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Spectaculaires « Chansons sans paroles » de Thom Luz

Spectaculaires « Chansons sans paroles » de Thom Luz

16 décembre 2021 | PAR Blaise Campion

Dans le cadre de la 9e édition du festival Mesure pour Mesure qui se tient jusqu’au 31 décembre au Nouveau théâtre de Montreuil, Thom Luz propose jusqu’au 16 décembre sa pièce Chansons sans paroles, qui allie habilement musique, humour absurde et mise en scène spectaculaire.

Histoire sans récit

Chansons sans paroles aurait sans doute pu s’appeler « histoire sans récit ». Car c’est bien ce à quoi nous assistons, à la construction progressive d’une histoire dont le fil conducteur n’apparaît pas tout de suite clairement. Les cinq personnages (Fhunyue Gayo, Mara Miribung, Daniele Pintaudi, Samuel Streiff et Mathias Wiebel) arrivent sur scène chacun de leur côté, tous arborant le même costume qu’ils portent comme un étrange uniforme. Leurs interventions verbales sont bien souvent absurdes, ils nous parlent indifféremment en allemand, en français, en anglais ou en italien. Ils nous font rire par leurs facéties sur scène et nous touchent par la musique qu’ils interprètent. Par exemple, le sublime d’un air romantique au piano se voit contrebalancé par des bruits insupportables de portes qui claquent.

Les personnages de la pièce n’en sont finalement que les artisans. Tous participent à l’élaboration progressive d’un décor et d’une mise en scène. Au commencement, ils tracent en blanc sur le sol noir les contours d’une route. Puis arrive une voiture rouge. Plus tard de la neige tombe, la voiture est renversée. Le cadavre de l’animal qu’elle a percuté sera par la suite déposé devant elle. « Est-ce que ça raconte quelque chose ? » demande à un moment l’un des personnages. Eh bien oui, malgré l’absence de récit directeur, peu à peu le décor fait sens et c’est assez fascinant d’assister à la création de cet univers scénique.

Une pièce spectaculaire

La mise en scène est tout simplement spectaculaire, en ce qu’elle joue sur tous les sens du spectateur. Les jeux de lumière (Thom Luz, Tina Bleuer) sont efficaces parce qu’immersifs. Les phares de la voiture et ses clignotants y participent. De la fumée vient à plusieurs reprises contribuer à construire l’atmosphère. La musique quant à elle est presque toujours présente. Elle est parfois bouleversante, parfois intrigante ou inquiétante.

Tous les éléments de la pièce convergent vers l’époustouflante scène finale où les personnages ont disparu. Seul reste le décor que font vivre pendant plusieurs minutes la lumière et le son. Magistral, ce final est une sorte de réceptacle de tout ce qui a été vu et entendu précédemment. C’est un moment presque magique d’immersion sensorielle, de contemplation éphémère d’une illusion scénique à laquelle on croit, bien qu’on en connaisse toutes les ficelles. Rien que pour cette scène, la pièce vaut le détour !

Chansons sans paroles, de Thom Luz, au Nouveau théâtre de Montreuil jusqu’au 16 décembre : Informations et réservations ici.

Visuel : © Sandra Then

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