Théâtre
Sindbad le marin, l’invitation au voyage du Théâtre National de Toulouse

Sindbad le marin, l’invitation au voyage du Théâtre National de Toulouse

02 juin 2011 | PAR Yaël Hirsch

Jusqu’au 10 juin, le TNT propose à un public qui va de 8 à 88 ans de revivre les 7 voyages du marchant perse Sindbad. Sur un texte d’Agathe Mélinard, Laurent Pelly fait appel à 7 comédiens et acrobates qui parviennent à transporter la salle aux quatre coins du monde, auprès des plus grands princes et des plus affreux monstres, avec un peu de tissus, beaucoup de bois, quelques ficelles et une maîtrise absolue du mouvement. Un conte irrésistible qui permet à chacun de cultiver son âme d’enfant.

Même si l’on a assez récemment découvert que le personnage de Sindbad le marin avait été inséré tardivement aux récits de Shéhérazade dans les « Mille et une nuits » (133 e nuit), Agathe Mélinard a remarqué que le riche marchand-voyageur se confie à un homme du même nom que lui, mais portefaix de profession et très pauvre : Sindbad le terrien. Alors que la version désargentée de Sindbad erre à Bassora, devant un palais opulent, il récite un poème sur son malheur et est invité à entrer. Reçu en frère par le prince des lieux, Sindbad le marin, il revient 7 soirs de suite écouter le récit des grands voyages de ce dernier. Après chaque récit, Sindbad le terrien reçoit une bourse de pièces d’or.

La relation entre les deux Sindbad est la clef de voûte de la pièce d’Agathe Mélinard. C’est la narration de Sindbad le marin (Karim Qayouch, qui parvient, malgré l’action débordante à poser le personnage auquel il prête ses yeux turquoise vertigineux) qui constitue l’invitation au voyage. Invitation volontiers acceptée par Sindbad le terrien (Mounir Margoum, aussi excellent acrobate que comédien quand il parvient à donner à son personnage le fébrilité mutine, de celui qui se cherche et la vérité du sage). Sur scène, la narration se dédouble et ils sont donc deux à revivre les 7 voyages extraordinaires avec le public. Laurent Pelly parvient à mettre en mouvement cette double voix, avec un décor très simple : au cœur de sa mise en scène, l’on trouve 4 structures mobiles de bois qui sont à la fois forêts et tréteaux de comédiens itinérants du Moyen-Âge. Les comédiens s’y accrochent dans tous les sens, en tombent avec grâce dans quelques roulades ou s’y perchent comme sur un promontoire dans un mouvement que n’interrompt que le récit, quand on entre au cœur de l’action. Utilisant la grâce des corps de ses acrobates et comédiens qui se mélangent, des accessoire simples mais gracieux (un drap noir pour suggérer les flots démontés), et surtout des jeux d’ombre et de lumière magiques (Évoquée derrière un drap, la scène de l’anthropophage dévorant chaque soir un compagnon de Sindbad est absolument effrayante), Laurent Pelly et la scénographe Juliette Blondelle démontrent que l’évocation du voyage est bien plus marquante que son mime. Appel à l’imagination et fête des sens, ils appellent à un voyage d’autant plus libre qu’il est actif : chacun doit faire l’effort d’imaginer les nouvelles contrées parcourues par Sindbad, mais le génie de la mise en scène laisse chacun libre d’imaginer sa propre version du voyage. Fin du tourisme de masse et retrouvailles avec l’éternelle enfance du conte, « Sindbad le marin » est un grand spectacle.

Et les enfants ne s’y trompent pas ! Ce mercredi 1ier juin, veille de l’ascension, la petite salle du TNT était pleine à craquer de jeunes spectateurs de 9 à 10 ans ayant lu le texte en cours, sursautant à l’apparition des monstres, fous de joie de voir le acrobates se lancer la perpendiculaire de la scène et approuvant après chaque grande scène la fidélité de la mise en scène à un textes dont ils connaissaient tous les recoins. Ces jeunes et doctes amateurs de héros ont été de précieux guides pour les adultes revenus se familiariser avec les grands voyages que proposent les contes.

Les aventures de Sindbad le Marin, d’Agathe Mélinard, mise en scène : Laurent Pelly, scénographie : Juliette Blondelle, costumes : Nathalie Trouvé, Lumières : Michel Le Borgne, son : Joan Cambon, avec Karim Qayouh, Mounir Margoum, Sidney Ali Mehelleb, Romain Delavoipière, Julien Le Cuziat, Baptiste Lhomme, Sylvain Pascal, Théâtre National de Toulouse Midi Pyréennées, 1h30.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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