Théâtre

La doctrine Braunschweig rate Macbeth à l’Odéon.

La doctrine Braunschweig rate Macbeth à l’Odéon.

06 février 2018 | PAR David Rofé-Sarfati

Stéphane Braunschweig passe à sa talentueuse moulinette Macbeth, la plus courte et la plus sanglante des tragédies Shakespearienne à l’Odeon-Théâtre de l’Europe. C’est brillant cependant que le geste manque l’oeuvre. 

Nous sommes dans une Écosse intemporelle.  Le général Macbeth rencontre sous forme de trois sorcières dans un rêve sa prédestination. Il commettra le crime de régicide pour s’emparer du pouvoir. Une fois roi, la peur de subir ce qu’il a fait subir le précipite dans une paranoïa sur fond de culpabilité. Sa femme sera tout au long de son chemin un vecteur et son alter ego.

Une pièce sur l’hallucination.

Macbeth somnambule est sujet aux hallucinations. Il rêve autant son futur que son présent. L’intrigue chemine sur une ligne de crête entre réalité et irrationnel. Les sentiments sont empreints de duplicité; la primauté est donnée à l’énonciation dans une urbanité soignée et convenue siège du silence des affects. Le décor blanc quadrillé, la scénographie grandiose rappelant parfois les choix de Pommerat, les costumes anachroniques d’une époque non définie, les sorcières enceintes de bébés oracles participent à l’hallucination et à l’escamotage des affects. Seule Lady Macbeth est traversée par le désir. Son personnage se pose en miroir avec Macbeth, elle est le double désirant d’un Macbeth abandonné à son destin en marche. Chloé Rejon et Adama Diop sont magnifiques dans cette parité. Le couple est l’axe solide de l’intrigue autour duquel, avec talent et en supportant la force du jeu des Macbeth, Christophe Brault, David Clavel et Jean Philippe incarnent respectivement Duncan, Banquo et Macduff.

Une pièce sur l’occulte. 

La mise en scène sait figurer comment les passions hallucinatoires s’empilent à la dureté des destins. Le talent immense des comédiens et la magnifique mise en scène sont aussi au  service de la doctrine de Braunschweig où chaque personnage est humanisé au plus prés. Braunschweig parvient à donner à Lady Macbeth et à Macbeth ce qu’il a su pourvoir à la légendaire Nora de Ibsen (La Maison de Poupée à la Colline en 2006) ou à Néron (Brittanicus monté en 2016 au Français): une nouvelle et prégnante humanité.  Sauf que Macbeth est une pièce sur l’occulte et le paranormal, sur la grâce divine lorsqu’elle est une illumination et une malédiction. À humaniser Macbeth, Braunschweig l’a annulé et nous a appris que si le héros de Shakespeare ne se promène pas entre les limbes, il nous ennuie.

Macbeth

de William Shakespeare

mise en scène et scénographie Stéphane Braunschweig

avec Christophe Brault, David Clavel, Virginie Colemyn, Adama Diop, Boutaïna El Fekkak, Roman Jean-Elie, Glenn Marausse, Thierry Paret, Chloé Réjon, Jordan Rezgui, Alison Valence, Jean-Philippe Vidal

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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