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Exposition Patrice Chéreau ou la théâtralité de l’opéra

Exposition Patrice Chéreau ou la théâtralité de l’opéra

06 décembre 2017 | PAR Victoria Okada

A l’occasion de la reprise de De La Maison des morts de Leos Janacek à l’Opéra Bastille, Patrice Chéreau est encore davantage mis en avant par une exposition entièrement consacrée à ses mises en scène opératiques. Plus de 160 pièces, mises à la disposition par l’Opéra National de Paris, de la Bibliothèque nationale de France et l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine pour les archives du metteur en scène, retracent les onze réalisations qui ont toutes marquées le monde lyrique.

L’exposition commence par une « présentation » de Patrice Chéreau. Des papiers d’identité, photos et documents des années de sa jeunesse, remontant jusqu’aux années 1950-60 (il est né en 1944) introduit l’homme au visiteur, alors que des œuvres de Bosch, Brueghel, Géricault, Gustave Doré… évoquent ses premières sources d’inspiration, essentiellement picturales : les primitifs italiens et allemands et les peintures français du 19e siècle. Après sa première mise en scène en 1964 dans L’Intervention de Victor Hugo, et en 1967, dans Les Soldats de Jakob Lenz, il fait son premier pas en opéra en 1969, invité à monter L’Italienne à Alger de Rossini au Festival des deux mondes de Spolète en Italie. Puis, en 1974, sur la demande de Rolf Liebermann, il réalise Les Conte d’Hoffmann d’Offenbach au Palais Garnier. Son dessin préparatif pour le personnage du Docteur Miracle en Nosferatu et la photo extraite du film, avec la même pose, montrent son affinité claire avec le cinéma. Une autre photo, avec l’automate d’Olympia grandeur nature construite pour l’occasion, est éloquente pour sa volonté de renouveler la conception de l’opéra, qui pourrait être selon lui « encore plus théâtral que le théâtre ». Dans cette œuvre, il remplace d’ailleurs les récitatifs par les dialogues parlés, certains de son invention et d’autres de réhabilitation du livret, et procède des coupes et une modification de l’ordre des actes.
La Tétralogie du centenaire (1976-1980), sous la direction de Pierre Boulez, marque définitivement la puissante présence de Patrice Chéreau dans le paysage d’opéra. Situant l’action en pleine révolution industrielle et démystifiant les personnages de dieux et des non-humains, la production provoque d’abord un scandale d’une violence rare ; Chéreau est critiqué pour avoir conçu une mise en scène trop théâtrale. Des lettres de spectateurs très en colère, dont l’argument paraît aujourd’hui incompréhensible, nous disent à quel point l’idée de Chéreau sortait de la convention. Ces diatribes se transforment cependant en un succès historique et phénoménal, salué par plus d’une heure d’applaudissement lors de la dernière représentation. Le processus de cette création scénique est présenté non seulement avec des maquettes de décors et de costumes, des photos de scènes correspondantes, et des extraits de vidéo avec les même éléments, mais aussi et surtout par des notes de travail avec une foule d’indications, des livrets et partitions annotés, un planning général de montage du projet.
L’exposition met également en accent sur sa collaboration avec le scénographe Richard Peduzzi, à travers la production de Lulu et Wozzeck d’Alban Berg, ainsi que Lucio Silla et Don Giovanni de Wolfgang Amadeus Mozart. Le décor mural protéiforme de ces derniers œuvres, dont on voit des dessins préparatoires, des maquettes et des images de scène, nous transporte dans son idée d’espace qui lui est propre.
La contribution de Patrice Chéreau ne se limite pas à l’innovation de la conception théâtrale, mais elle va aussi pour le renouvellement de répertoire. En effet, avec Pierre Boulez et le compositeur Friedrich Cerha qui achève l’orchestration du troisième acte, il est l’un des protagonistes de la création de la version intégrale de Lulu. Il replace le drame dans les années 1930 et s’inspire de magazines de mode de La Belle Epoque pour les costumes. Avec Lulu mais aussi avec la Tétralogie, il est en quelque sorte initiateur de cette pratique consistant à transposer l’intrigue à une autre période de l’histoire (souvent au milieu du 20e siècle) qui s’est largement banalisée de nos jours, mais encore assez rare dans les années 70.
L’exposition se termine avec Tristan et Isolde de Wagner et De la Maison des morts de Janacek, dirigés par Boulez, ainsi que Elektra de Strauss, sous la baguette d’Esa-Pekka Salonen, tous montés entre 2007 et 2017. Quelques correspondances entre ces chefs d’orchestre, mais aussi avec Barenboim pour Wozzeck, relatent les soucis esthétiques et musicaux qu’ils partageaient, en premier lieu la conviction de Chéreau, une fois de plus, que l’essence de l’opéra est théâtral.

Crédits photo
Affiche de l’exposition © Opéra de Paris
De la Miason des morts de Leos Janacek au Métropolitan Opera de New York mise en scène de Patrice Chéreau, 2009 © Ken Howard-Metropolitan Opera
Patrice Chéreau et Pierre Boulez en répétition pour De la Maison des morts de Leos Janacek au theatre an der Wien, 2007 © Ros Ribas
Patrice Chéreau en répétition de Lucio Silla au Teatro alla Scala, 1984 Courtesy of Thatro alla Scala © Lelli e Masotti

Patrice Chéreau : Mettre en scène l’opéra
Palais Garnier, Bibliothèque-Musée de l’Opéra, jusqu’au 3 mars 2018
Tous les jours de 10h à 17h (sauf jours de représentation en matinée et de fermeture exceptionnelle)
Renseignement : 08 92 89 90 90 operadeparis.fr ; bnf.fr

Infos pratiques

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Kraspek Myzik
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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