Théâtre

« Noyau ni fixe », Joris Lacoste et la schizophrénie des noms au Festival d’Automne

« Noyau ni fixe », Joris Lacoste et la schizophrénie des noms au Festival d’Automne

11 décembre 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

L’artisan depuis 2007 de la dantesque Encyclopédie de la Parole laisse place aux jeunes au Festival d’Automne pour « Les talents Adami Paroles d’acteurs », accueillis pour la sixième année consécutive à l’Atelier de Paris-Centre de développement chorégraphique national

Nous l’avons déjà écrit, souvent, mais on va se répéter, parce que c’est comme ça ! Oui, dans le fan club de Joris Lacoste, nommez Toute La Culture ! Onze ans … voici onze ans que l’on suit ce metteur en scène dans toutes ses expérimentations autour de la parole. « L’Encyclopédie de la Parole » est donc un collectif de performeurs qui depuis 2007 « cherchent à appréhender transversalement la diversité des formes orales». Plus de dix ans qu’il ne cesse de faire sonner les mots, que ce soit avec Parlement, solo en anadiplose, Le vrai spectacle, une séance d’hypnose, Blabla pour les enfants, la Suite n°1, Suite n°2, ou sa dernière Suite, n°3, qui faisait entendre l’Europe.

Alors, que se passe-t-il en 2018 ? Joris Lacoste se transforme. Cette fois-ci, Il n’explore pas les sonorités des mots et des langues mais s’intéresse à ce qui fait corps commun. Sur scène ils sont neuf : Lucas Borzykowski, Anna Bouguereau, Tom Boyaval, Camille Dagen, Raphaëlle Damilano, Roman Kané, Zacharie Lorent, Camille Sansterre et Thomas Zuani.  Joris Lacoste ne les épargne pas. Tout est contemporain ici, y compris le monde qui ne tourne plus rond. Alors les paillettes ne sont pas glamours, les cyclistes boudinent et les maquillages déguisent plus qu’ils ne subliment. 2018, bord 2019 plus que jamais, les genres sont mêlés, et les talons bien portés par les garçons.

Alors quel est le point commun entre Jacques Lacan, Zoro, Laure Manaudou et « la voix qui s’excuse pour ce désagrément » ? Quelque-soit le milieu social on a croisé ces identités publiques, fantasmées, réelles ou imaginaires. Le signifiant est dans le nom propre, et ce n’est pas nouveau !

Comme les lumières aléatoires déposées en cercle autour de l’arène, les déclarations font boucle et s’accumulent pour nous mettre, comme dans Le Vrai spectacle, dans une forme d’écoute flottante, totalement enveloppante, aux allures rétro-futuristes très revival d’Ulysse 31. Aucun récit ici, « juste » un collage d’identités.

On ne sait pas ce que l’on va voir car la pièce peut durer une heure comme deux heures quinze. Quelle est la part d’improvisation? Quels sont les ports où ils reviennent ? La réponse n’est pas si facile.

Les amoureux de Lacoste seront peut être un peu déroutés de le voir diriger des acteurs à la formation plutôt classique, bien loin du jeu performatif qu’impose généralement l’Encyclopédie de la parole. Et pourtant, dans la répétition des mots et dans cette façon très claire de dire notre civilisation on le retrouve nettement.

Noyau ni fixe se laisse voir, sans passion pour autant. Il reste une expérience à vivre, un geste très original qui mériterait d’être poussé plus loin. Lacoste a respecté le cahier des charges qui lui demandait un temps de répétition très court, cela apporte une indéniable fraîcheur mais s’accompagne de l’inévitable corollaire de la fragilité. Elle  se traduit  par un ventre mou heureusement tout à fait réparé par un final absolument lumineux et très rythmé… comme une chorale …

Visuel ©Gaelle Gervais

Informations pratiques :
Jusqu’au 15 décembre, à l’Atelier de Paris-Centre de développement chorégraphique national- Cartoucherie, 2 Route du Champ de Manoeuvre 75012 Paris. Mar. au ven. 20h30, sam. 15h et 20h30. 12€ et 15€ / Abonnement 10€ et 12€

Infos pratiques

Musée Marmottant Monet – Paris
Le Ballet du Nord
Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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