Théâtre

Pour le festival 30/30 la manufacture CDCN reçoit deux pépites

Pour le festival 30/30 la manufacture CDCN reçoit deux pépites

25 janvier 2020 | PAR David Rofé-Sarfati

Nouvelle édition de 30-30 – rencontres de la forme courte en Nouvelle Aquitaine, du 21 janvier au 1er février. Merci à Jean-Luc Terrade et son équipe de remuer nos hivers depuis 17 ans. Une trentaine de spectacles s’offrent à nous en des formats de 5 à 45 min de cirque, musique, théâtre, danse, performance, et combinaisons diverses. L’heure est à l’hybridation et l’indifférencié comme terrains de la liberté…

La deuxième soirée à la Manufacture CDCN , peuplée, bruyante rassemble tous les âges et nous réserve un début avec quelques inquiétudes largement effacées et oubliées par le virtuose Théo Touvet et puis le impayable duo  : le circassien Edouard Peurichard et le comédien Arnaud Saury.   

FOGHORN

Au sons répétés d’une corne de brume, sur une scène blanche, des constructions verticales en planchette de bois style Kapla, figurent une ville squelettique, en construction ou après un bombardement. Un couple s’y déplace en mouvements désordonnés qui parfois mettent à bas les fragiles édifices. Puis l’homme s’entrave de ses propres habits, figurant un enchaîné, un aliéné? La femme finit la table rase, et reconstruit à l’horizontal des alignements curvilignes d’allure néolithique, avant de libérer le masculin de ses entraves. Tout y est de la pensée du temps, mais sans grâce, sans vie, comme les clichés squelettiques et enfantins de ce qu’il faudrait penser. Ici la forme n’est pas courte, mais le fond oui.

Dans ma Chambre 2

Le cirque rencontre le théâtre et ce dialogue est analogique de tout dialogue. Un duo dans une chambre s’essaie à se comprendre, à se connaitre et pose la question  : qu’est-ce que le lien, la confiance ? La pièce nous raconte les balbutiements d’un spectacle qui se crée et d’un binôme pas encore complice qui se construit. L’acteur et le circassien expriment leurs angoisses respectives, leurs confiances encore naissantes, leurs peurs raisonnées ou irraisonnées. Sur une échelle que l’acteur tient verticale ou presque, le circassien évolue en figures simples. Le propos n’est pas de nous impressionner, mais de saisir ce qui nous manque encore de confiance pour reconstruire le lien. Plus tard le risque ajoute plus d’inquiétude quand le circassien lance ses couteaux autour du corps de l’acteur, plaqué contre une paroi de bois. Confiance, confiance… d’autant plus difficile que bon nombre de couteaux échouent à se planter. Il semble que les inquiétudes s’apaisent avec le temps. Ce temps qui certainement est le carburant même de l’optimisme entre les hommes. Si le ratage entre les êtres s’impose à eux sans cesse, la confiance se construit au cours d’un long chemin. La pièce épatante et très drôle déplie l’équation. Les spectacles qui figurent l’inabouti sont parfois suspects d’avoir été conçus ainsi, non par choix, mais par limitation. Celui-ci est encore sur le fil,  ce ne fut hier que la 4e représentation. Comme au théâtre, figurer le raté ou l’échec, nécessite la plus grande des maîtrise.

Existe en Ciel 

Le festival nous offre en cette soirée chaleureuse malgré la météo et malgré les colères capricieuses des grévistes, un magnifique cadeau: la  découverte du  travail somptueux et admirable de Théo Thouvet. Artiste circassien de l’anneau, il est un dieu des arts, du chant, de la musique, de la beauté masculine, de la poésie et de la lumière, il est Apollon. La magie Théo Touvet, fonctionne. L’anneau incline le spectateur vers un retour à l’essentiel, son essentiel à lui. Amour, ego, perfection, cycle, centrage, alliance, convivial, lisse. Vous y mettrez ce que vous voudrez. La beauté parfaite de cet homme de Vitruve, que l’on croit d’abord ballotté, épouse les lois de la physique pour regagner de la liberté. Enfermé dans la roue Cyr et libre. La beauté finit de participer de cette élévation ou suspension de l’âme, le temps de 5 min 30 de spectacle

 

 

 

Festival Trente Trente

Bordeaux Métropole

du 21 Janvier au 1 février

 

 

Crédits Photos Pierre Planchenaud

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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