Théâtre
Illusions perdues à la Bastille : le Balzac épuré et féroce de Pauline Bayle

Illusions perdues à la Bastille : le Balzac épuré et féroce de Pauline Bayle

23 septembre 2021 | PAR Anne Verdaguer

Après l’Illiade et l’Odyssée d’Homère, Pauline Bayle s’attaque à Honoré de Balzac et sa « comédie humaine ». Une oeuvre épique qui à travers  » Illusions perdues », qui en est la pierre angulaire, fustige l’arrivisme et le pouvoir de l’argent dans un Paris des années 1820 qui broie et recrache les jeunes premiers comme elle encense les plus ambitieux. Pas de décor ou presque dans ce spectacle en quadri-frontal épuré jusqu’à l’os. N’en ressort qu’avec plus de force, le propos engagé et brûlant.

 

Tout en Lucien respire l’innocence, là où il devrait être cruel, il oppose son amour de l’art et de la vérité. Le jeune et beau poète quitte sa province avec le cœur rempli d’espoir, et en poche, un recueil de sonnets en l’honneur de sa pygmalionne Madame de Bargeton. Hélas, celle ci aura tôt fait de le laisser en errance dans un Paris désert et féroce où tout est neuf, brillant et où les pièges abondent. Lucien n’a pas les manières, encore moins les habits, de ses ambitions. Pour triompher, il va devoir faire des sacrifices. Celle de sa plume, de son éthique mais aussi de son amour.  

Aucun temps mort dans ce spectacle où les acteurs changent de rôle et de genre avec une habilité confondante. Ils campent chacun plusieurs personnages autour de l’incandescente Jenna Thiam qui interprète le rôle principal de Lucien, dont elle fait un personnage en proie constant au doute, qui remet constamment ses convictions à la tâche. Son jeu, à la limite de la fracture, laisse transparaître toutes les émotions, de l’innocence à l’ambition la plus crue, en passant par la cruauté, elle navigue sur tous les tableaux. 

En s’attaquant au pavé qu’est le roman de Balzac, « Illusions perdus » (700 pages et près de 7o personnages!), Pauline Bayle parvient non seulement à viser juste, en rendant ce texte prémonitoire : à travers le culte de l’argent et du prestige social, la marchandisation de l’esprit, mais aussi les faux semblants et autres renvois d’ascenseurs…. mais elle parvient aussi à y mettre sa touche personnelle. Comme à son habitude, la metteuse en scène, désarçonne son public, dans un espace ouvert en forme de ring où les spectateurs sont placés en quadri-frontal. Ce sont eux qui comptent les points. A la simplicité apparente, s’oppose la violence d’une histoire qu’elle restitue sans fards, et qu’elle dépouille jusqu’à l’os. Dans ce fracas, deux moments viennent apporter une parenthèse bienvenue, c’est Coralie, l’actrice et fiancée de Lucien, dont la danse toute en sensualité et jeux d’ombre nous emmène dans un univers d’une rare beauté.

« Illusions perdues » de Pauline Bayle au Théâtre de la Bastille avec Charlotte Van Bervesselès, Hélène Chevallier, Guillaume Compiano, Alex Fondja, Jenna Thiam et la participation de Viktoria Kozlova en alternance avec Pauline Bayle, jusqu’au 16 octobre 2021.

Crédit photos : © Simon Gosselin

 

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