Musique
Jazz : Quoi de beau sous les pommiers ? (Vendredi 3 juin)

Jazz : Quoi de beau sous les pommiers ? (Vendredi 3 juin)

04 juin 2011 | PAR Neil Saidi

Le soleil brille, le ciel est bleu, un temps de rêve pour cette septième journée de festival qui s’annonce riche en émotions.

 

L’après-midi a été l’occasion d’aller apprécier la musique de groupes amateurs locaux formés de musiciens de tous âges,  une scène spéciale leur est dédiée non loin de la cathédrale, la scène « Avis aux amateurs ». Beaucoup de gens sont réunis autour d’un petit apéro, l’ambiance est très conviviale, c’est d’ailleurs un des points forts du festival. Nous écoutons donc l’atelier d’improvisation de l’école de musique de Coutances dirigé par Pierre Millet qui nous propose un répertoire très large, de la bossa au blues, en passant par le twist et le funk.

Coutances est un festival qui s’adresse à tous les publics, des plus jeunes aux plus âgés ! A 16h45 sur l’Esplanade des Unelles, la médiathèque de Coutances proposait des lectures musicales pour petits et grands. Une récitation de contes ponctuée par les interventions très imagées, parfois très drôles, de la contrebasse et du piano, qui stimulent l’imagination des petits. Les enfants sont captivés, leurs parents aussi d’ailleurs.

 

A 18h au theâtre municipal, l’Orchestre National de Jazz nous propose son nouveau programme mené depuis 2009 par Daniel Yvinec : « Shut up and Dance ». Le concert est construit autour de dix pièces différentes, chacune d’entre elles étant spécifiquement écrite pour un des musiciens de l’orchestre. Daniel Yvinec introduit la soirée, il remercie Denis Le bas, directeur du festival, il précise que Coutances est un festival qui a une importance toute particulière pour lui puisque c’est sa collaboration avec l’équipe du festival qui lui a permis de diriger plus tard l’ONJ. Il remercie également le batteur américain John Hollenbeck qui a composé spécifiquement chaque pièce à la suite de sa rencontre avec les musiciens concernés. L’objectif de « Shut Up and Dance » est de donner au public l’envie de danser, de battre la pulsation avec son orteil ou de se lancer dans un solo infernal en tapant des mains sur ses cuisses. Les musiciens s’installent sur un fond sonore percussif dont on a du mal à identifier les instruments qui le produisent. Cela ressemble au son des clés d’un saxophone, pas sûr. Pendant la soirée les musiciens nous ont proposé des pièces très variées, musique répétitive soutenue par les phrases envoûtantes de la clarinette et du sax alto, musique électronique avec une pièce écrite spécialement pour le flutiste accompagné par un piano préparé et communautaire (huit mains !).

 

On enchaîne avec « The Master », Ron Carter, salle Marcel Hélie. Avec plus de 2500 enregistrements à son actif, 20 albums en tant de leader, 140 compositions, des collaborations avec des musiciens mythiques, Ron Carter est une figure légendaire de l’Histoire du Jazz. Dans les années 60, Il joue dans le Quintet de Miles, en compagnie de Wayne Shorter, Herbie Hancock et Tony Williams. Il a également joué avec Thelonious Monk, Eric Dolphy, Cannonball Adderley, Chet Baker, Art Farmer, Antonio Carlos Jobim, Joe Henderson, Horace Silver, Stan Getz, Coleman Hawkins, Freddie Hubbard, Wes Montgomery, George Benson, Paul Desmond… la liste est infinie ! Ce soir il se produit avec le « Golden Striker » Trio accompagné par Monsieur Mulgrew Miller au piano et par Bobby Broom à la guitare. Les trois musiciens arrivent sur scène très classe, tous en costume, très belle cravate verte pour les trois, ils en imposent. Ron Carter est au centre de la scène, à sa droite Mulgrew Miller bien assis devant le piano à queue et à sa gauche Bobby Broom posé sur son tabouret. Dès la première note on reconnaît le son de Ron Carter, un son très chaleureux, riche, qui vibre en nous. Le trio nous propose une musique qui s’inscrit dans la tradition swing bop, avec des thèmes merveilleusement beaux qui laissent une grande place au jeu de la contrebasse. Après l’énoncé du thème le maître enchaîne  la plupart du temps sur  un « walking bass » de génie, pendant que Mulgrew Miller et Bobby Broom échangent tour à tour les rôles d’accompagnateur et de soliste pour finalement tous deux s’effacer et laisser place au solo du Master. Quelle présence, quel son, quelle inventivité et quel lyrisme !

 

Nous finissons la soirée en beauté avec le Joachim Kühn trio au Théâtre Municipal. Joachim Kühn est entouré du joueur de guembri et de oud Majid Bekkas et du batteur Ramon Lopez. Leur musique est empreinte de musique berbère, de musique gnawa et de la musique du Sahara. Majid Bekkas possédant une connaissance approfondie de toutes ces formes musicales, le trio a pu explorer en profondeur la diversité et la richesse de ces musiques. Les trois musiciens nous jouent des compositions de leur dernier enregistrement « Out of the Desert ». Une musique nous fait voyager. La voix de Majid Bekkas qui chante en arabe et en berbère nous emmène vers de lointaines contrées à la croisée de l’Atlas et du Sahara. On ferme les yeux pour laisser libre cours à son imagination, et lorsqu’on les rouvre, on avait presque oublié que l’on était à un concert. C’est réellement une musique qui se vit . A cela s’ajoute bien sûr le style unique de Joachim Kühn, on sent beaucoup l’influence de son « Diminished Augmented System », un système musical qu’il a élaboré selon lequel compositions et improvisations ne doivent plus être construites à partir d’accords mais à partir de sons. Le batteur Ramon Lopez teinte de couleurs et de nuances les ryhtmes répétitifs issus des musiques traditionnelles et leur donne un souffle nouveau. Un trio que nous aurons, j’espère, l’occasion de revoir.

 

Il est tard, mais l’ambiance est encore très festive autour des salles de spectacles et du petit marché, les notes continuent de résonner sur les scènes amateurs, et le Magic Mirrors attend le saxophoniste Alain Debiossat et ses invités pour offrir aux fêtards un concert de folie. Tout comme la journée de samedi, qui s’annonce mémorable !

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Neil Saidi

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