Politique culturelle
Pauline Bayle : « On ne naît pas spectateur, on le devient ! »

Pauline Bayle : « On ne naît pas spectateur, on le devient ! »

02 février 2022 | PAR Mathieu Dochtermann

Depuis le 1er janvier 2022, Pauline Bayle a pris la direction du Nouveau Théâtre de Montreuil, succédant ainsi à Mathieu Bauer. C’est une metteuse en scène moderne et une citoyenne engagée qui arrive à la tête de ce Centre Dramatique National (CDN) de la banlieue parisienne. Nous nous sommes entretenu avec elle pour mieux cerner quelle programmatrice Pauline Bayle sera.

Les années de formation

Quand on l’interroge sur la genèse de son amour pour le théâtre, Pauline Bayle répond qu’elle en a le goût depuis qu’elle est enfant. Elle fait remonter sa rencontre avec l’art dramatique à des ateliers qu’elle suit dans son quartier, peut-être vers l’âge de 6 ou 7 ans.

Après son Bac, elle s’inscrit à Sciences Po, essentiellement pour faire plaisir à ses parents. Mais, en fait, c’est le théâtre qui continue d’occuper ses pensées : elle se débrouille pour être deux ans élève à l’Ecole de Chaillot, puis deux ans au conservatoire du 5e arrondissement après une année de césure aux Etats-Unis où elle a pratiqué le théâtre en anglais, avec les étudiants américains.

Une fois sont diplôme en poche, Pauline Bayle tente une première fois le concours du Conservatoire National, mais échoue, et elle passe donc une année à l’Ecole Supérieure d’Art Dramatique (ESAD). Elle intègre enfin le Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique (CNSAD) l’année suivante. C’est là que les pierres fondatrices de son parcours son posées. Prenant appui sur une carte blanche donnée par le CNSAD, elle monte son premier spectacle, À Tire-d’Aile. Elle dit à ce propos avoir trouvé dans la mise en scène une liberté immense. « J’ai commencé l’aventure d’une compagnie sans m’en rendre compte, » ajoute-t-elle.

Une comète au parcours fulgurant

Suivent cinq autres mises en scène. Iliade puis Odyssée incitent le Syndicat de la critique à lui décerner le Prix Jean-Jacques Lerrant de la révélation théâtrale. « C’est avec Iliade que la compagnie s’est vraiment structurée, et avec Odyssée nous avons reçu le soutien et l’accompagnement de grandes scènes », précise Pauline Bayle. En 2020, c’est la création du spectacle Illusions Perdues d’après Balzac.

Puis, en 2021, vient la consécration. D’abord sous la forme d’un statut d’artiste associée à la Comédie de Béthune. En même temps, sa compagnie est conventionnée par le Ministère de la Culture – DRAC Île-de-France, après que la demande ait été faite l’année précédente sans succès. Enfin, précisément le 15 octobre, le Ministère annonce sa nomination à la tête du CDN de Montreuil. « Ca a été des années très très pleines, » souffle l’intéressée, « j’ai l’impression d’un cycle de six ou sept ans qui se termine. »

Le CDN de Montreuil, l’envie d’habiter une petite Maison

A un moment, donc, Pauline Bayle a posé sa candidature pour diriger le CDN de Montreuil, une Maison qui l’attire spécifiquement. « A Montreuil il y a une taille de CDN et une échelle qui me séduisent beaucoup, et puis Montreuil c’est le dynamisme d’un territoire, la jeunesse de la population, sa diversité aussi ». La nouvelle directrice admire « le tissu associatif et culturel très riche », qui est selon elle « le fruit d’une longue histoire ». Séduite, Pauline Bayle ? Elle va effectivement jusqu’à confier qu’elle se verrait bien s’installer comme habitante, maintenant qu’elle a découvert la ville.

Toutes les metteuses en scène ne désirent pas pour autant prendre la direction d’un CDN. Pauline Bayle n’arrive pas bien à expliquer les raisons du déclic, mais elle peut le situer dans le temps. « Je me suis dit, pendant le travail de mon dernier spectacle [NdlA : Illusions Perdues], que j’aspirais un jour à habiter un CDN, à penser ce genre d’outil et à l’investir ». Le moteur, c’est le désir de faire : à la fois faire dans une continuité, qui ne ressemble pas aux cycles de production/diffusion à l’intérieur d’une compagnie, et faire avec des moyens conséquents.

