Théâtre

« Nickel » au Nouveau Théâtre de Montreuil : « Une résistance qui feint d’être une fête »

« Nickel » au Nouveau Théâtre de Montreuil : « Une résistance qui feint d’être une fête »

17 janvier 2020 | PAR Julia Wahl

La nouvelle pièce de Mathilde Delahaye (qui avait présenté Maladie ou femmes modernes la saison dernière au Festival Ambivalence(s)), créée au CDN de Tours en novembre dernier, joue au Nouveau Théâtre de Montreuil du 16 janvier au 1er février et nous plonge dans le devenir d’une usine désaffectée. 

De l’exploitation minière au squat queer

Un manuscrit trouvé dans l’hôpital psychiatrique d’une « ville sans arbre », tout entière orientée vers l’extraction de nickel. C’est là le point de départ de la pièce qui emprunte au métal son nom. Un manuscrit écrit par une ancienne ouvrière de la mine, fait de notes, parfois illisibles, de nouvelles, surtout, sur ce qu’aurait pu devenir cette usine aujourd’hui abandonnée. Aussi suivons-nous les étapes de transformation du lieu, de simple friche au « Nickel bar », lieu de voguing où se réinvente une vie communautaire.

Mathilde Dalahaye s’est abondamment documentée sur cette culture du voguing, née dans la communauté noire homosexuelle américaine, dont la définition pourrait être « une résistance qui feint d’être une fête ». Ce n’est cependant pas l’essentiel de ce que l’on retiendra de la pièce, mais bien l’évolution de ce lieu à la fois banal et insolite, proche et lointain.

Un jeu d’antithèses

En effet, la scénographie d’Hervé Cherblanc repose volontiers sur un jeu d’antithèses avec le texte : les dates qui scandent l’évolution de la mine – 1990, 1996, 2000… – sont étonnamment proches et provoquent chez le spectateur un sentiment de familiarité. A l’inverse, l’écran transparent sur lequel sont projetées ces mêmes dates sépare le spectateur de l’histoire qui se joue sous ses yeux, puisque la quasi intégralité de la pièce est jouée derrière ce rideau. Ainsi, ce qui se passe sur scène semble situé dans un au-delà familier, celui sans doute de l’imagination de son auteure.

Autre instrument d’étrangeté : le jeu des couleurs et des lumières. L’un des premiers tableaux présente notamment, dans un coin de la scène, une coulée de nickel sur le dos d’un ouvrier. Par sa fluorescence et son apparente viscosité, ce métal en fusion aimante le regard du spectateur et joue, là encore, d’un jeu d’oppositions avec la lumière jaune fade des néons qui le surplombent. L’éclairage passe ainsi de l’ocre au blanc, puis au vert, toujours dominé par ces trois néons jaunes, reliques de l’exploitation, pas si  lointaine, de la mine. Quant au travail du son, du bruit des machines à la musique électronique, il nous plonge, avec subtilité, dans cet étrange univers que l’on suit avec avidité.

Le travail d’écriture et de mise en scène nous fait passer par tout un pan d’anecdotes qui font véritablement vivre ce lieu et évitent le seul recours à une imagerie un peu trop topique de la culture queer. Au contraire, par les récits, volontiers comiques, qui entrecoupent l’égrainage des années, le texte donne de la chair à la pièce et emporte le spectateur vers les multiples vies qui s’incarnent sur scène.

Visuel : © Jean-Louis Fernandez

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Julia Wahl
Après dix ans d'enseignement des lettres en lycée, je travaille actuellement à la compagnie de danse verticale Retouramont comme chargée de diffusion et de production. Auparavant, j'ai œuvré six mois à l'Action culturelle du Mouffetard-Théâtre des arts de la marionnette. A côté des ces activités professionnelles, je chronique régulièrement le cinéma, le théâtre et la politique culturelle pour Toute la Culture.

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