Théâtre

Patrice Chéreau à travers flots- I am the Wind

Patrice Chéreau à travers flots- I am the Wind

04 juin 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Après Rêve d’Automne, largement salué par la critique, Patrice Chéreau revient au Théâtre de la Ville dans le cadre Des Chantiers d’Europe, pour une nouvelle pièce du norvégien Jon Fosse. « I am the Wind » , questionne en anglais la fragilité humaine dans un décor époustouflant de justesse..Embarquez sur le bateau de fortune que vous offre Richard Peduzzi, laissez vous glisser parmi les vagues .

Une scène qui mord dans le public, un éclairage de côté accentuant la maigreur des comédiens et au centre, de l’eau, comme une grande flaque un peu sale. Ils sont deux, l’Un et l’Autre, l’Un porte l’Autre, cadavérique. Mort? Malade? La première image du spectacle saisit immédiatement par sa volonté chorégraphique où le corps parle plus que les mots.

Les mots dans l’œuvre de Jon Fosse sont rassemblés dans des phrases simples, rapides agissant sans distance entre le jeu et le propos. Le texte est dit en anglais, traduit de façon lisible. Quelle est l’histoire? Dans une époque indéfinie, plutôt actuelle, deux hommes se parlent , l’Un a fait quelque chose « d’affreux », l’Autre ne veut pas le comprendre. Quoi? Nous le saurons plus tard en comprenant que la pièce est conçue en flashback.

La scénographie tient du miracle, comme toujours, Richard Peduzzi sait créer le décor juste. Voila le théâtre de la Ville à marée basse, un radeau rouillé monté sur pivot jaillissant au centre, l’eau allant et venant , accompagnée par une lumière formidable signée Dominique Bruguière installant dans un brouillard suggéré une ambiance où la mort flotte.

L’ambiance est grise, « une belle couleur  » dit l’Un comme si nous étions dans un espace irréel . Un purgatoire, un rêve? Nous progressons dans ce voyage dont la fin semble dés le départ tragique. A travers flots, ils se rendent vers une petite crique, y boivent un verre avant d’affronter la haute mer, l’océan, effrayant pour l’Autre, si beau pour l’Un. Tom Brooke et Jack Laskey campent deux corps exsangues, naufragés avec une très belle présence. Le jeu n’est jamais forcé, il est mesuré. L’impression de mouvement du radeau et du temps sont donnés par les répétitions des phrases. De la répétition naît le mouvement.

Les amoureux du metteur en scène seront éblouis, les nouveaux venus déroutés par ce genre théâtral qui vient dialoguer avec l’art plastique. I’m the Wind est une œuvre d’art pensée comme un tableau, il vient capter le moment où la vie s’échappe . Les symboliques de la mer, du lointain, accentuées par le bruit des vagues et la lumière sobre opèrent totalement et embarquent les spectateurs qui le veulent bien dans un voyage aux images qui marqueront leur imaginaire.

(c) visuel :Simon Annand

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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