Théâtre
Nous n’irons pas à Avignon… mais à Vitry-sur-Seine !

Nous n’irons pas à Avignon… mais à Vitry-sur-Seine !

18 juillet 2011 | PAR Justine Hallard

Le « contre-estival » contre attaque cette année encore ! Et ce depuis 13 ans. Beau parcours pour ce petit festival, qui à l’ombre du grand d’Avignon, propose une programmation éclectique aux portes de Paris, dans le site de Gare au théâtre, qui a lui seul vaut le déplacement !

« Nous n’irons pas à Avignon » c’est un peu le Off du Off, pour ceux qui ne partent pas dans la cité des Papes et à qui l’on offre, en compensation, l’opportunité de découvrir de jeunes compagnies qui elles aussi passeront l’été « à la capitale ». Et pourtant, Gare au théâtre, c’est un échappatoire au béton, l’impression de se retrouver soudainement à la campagne, y voir une pièce et y boire ensuite un petit blanc frais…

Mais n’allez pas croire que ce contre-festival est celui des non-programmés de sa grande sœur avignonnaise. Bien au contraire. Quinze compagnies ont rejoint cette année le Gare au théâtre, dont la moitié y sont en création depuis février dernier. C’est aussi le choix de propositions pluridisciplinaire avec théâtre, danse, musique, jeune public ainsi que des rencontres et débats. Cette 13e édition, c’est en chiffre : 4 spectacles par jour, 5 jours par semaine, soit 100 représentations et autres propositions au total données par des compagnies sélectionnées au coup de cœur. Pas mal !

La folie, douce comme amère, semble en tout cas avoir gagné le festival !

Ainsi la compagnie Klein/Leonarte propose à l’heure de l’apéro, son Pizza World, « cabaret culinaire écolo », où deux bobos-rigolos, François et Maryline, vont nous faire rire et grincer des dents en nous contant, entre autres, la fable de la petite déscolarisée qui n’avait pas de ketchup pour les pâtes (avec cette inéluctable morale : pas de ketchup pour les pauvres !), ou encore l’origine du travail à la chaîne (Ne pensez pas à Ford, ça ne sert à rien !)… c’est la faute à celui qui a déménagé pour l’heure en Chine (pour cause de fonte des glaces) et qui s’habille aux couleurs de Coca-Cola… pas besoin de vous le donner en mille, le Père Noël bien entendu! Et que diriez-vous de découvrir à l’occasion de cette pornographie culinaire, la « vraie » recette du surimi, saupoudrée d’airs de bandonéon ?
Même si le rythme se perd de quelques grammes sur la fin, c’est un joli moment de rire, souvent drôle et décomplexé et surtout sur des sujets qui font « Aïe » (oui on consomme tous du pétrole !)… pour amateurs de chocolat et d’humour noirs évidemment !

Et parce que « Nous n’irons pas à Avignon » défend la différence, dans un tout autre genre de folie, le festival présente Monstres humains. Ça commence comme du Fellini… mais devient très vite du Pasolini (c’est bien évidemment un compliment dans les deux cas !). Cette création collective de la compagnie Mahu, trouve d’ailleurs ses plus beaux tableaux dans une inspiration très cinématographique, qui au-delà des maîtres italiens, semble aussi passer par l’Orange mécanique de Kubrick ou même La Cité des enfants perdus de Jeunet. Pourtant ces interprétations personnelles et inégales, propres à chaque personnage, peinent un peu à nous mettre aussi mal à l’aise qu’elles l’aimeraient dans leur représentation de la monstruosité. Un travail qui présente pourtant aussi de très belles propositions, comme la projection de l’incroyable Orlan (oui, oui la dame avec des implants partout sur la tête!) sur le visage d’un des comédiens, devenu écran pour l’occasion ! Une création peut-être encore en recherche d’elle-même, mais qui pourrait se trouver très rapidement aussi. Une compagnie et un travail à suivre très certainement. N’est-ce pas aussi cela l’un des objectifs des festivals alternatifs que de présenter le travail de la jeune création, parfois même encore inachevé?

Et c’est enfin la rêverie éveillée qui invite les plus petits en après-midi à venir partager la très douce folie cette fois-ci de ces enchanteurs pour jeune public.

Alors une escapade théâtro-campagnarde, ça vous tente ?

 

Crédit visuel affiche : François Saint Rémy

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