Théâtre

Que devient le langage ? Notre parole, d’après Valère Novarina, par Cédric Orain.

Que devient le langage ? Notre parole, d’après Valère Novarina, par Cédric Orain.

15 février 2019 | PAR Bertille Bourdon

Partant d’un article de Valère Novarina sur l’état de la parole dans une société de la communication, Cédric Orain propose une critique du langage. Trop usé, il est vidé de son sens. Une mise en scène ironique qui ne parvient à se renouveler que lorsqu’elle dépasse l’analyse des médias pour faire son autocritique.

 

Première guerre du Golfe, le dramaturge Valère Novarina publie un article dans Libération pour constater de la perte de sens du langage dans une société paradoxalement fondée sur la communication. Notamment, il critique le dévoiement de la langue par les médias. Cédric Orain par de cet article pour mener une réflexion sur le langage, toujours plus actuelle. En dirigeant trois acteurs sur scène, il cherche à le définir par ce qu’il n’est pas – une simple communication, notamment. Tout part de la télévision. Dès le début, un personnage à la fois faune, nymphe et christ nous invite à ouvrir le poste pour analyser le langage qui s’y parle. A l’intérieur, deux présentateurs de chaîne d’info se battent pour la parole, sans pour autant sembler avoir quelque chose à dire. L’enjeu de leur lutte est d’occuper l’espace sonore, remplir le vide à tout prix. On dissèque un moment la novlangue télévisuelle et ses euphémismes. Ce constat de la vacuité de la parole à l’ère de la toute communication peut vite devenir lassant, surtout si on lui oppose seulement la maîtrise de l’imparfait du subjonctif comme seule preuve de la force du langage. Là, on craint carrément le discours sur la belle langue française qui se meurt.

A cette vacuité, on semble offrir comme solution l’art, et le théâtre. Ce recours à la méta-théâtralité lasse au premier abord, comme si la scène de théâtre ne servait qu’à sa propre justification. Heureusement, l’ironie est ici salvatrice, puisqu’elle tourne en dérision le théâtre. Oui, la scène est aussi un lieu où la langue s’use parce qu’elle est devenue une posture. Ses voix sont trop entendues. Elles sont tordues, répétées. En caricaturant le théâtre classique, russe, la pièce offre un numéro de pantomime comique.

 

La force de la pièce est de nous rappeler que la parole est avant tout une voix, un son qui sort d’un trou qui est la bouche. Les variations de voix, comme ce chant lyrique de l’acteur Olav Benestvedt, nous font ressentir la puissance de la parole.

 

Finalement, la pièce réussit à délivrer son message mais sans apporter la profondeur espérée à la question si passionnante de la détérioration du langage par l’usage mécanique et « servile » qui en est fait.

 

Notre parole, mise en scène Cédric Orain, texte de Valère Novarina.

Au Théâtre de la Cité Internationale du 11 février au 03 mars 2019

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