Théâtre
Oriza Hirata, diptyque androïde au T2G

Oriza Hirata, diptyque androïde au T2G

19 décembre 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le metteur en scène japonais Oriza Hirata est l’invité du Festival d’Automne qui termine sa longue course cette semaine.  Il propose au Théâtre de Gennevilliers « Sanoyara Ver 2 » et « Les trois sœurs version Androïde ». Une plongée futuriste pertinente mais qui, étonnamment, manque de modernité.

Des robots sur scène, l’idée, si elle a souvent envahi le monde du cinéma intervient rarement dans l’espace théâtral. C’est cela qui fait l’originalité du travail d’Oriza Hirata. Ses spectacles ne parlent pas des robots, il les intègre dans le jeu. C’est l’interaction humain-androïde qui est ici fascinante, d’autant plus qu’elle ne se situe pas dans le champ de la science-fiction mais dans « un avenir avec cinq centimètres d’écart ».

Dans nos mondes où nos téléphones réagissent à nos voix, pourquoi ne pas imaginer qu’une jeune femme Canada dry puisse jouer les nounous ? C’est le sujet de Sanoyara Ver 2 qui place face à face deux individus. L’une est mourante, l’autre lui lit des poèmes. Il faut quelques instants pour saisir que l’une des deux n’est pas vraie. Pourtant, elle bouge la tête et semble respirer. L’illusion est technique, elle est le fruit d’un long travail de recherche qui a amené à créer des géminoïdes, qui sont mués par un actuateur pneumatique.  La question posée immédiatement est qu’est ce qui rend humain ?  Elle parle, comprend, on l’écoute, elle nous touche.  Cette forme courte de 30 minutes vient parler d’un sujet lourd, celui de l’ultra moderne solitude. Vite, on saisira que les robots peuvent s’entraider et aller là où les hommes ne peuvent pas. A Fukushima.

Dans Les trois sœurs version Androïde, l’intrigue de Tchekhov est projetée dans un futur pas si lointain. Sur fond de crise économique,  l’histoire se déroule dans un salon très figuratif où trône  un canapé de théâtre de boulevard, un escalier menant à un supposé étage et nombre de sièges et de plantes. Ici, le R2D2 de Star Wars est un homme de maison loyal qui s’en va faire des courses pour amener des maquereaux à griller ou à mariner dans la sauce miso.

Car ce soir, il y a un dîner chez la famille Fukazawa qui célèbre le départ de l’un des anciens employés de l’usine de robots du père, aujourd’hui disparu. La ville périclite, la seule réponse est le départ. Ici, le mouvement vient d’ailleurs. La scène est un huis clos qui rappelle la trame Tchekhovienne. Trois sœurs et un frère célèbrent un rite de deuil.  Leur père est mort voilà trois ans, et selon une coutume japonaise, sa tombe a été déplacée. Dans cette pièce où les morts bougent, le rêve de départ est accru, la mélancolie est acerbe. Ici, la troisième sœur est F Géminoid, l’avatar d’Ikumi, que l’on croit au départ morte mais qui s’avère être une hikikomori. Elle souffre de ce syndrome psychiatrique qui pousse un être à vivre en totale réclusion. Elle  se confond avec son avatar, au point que la famille et les amis frissonnent quand elle surgit sur ses deux pieds aux côtés de son clone.

Là où les humains végètent, n’arrivent pas à se marier, ni à déménager, ce sont les robots qui agissent. C’est l’avatar qui ose dénoncer le viol de son double réel, c’est Robovie-R3 qui gère la question de qui mange quoi quand. C’est là la force du spectacle. Les robots agissent en catharsis, ils osent faire et dire l’interdit.

Si le postulat fonctionne, il est amusant que l’annonce portable répétée en boucle « merci d’éteindre complètement vos téléphones portables afin de ne pas perturber les androïdes », on sombre vite dans l’ennui face à un jeu poussif et bien trop classique.

Définitivement, Sanoyara Ver 2 va plus loin en proposant une forme radicale qui pose la question d’une utilisation des robots non plus comme accessoire mais comme supplétif. L’ère de Blade Runner, où les «réplicants» étaient fort désirables semble ici plausible.

Un robot pour garder les mourants, pour combattre l’isolement. Là, on frémit, là, ils nous font réagir.

Visuel : (c) Tsukasa Aoki

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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