Les envies d’une amoureuse de théâtre

« Je suis une grande spectatrice de théâtre, » confie Pauline Bayle. Et elle avertit aussitôt qu’elle ne peut pas, quelques semaines seulement après de sa prise de fonctions, donner le détail de sa future programmation. Pour autant, elle embraye aussitôt sur sa vision : « Je veux rassembler sous un même toit des propositions hétéroclites. »

En effet, pour Pauline Bayle, « il y a un pluralisme des esthétiques et des genres » dans la création contemporaine, et c’est ce qu’elle en attend. « J’attends du théâtre qu’il se renouvelle… » affirme-t-elle. Cette question de l’ouverture à l’expérimentation et à l’invention, Pauline Bayle la lie aussi à une question de responsabilité, celle qu’a le théâtre dans « les représentations qu’il offre du monde ». Ces représentations du monde, elles doivent être « conformes à la diversité de la salle », et par conséquent « il faut proposer quelque chose de juste par rapport à la réalité, et non coupée d’elle ». Pour Pauline Bayle, donc, « le théâtre est politique »… ce qui ne veut pas dire pour autant qu’il doive être militant.

Une responsabilité qui va s’exercer de façon un peu collective et horizontale, même si la directrice reste la décisionnaire principale. Pauline Bayle indique vouloir que la fonction de programmation « s’ouvre à l’équipe », avec la possibilité de « discuter d’un spectacle que tout le monde a vu ».

Une vision généreuse et englobante

Quand Pauline Bayle parle des enjeux de son travail à la tête du CDN de Montreuil, son regard s’éclaire, et elle livre l’un des axiomes qui fondent son action : « On ne naît pas spectateur, on le devient ! » Il s’agit donc d’aller le plus possible vers la population sur tout le territoire, et de convaincre les habitants de pousser la porte. « C’est un enjeu majeur : comment toucher des gens, et en faire le public de demain, » indique la directrice.

Il faut donc aller, selon ses mots, « à la rencontre des publics qui sont confrontés à des barrières très fortes, visibles ou invisibles, à des héritages socio-culturels qui les éloignent du théâtre ». C’est la raison pour laquelle Pauline Bayle a « envie d’emmener le spectacle hors les murs, des propositions qui aillent à la rencontre des gens et qui soient tout de même complexes sur le plan formel ». Elle le résume en une formule toute simple : « La magie du théâtre, j’ai envie de la faire sortir de ses bâtiments traditionnels. »

Ce n’est pas la première à le tenter, mais elle va essayer de s’en donner les moyens, avec « un objet de spectacle ambulant, qui puisse abriter des spectacles prévus pour la salle ». Sous quelle forme ? Camion, roulotte, rien n’est encore fixé, et en tout état de cause le CDN ne pourra rien faire sans l’appui financier de ses partenaires : on devra donc attendre pour en savoir davantage.

Pour clore l’entretien, Pauline Bayle réserve son dernier mot pour la jeunesse montreuilloise. « Le théâtre a été fondamental dans mon développement, en me donnant un moyen d’expression, » lâche-t-elle entre deux sourires, « et j’ai envie de transmettre ce rapport viscéral ». Elle veut notamment impliquer un groupe de jeunes habitantes et habitants dans la saison du CDN, « qui deviendrait une sorte de maison pour eux, où ils seraient bienvenus ».

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Mathieu Dochtermann
Passionné de spectacle vivant, sous toutes ses formes, des théâtres de marionnettes en particulier, du cirque et des arts de la rue également, et du théâtre de comédiens encore, malgré tout. Pratique le clown, un peu, le conte, encore plus, le théâtre, toujours, le rire, souvent. Critère central d'un bon spectacle: celui qui émeut, qui touche la chose sensible au fond de la poitrine. Le reste, c'est du bavardage. Facebook: https://www.facebook.com/matdochtermann

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