Performance

Suite n°3,  Joris Lacoste fait parler l’Europe

Suite n°3, Joris Lacoste fait parler l’Europe

22 novembre 2017 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Dans le fan club de Joris Lacoste, nommez Toute La Culture ! Dix ans … voici dix ans que l’on suit ce metteur en scène dans toutes ses expérimentations autour de la parole. « L’Encyclopédie de la Parole » est donc un collectif de performeurs qui depuis 2007 « cherchent à appréhender transversalement la diversité des formes orales». Dix ans qu’il ne cesse de faire sonner les mots, que ce soit avec Parlement, solo en anadiplose, Le vrai spectacle, une séance d’hypnose, Blabla pour les enfants, la Suite n°1 ou Suite n°2. Pour la première fois, avec sa dernière création, Suite n°3, présentée au Festival d’Automne et au Théâtre de la Ville, il pousse la musicalité des langues à son paroxysme. 

Alors, qu’est-ce que l’Encyclopédie allait proposer de neuf ? Nous sommes à un concert classique, ce qui dans le rouge de l’Espace Cardin colle parfaitement. Un piano et deux chanteurs. Au piano Denis Chouillet joue les compositions de Pierre-Yves Macé, fidèle ami de L’Encyclopédie de la Parole. Lui aussi, comme Lacoste, collecte des sons, « Les cris de Paris ». Aux voix, Bianca Iannuzzi et Laurent Deleuil, en costumes chics, surtout elle, dans une robe rouge dotée d’une petite cape… spectaculaire.

Dans cette Suite très politique, Lacoste s’attaque à l’Europe ou plutôt à ce que l’Europe donne à entendre d’elle-même. Et le résultat est glaçant. Il y a cette idée folle ici et réalisée de faire résonner 24 langues dans les voix des deux interprétés. Comme toujours dans le travail de l’Encylopedie, la forme prime sur le sens. Ce qui compte ici c’est la sonorité, les aspérités, tout ce qui fait un accent, une personnalité.

Le choix du corpus, réalisé par des « collecteurs » sous la direction de Joris Lacoste nous fait entendre le pire du vieux continent. Appel à la sécurité, discours d’Iman antisémite, Youtubeuse déprimée, hurlement d’une mendiante, vote truqué à Athènes…

La diversité des langues ne fait qu’insister sur l’unicité du merdier. L’Europe existe, elle va mal comme un seul homme. Bonne nouvelle non ?

La performance est comme toujours époustouflante. Le travail sur le corps est précis, dirigé par la danseuse et chorégraphe Lenio Kaklea. Il vient appuyer sans forcer l’élasticité des langages. Les voix et le piano changent de partition sans aucune transition, à l’image d’un zapping sur une télévision ultra câblée. La violence n’en est que plus ténue, non ostentatoire, mais bien là.

Mais l’Europe, et Lacoste le rappelle, c’est aussi une histoire de pop song, que tout le monde connait sans savoir comment. Juste peut-être parce ce que Emeli Sande l’a chantée aux Jeux de Londres en 2012. Il impose un rire, une respiration, un souffle. Celui qui est nécessaire, celui sans lequel parler serait impossible.

Et puis à la fin, tout le monde parle mal anglais, mais ensemble. C’est déjà ça. Et c’est peut-être là que se niche l’identité européenne selon l’Encylopedie, dans le vivre ensemble bancal, mais pas complètement cassé. On chante ?

Suite n°3 / Joris Lacoste – Pierre-Yves Macé © Ida Jakobs

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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