporain

Les Nuits d’été : Berlioz et son miroir contemporain

28 août 2019 | PAR Gilles Charlassier

Pour célébrer Berlioz, Bruno Messina, le directeur du Festival Berlioz de la Côte Saint-André, ne se contente pas de l’oeuvre du maître romantique, et s’attache à le rendre vivant jusque dans la création contemporaine. C’est ainsi qu’une relecture du geste poétique et musical des Nuits d’été a été commandé à Arthur Lavandier, pour un face-à-face avec l’original berliozien.

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Depuis une décennie qu’il est à la tête du Festival Berlioz de la Côte Saint-André, Bruno Messina n’a eu de cesse de fêter et faire vivre l’oeuvre de Berlioz, au-delà de la manie monographique. Avec trois créations mondiales, cette édition inscrite dans le cadre des commémorations du cent-cinquantième anniversaire de la mort du compositeur français, vérifie plus que jamais cette volonté d’ancrer le génie romantique dans une vitalité contemporaine, à rebours des tentations muséales. En ce mardi 27 août, l’Orchestre de Paris met en regard Les nuits d’été de Berlioz avec une nouvelle version homonyme du cycle de mélodies que la formation a commandé à Arthur Lavandier, sur des poèmes spirites de Frédéric Boyer.

Après un Siegfried Idyll de Wagner, où l’homogénéité chambriste déploie la douceur de cordes à la patine dénuée de toute lourdeur, Stéphanie d’Oustrac entre en scène pour défendre la partition de Lavandier. A l’instar du modèle, les Nuits d’été, poèmes spirites sont également composées de six pièces, qui s’articulent autour d’évocations élégiaques, soutenues par une écriture musicale sensible à la fluidité de la voix, qui prend parfois l’ascendant sur l’intelligibilité détaillée de mots choisis pour leur couleur suggestive. La mezzo française fait ressortir les affects et la tonalité singulière de chacun des numéros, habillé par une orchestration souple et aérée qui tire parti des recherches de l’auteur du Traité d’instrumentation. On retiendra la séduisante volubilité de l’énumération des Fleurs d’été, qui façonne une belle construction formelle, dans un contraste avec les couplets plus narratifs. Ni avant-gardiste, ni pastiche, l’ouvrage s’affirme comme une variation habile et originale autour de l’opus de Berlioz.

Au retour de l’entracte, Douglas Boyd fait respirer les timbres et les textures de l’Ouverture du Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn, dans une émulation des pupitres qui compense les menues faiblesses perceptibles ça et là. Les Nuits d’été de Berlioz confirmeront des interventions parfois inégales, en particulier chez les cuivres, sans altérer cependant la concentration de l’interprétation de Stéphanie d’Oustrac. Si la Villanelle dégage une fraîcheur que l’on pourrait souhaiter plus innocente, les murmures intimes dont palpite Le spectre de la rose sont détaillés avec un raffinement aussi gourmand que naturel et instinctif. L’intensité du Lamento et d’Absence vibre d’une intériorité douloureuse mais non complaisante, avant les diaphanes phrases du Clair de lune et l’ivresse d’une Ile inconnue qui confirme la supériorité de la soliste, comme des vers de Théophile Gautier.

Le festival ne se réduit pas aux concerts du soir, après lesquels le public est invité à musarder à la Taverne, au sons d’harmonies éclectiques. L’église accueille, à 17 heures, des formats plus modestes. En ce 27 août, le Concert Impromptu, ensemble d’harmonie complété par le piano de Bruno Belthoise, propose un florilège de pages de Berlioz agrémenté d’un peu de Gluck et de Mendelssohn. Sous la voix gracile de Capucine Keller résonnent un extrait de Roméo et Juliette, « Premiers transports », La Mort d’Ophélie, tirée de Tristia, Absence des Nuits d’été et le long solo introspectif « Je m’en souviens » de Béatrice et Bénédict où l’héroïne cède à l’amour. Quant aux aubades au Musée Berlioz, elles explorent, en cette deuxième semaine festivalière avec Pietro Cernuto et ses pifferari, les traditions musicales italiennes où s’est abreuvé Berlioz, non sans certaines transpositions malicieuses et ludiques. Pour Bruno Messina, la fête musicale ignore les hiérarchies préétablies, pourvu que la jubilation soit créative.

Gilles Charlassier

Festival Berlioz, Les Nuits d’été, 27 août 2019

©Bruno Moussier

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